chronique

L’e-commerce, moteur de la relance, ou tueur silencieux?

Journaliste

L'e-commerce représente désormais un tiers du chiffre d'affaires des entreprises belges. Pendant ce temps-là, la fracture numérique des entreprises continue de s'accentuer.

Dans le domaine du numérique européen, il y a un classement qui compte plus que les autres et qui est toujours présenté comme le baromètre de l’avancement des pays en la matière, c’est l’indice DESI. La Belgique n'y a jamais occupé une place très envieuse, mais s'est régulièrement distinguée dans les sous-classements comme celui du taux de connectivité. Le SPF Économie se base chaque année sur cet indice européen et ses statistiques compilées pour situer la Belgique par rapport à ses voisins.

Dans le chapitre du commerce électronique, la Belgique se positionne cette année comme "bon élève".

Un chiffre a retenu cette année l’attention du SPF Économie. Et pour cause: il va pour une fois dans le bon sens. Dans le chapitre du commerce électronique, la Belgique se positionne cette année comme "bon élève". Rien de surprenant dans l’absolu, notre pays n'a jamais été un cancre en la matière. Mais on découvre en se plongeant dans les chiffres que l'e-commerce représente désormais près d'un tiers (32,6%) du chiffre d’affaires des entreprises belges. C’est énorme et c’est bien au-dessus de la moyenne des entreprises européennes (18,5%) et des entreprises établies dans les pays limitrophes comme l’Allemagne et les Pays-Bas, tous les deux à 15% et pourtant beaucoup plus rompus historiquement à l’e-commerce. C'est carrément le deuxième score européen en la matière.

Les transactions avec les consommateurs sont plus nombreuses dans les autres payes européennes, mais leur influence reste marginale sur le chiffre total.

C’est l’effet Covid, me direz-vous. Absolument pas, puisqu’il s’agit des chiffres de 2019. Ceux de 2020 devraient faire exploser cette tendance et renforcer encore ce pourcentage. Comment l'explique-t-on alors? De plusieurs façons. Principalement par une proportion très importante de transactions B2B, entre entreprises, dans le pourcentage belge. Ces transactions entre entreprises représentent des volumes et des montants bien plus importants que des transactions plus classiques que nous faisons tous sur des sites e-commerce de vêtements ou de jouets. Les transactions avec les consommateurs sont plus nombreuses dans les autres payes européennes, mais leur influence reste marginale sur le chiffre total. Une autre explication provient du pourcentage d'entreprises qui vendent en ligne qui est de 31% en Belgique. Alors que, pour exemple, la France est à 19%. On ne peut pas être champion du monde dans toutes les catégories.

Qui dit numérique, dit fracture

Ces chiffres sont un bon signal et permettent d’envisager l’e-commerce comme un véritable moteur de la relance économique du pays et plus comme un tueur froid et silencieux des petits commerçants. Il faut se réjouir que la Belgique apparaisse pour une fois dans les premières places d’un tel classement européen, mais vous vous en doutez il y a un "mais". Ce "mais", c’est la fracture numérique économique de nos entreprises. Elle ne fait qu’augmenter d’année en année pour arriver à une situation où aujourd’hui 28% d’entreprises wallonnes se disent en situation de fracture et de "détresse" numériques. Ce chiffre-là aussi est énorme et concerne majoritairement les petites et très petites entreprises. Faute de moyen, de temps et d’expertise, le numérique et forcément l’e-commerce n’ont souvent pas leur place dans le quotidien des petits acteurs qui composent pourtant la majorité de notre tissu économique.

Plusieurs initiatives se mettent en place pour inverser la tendance comme l'Agence digitale Solidaire et la plateforme mymarket.brussels dans la capitale. Le but est de permettre aux petits acteurs d'avoir une vitrine en ligne sans devoir délier les cordons de la bourse et y passer quatre mois. Le but est surtout de les accompagner, de ne pas le faire à leur place. In fine, l'e-commerce pourrait même se révéler être un moyen d'inclusion et d'adoption numérique pour les entreprises mais cela reste une hypothèse qui devra se vérifier. Pour en faire un véritable atout de la relance du pays, il faudra en tout cas tout faire pour ne laisser personne sur le carreau, peu importe la taille de l'entreprise, et sans se laisser influencer par un classement européen.

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