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Il paraît que de vraies personnes travaillent pour Uber

En Espagne et en Grande-Bretagne, les travailleurs de l'économie Uber ont remporté deux victoires importantes. ©Photo News

En Espagne et en Grande-Bretagne, les travailleurs de l'économie Uber ont remporté deux victoires importantes. Le social s'invite timidement dans le secteur. Enfin.

Cela aura mis un peu de temps. Mais le concept rentre doucement dans la tête des dirigeants d'Uber, Deliveroo et toutes ces jolies boîtes qui chamboulent la manière de nous déplacer ou de faire face à un frigo vide. De vraies personnes travaillent pour eux. Cela semble bête et sonne un peu comme une évidence. Ce ne l'était pas tout à fait visiblement. Aujourd'hui encore, pour concurrencer un taxi ou apprivoiser la jungle urbaine avec une pizza sur le porte-bagage, il faut avoir le cœur bien accroché. Et certainement aussi un portefeuille désespérément vide.

Aucun congé payé, une rémunération au lance-pierre bien tendu et souvent, une assurance plafonnée pour faire face à des accidents de travail pourtant un brin plus violent qu'une agrafe dans le doigt. Face aux critiques depuis des années, la défense de Monsieur Uber et Dame Deliveroo tient en un mot: flexibilité. Celle offerte à chaque livreur et chauffeur de choisir quand et comment ils travaillent, d'accepter ou non une mission. Le travailleur est son propre patron. Avec ses dizaines de milliers de collaborateurs, difficiles, de dire que le modèle n'a pas trouvé son public. L'argument de la flexibilité est irréfutable et lourd, c'est indéniable. Il tient d'autant plus la route quand le job proposé est le beurre dans les épinards.

"Un jeune à vélo avec une appli ou un dispositif mobile n'est pas un entrepreneur."
Yolanda Diaz
Ministre du Travail espagnol

Dans les faits toutefois, ces appoints financiers sont pour beaucoup devenus la seule source de revenus qui tient la route. Sous cette forme, le statut d'indépendant et ses quelques avantages ne pèsent plus lourd face aux contraintes. Et comme le dit très justement Yolanda Diaz, la ministre du Travail espagnol, "un jeune à vélo avec une appli ou un dispositif mobile n'est pas un entrepreneur".

Timides évolutions

Les géants de l'économie le comprennent enfin. Ceux qui les encadrent aussi. Mieux encore, certains se tentent même à s'attaquer à la problématique. En Espagne, il y a deux semaines, Yolanda Diaz a fait passer une réforme du code du travail importante pour les travailleurs uberisés. Ils disposeront désormais systématiquement par défaut du statut de salarié, dès leur inscription sur l'une des célèbres plateformes. En Grande-Bretagne, Uber a de son côté reconnu le premier syndicat au sein de son entreprise. Un mouvement qui semblerait indispensable dans n'importe quelle société, mais qui ressemble à un petit exploit

On ne va pas crier victoire trop vite, mais il semble bien que quelque chose se dessine. La pizza livrée a donc un goût un peu plus appréciable. Il faudra toutefois encore probablement quelques années avant de la rendre  succulente. Les avancées, bien qu'importantes, se font souvent à l'arraché. En Espagne en mars dernier, Uber Eats, Deliveroo et deux autres acteurs de la livraison faisaient part de leur motivation toute relative face à l'idée du gouvernement, en expliquant notamment que le "salariat forcé mettait en danger un secteur qui apporte 700 millions d'euros au PIB national".

Faute partagée

À la décharge des dirigeants, leur frilosité à mettre un peu de social dans leur business n'est pas que de leur responsabilité. En bourse depuis avril, Deliveroo voit sa cotation toujours en dessous de son niveau d'entrée en bourse. L'une des raisons? L'inquiétude des investisseurs suite à plusieurs polémiques et actions judiciaires de livreurs, estimant que leurs conditions méritent plus de reconnaissance et une meilleure valorisation salariale.

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