chronique start-ups

L'Europe cherche ses champions technologiques

Journaliste

L’Europe rêve de champions technologiques, mais il y a encore trop de freins et de barrières pour espérer voir naître plusieurs Spotify dans les prochaines années.

Les technophiles européens sont en émoi. Daniel Ek, fondateur et PDG de Spotify, la plateforme musicale suédoise qui compte 248 millions d'utilisateurs, a réussi en 30 secondes à exciter tous les porteurs de projets innovants du continent européen. Le charismatique suédois a annoncé qu’il allait consacrer un milliard de sa fortune personnelle au financement des prochains champions technologiques européens. Sa fortune personnelle s’élevant à 3,1 milliards d’euros, il va donc se séparer d’un tiers de cette somme pour créer ce qu’il appelle "un nouveau rêve européen". Son plan d’investissement est un peu flou, mais l’idée est là. Une idée qui répond à un problème, selon lui : l’accès aux fonds pour les projets les plus innovants et donc les plus risqués. Daniel Ek a indiqué qu’il voulait financer  des « moonshot projects », que l’on traduira par des projets surambitieux avec des innovations de rupture. Le type de projets qui ne fait pas forcément rêver les investisseurs. Logique, ils représentent un risque technologique très élevé, avec une incertitude financière qui effraie.

Le fondateur de Spotify est prêt à se priver d’un tiers de sa fortune, car il en a marre et il n’est pas le seul. Marre de voir des entreprises technologiques européennes se faire racheter par des géants américains. Marre de voir les meilleurs talents du continent partir sans avoir pu se révéler. Marre d’être l’un des seuls grands de la tech mondiale issus d’Europe. Derrière cette frustration, c’est un constat fait depuis plusieurs années qui veut que nous regardions les États-Unis et le reste du monde en nous disant: "On ne pourra jamais faire ça chez nous." Cette mentalité très européenne, encore plus prononcée en Belgique, joue pour beaucoup dans l’évolution plus timorée de l’écosystème technologique européen, mais elle n’explique pas tout. Elle n’explique pas tout, et l’argent n’est pas forcément la réponse miracle. De l’argent, il y en a même de plus en plus, mais cela ne suffit pas à faire de l’Europe ce qu'elle devrait être.

Sans marché unique numérique, c'est impossible

Un milliard, c’est bien joli et généreux, mais honnêtement, c’est une goutte d’eau à l’échelle du continent. Il faut évidemment saluer l’initiative et entendre l’appel vibrant du patron de l’un des seuls champions européens, en espérant qu’il fasse des émules. Mais pour créer des champions européens dans les prochaines années, il faudra miser sur une combinaison qui comprend la formation, l'accès au fonds, la rétention des talents, la valorisation de l'entrepreneuriat et de la recherche, l'attrait du continent, etc.

Ce qui manque principalement à l’Europe, c’est un marché unique numérique. Il est annoncé comme un mirage depuis des années, mais, dans les faits, c’est toujours chacun pour soi. Comment voulez-vous qu’un projet au potentiel mondial se développe sur le marché européen quand il doit faire face à des TVA différentes, des barrières à l’entrée de chaque pays  et un protectionnisme ambiant? C'est quasi impossible.

Mais l’Europe a-t-elle réellement besoin de champions technologiques ? Oui, évidemment. La propriété technologique et la souveraineté numérique sont des enjeux majeurs au niveau industriel et géopolitique pour les prochaines années. Sans champions technologiques et sans talents, l’Europe sera toujours dépendante et sans moyen de pression sur des plateformes et des technologies qui régissent une grande partie de nos vies.

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