chronique

Devons-nous vraiment devenir une "smart nation"?

Journaliste

La Belgique a besoin que ses institutions deviennent des experts du numérique.

Désolé pour les technophobes chagrins, mais la réponse est oui. Fin de la chronique. Blague à part, une "smart nation", c’est quoi à part un anglicisme de plus? Il ne faudrait pas sous-entendre que la Belgique est un pays bête pour le moment et que la technologie va le sauver de tous ses maux.

Lors d’une conférence de presse improvisée ce jeudi, le secrétaire d’État au Numérique Mathieu Michel a rappelé sa volonté de faire de la Belgique une "smart nation". Ambition légitime dans son chef puisqu’il est censé être le guide numérique du pays. Le concept aujourd’hui repris par le secrétaire d’État, mais évoqué, développé et proposé depuis plusieurs années, peut être simplement expliqué par un pays qui facilite sa relation avec ses concitoyens et sa gestion grâce au numérique, qui tire profit des possibilités du numérique pour rendre les processus liés à l'État transparents, compréhensibles et pratiques. Ça, c’est pour les grandes lignes. Dans le détail, ça donne des avancées que nous connaissons comme une déclaration d’impôt en ligne ou l’ebox entreprise qui fait le lien entre l’État et les entreprises. Un outil comme Itsme est souvent donné en exemple, mais, contrairement à la croyance populaire, il s'agit d'une émanation du secteur privé las d’attendre une solution du Fédéral. Symptomatique de la situation actuelle.

Le véritable enjeu de cette fameuse "smart nation" est au niveau de la gouvernance informatique qu’il faut urgemment réformer. Notre retard en la matière a, par exemple, un impact aujourd’hui considérable sur la campagne de vaccination et donc in fine sur la reprise économique du pays. Avec une meilleure gouvernance numérique, une meilleure gestion des données et simplement une meilleure préhension du numérique par les autorités, les récents couacs embarrassants de la campagne de vaccination ne se seraient probablement pas produits.

Une transparence de tous les instants

Lorsqu'un État maîtrise les outils technologiques et les utilise, cela a un impact considérable sur sa population. Un impact positif pour la relation État/citoyen, un impact plus négatif sur le contrôle que peut exercer l’État sur ses concitoyens. Cela demande donc une transparence de tous les instants concernant les données que celui-ci récolte et utilise. Les récents épisodes liés aux données belges avec, dans les rôles principaux, Frank Robben, l’autorité de protection des données et un monde politique impuissant sont la preuve flagrante que nous sommes encore loin du compte en la matière. C’est par contre une excellente occasion de faire le point et table rase des mauvaises pratiques actuelles. Rien de tel qu'un scandale pour repartir de zéro.

Une smart nation, c’est aussi, en principe, un pays où il est facile de créer son entreprise, où l’on crée un cadre favorable pour encourager l'entrepreneuriat avec une décomplexification du statut d’entrepreneur. Le gouvernement fédéral envisagerait dans ce cadre de revoir complètement le processus administratif de création ou de modification des statuts d'une entreprise. Rassurons les notaires, qui y perdraient une partie de leurs revenus: ce n’est pas pour demain. La Belgique a encore du chemin avant de devenir intelligente.

Lire également

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés