chronique

Le cloud se disperse en Belgique

L'impact à long terme de la crise du coronavirus sur notre économie est difficile à mesurer. S'il est impossible pour les politiciens, les analystes boursiers et les CEO de prédire quelle sera l'étendue des dégâts, les experts IT peuvent affirmer une chose : le cloud computing a aidé de nombreuses entreprises à traverser cette crise.

Il aura malheureusement fallu une pandémie pour ouvrir les yeux de nombreuses entreprises belges. En effet, c'est aujourd'hui le cloud qui permet aux entreprises, PME comme multinationales, de fonctionner en télétravail. La vidéoconférence est utilisée massivement. Outre le partage d'informations, G Suite nous permet de travailler simultanément dans un même document, une même feuille de calcul ou une même présentation. Par ailleurs, de plus en plus d'applications d'entreprise, d'entrepôts de données, de serveurs Web, voire d'environnements informatiques tout entiers, migrent de centres de données propres vers le cloud. Après tout, l'utilisateur final (qu'il soit client ou employé) travaille dans ce même cloud... Les CEO qui avaient déjà misé sur le cloud avant la crise ont pu s'adapter en quelques jours et permettre à leurs employés de travailler de la maison. Les entrepreneurs qui n'avaient pas encore répondu à l'appel du cloud ont trouvé dans celui-ci une planche de salut. Ils ont ainsi pu poursuivre leurs activités à plein régime grâce à tous ces "bureaux à domicile". Ceux qui ne franchissent pas rapidement le pas seront demain condamnés à le faire, car c'est bien d'une nouvelle norme dont il s'agit.

Après des années à la traîne

Malgré toutes ses conséquences négatives, le coronavirus aura donc accéléré la transformation numérique. Après des années de retard, les entreprises belges n'ont pas eu d'autre choix que d'agir. Nos chefs d'entreprise et CIO ont enfin perçu la lueur qui se cachait "derrière le nuage". En temps de crise, les opportunités offertes par le cloud computing sont clairement apparues : efficacité, rentabilité et création de revenus supplémentaires.

Moins coûteux lorsque les activités s'arrêtent, le cloud peut aussi encaisser les pics lorsque la demande reprend

Toutes les entreprises, dans tous les secteurs, ressentent l'impact de la crise. C'est ce qui a fait la différence. Certains secteurs sont à l'arrêt (l'industrie du voyage par exemple), alors que d'autres sont en plein essor (comme les grands magasins). Cette volatilité est l'une des raisons du succès du cloud. Moins coûteux lorsque les activités s'arrêtent, il peut aussi encaisser les pics lorsque la demande reprend. Les coûts sont presque entièrement variables et évoluent avec le chiffre d'affaires. Si vous construisez vous-même un centre de données, achetez des serveurs et du stockage, et devez payer une équipe pour s'en occuper, vos frais fixes seront importants en cas de crise. Et ce sont précisément ces coûts fixes et les dettes qui les accompagnent qui font tomber les entreprises.

Grâce au cloud, les entreprises disposant d'une boutique en ligne ont pu traiter un afflux de commandes important et multiplier leurs chiffres de vente en quelques jours, alors que tous les magasins étaient fermés. Le traitement et l'analyse rapides des données relatives à ces commandes ont permis à de nombreuses entreprises d'anticiper la demande croissante de certains produits et d'augmenter leur capacité en conséquence. A leur tour, les services clients ont pleinement profité de la flexibilité offerte par le cloud. L'afflux d'appels téléphoniques auquel ils ont dû faire face a pu être traité depuis le domicile de chaque employé (avec l'aide de l'intelligence artificielle). La vitesse à laquelle il est possible d'analyser des données via le cloud jette également un jour nouveau sur les processus de production. Tout comme pour les appels vidéo, nous comprendrons que la nouvelle norme (boutiques en ligne à côté des magasins physiques) présente de nombreux avantages par rapport à l'ancienne. Plutôt que de revenir à celle-ci ou de s'y accrocher comme le font certains magasins belges, il faut aujourd'hui saisir l'occasion et embrasser plus rapidement ce nouveau modèle. Ce que les sites de vente néerlandais comme bol.com et Coolblue ont d'ailleurs fait depuis quelque temps déjà.

3 millions de nouveaux utilisateurs par jour

Ces derniers mois, en pleine période du coronavirus, Google Meet a accueilli pas moins de 3 millions de nouveaux utilisateurs par jour. Alors que les mesures sanitaires sont progressivement retirées, Google ne constate pourtant pas de diminution des chiffres. La nouvelle normalité est là : les personnes se rendent compte qu'une journée de travail à domicile, avec des appels vidéo, peut être plus efficace que de devoir affronter les embouteillages et des réunions sans fin avec trop de participants. La tendance est suivie par toutes sortes d'utilisateurs : étudiants, petites et grandes entreprises, autorités locales et fédérales, hôpitaux... Même mon filleul de six ans s'y est mis.  Récemment Barry Callebaut a même réalisé une acquisition via téléconférence, un parfait exemple de la nouvelle norme.

La nouvelle normalité est là : les personnes se rendent compte qu'une journée de travail à domicile, avec des appels vidéo, peut être plus efficace que de devoir affronter les embouteillages et des réunions sans fin avec trop de participants.

Les chiffres d'affaires en pleine période de crise ne font que souligner le rendement. Avant la crise du coronavirus, le bureau d'études Gartner prévoyait une augmentation des investissements informatiques mondiaux de 3,4 % pour atteindre 3,9 milliards de dollars. Il s'attend désormais à une baisse de 8 %, soit 500 millions de dollars par rapport à l'année dernière et uniquement en raison d'économies. Cette baisse importante est en complète contradiction avec ce qui se passe au niveau du cloud. Depuis le début de la pandémie de coronavirus, les services offerts dans le cloud ont vu une hausse constante du nombre de leurs utilisateurs. Le chiffre d'affaires de Google Cloud a augmenté de 52 % au premier trimestre de 2020.

Finis les balbutiements 

Le cloud computing n'en est plus à ses balbutiements. C'est bien plus qu'un espace de stockage. Il intervient aujourd'hui directement dans les processus critiques de l'entreprise comme SAP (voir l'annonce récente chez Multipharma), les entrepôts de données, les applications logistiques, les applications marketing et commerciales, les centres d'appels. Des centres de données entiers migrent vers le cloud. Les possibilités du cloud sont infinies grâce à sa connectivité avec l'intelligence artificielle, l'apprentissage automatique, l'edge computing ou l'Internet des Objets. Il a fait ses preuves dans de nombreux secteurs où on ne l'attendait pas. Chez Google, nous l'avons déjà constaté à plusieurs reprises. Grâce à l'apprentissage automatique, nous avons pu réduire la facture énergétique liée au refroidissement de nos serveurs de quelque 40 %. C'est (malheureusement) la crise du coronavirus qui accélère ce genre de réflexions : il est possible de réduire considérablement les coûts et d'augmenter le chiffre d'affaires dans presque tous les secteurs. Pour y arriver, il faut utiliser nos ressources de manière réfléchie et collecter, organiser, analyser les données disponibles, tout en libérant l'intelligence artificielle pour créer des applications astucieuses. Des secteurs comme la vente au détail et les médias ont été les premiers à opérer le changement. D'autres secteurs suivent rapidement. Le secteur des télécommunications est un bon exemple. Pendant des années, il a attendu en privilégiant les dépenses d'investissement dans ses propres centres de données. On observe maintenant que de grands opérateurs de télécommunications, comme TIM, Vodafone, T-systems et bien d'autres, finissent par embrasser le cloud presque simultanément.

Personne ne se demande plus si le passage au cloud est utile. La seule question qui est de mise aujourd'hui est plutôt : à quelle vitesse pouvons-nous migrer vers le cloud ? Ou bien encore : ne pouvons-nous pas tout mettre dans le cloud ? L'expression anglaise est bien choisie : Every cloud may have a silver lining.

 Edward Boute, Head of Google Cloud Belux

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