chronique

Le rendez-vous manqué de la tech

Journaliste

Face à la pandémie, la tech avait une fabuleuse possibilité de montrer son intérêt. C'est plutôt raté. Un manqué dont elle n'est pas tout à fait coupable.

On y a cru. Vraiment. Il y a un an, le monde se préparait à vivre l'un de ses plus grands défis. La recette miracle tenait en trois étapes. D'abord, confiner la terre entière. Mettre ensuite en place une solution de testing et de tracing de masse. Trouver enfin un vaccin et en gérer sa bonne distribution. À l'heure où on répète, édito après chronique, que la tech va bouleverser nos vies, elle avait là une fabuleuse possibilité de montrer ce qu'elle avait dans le ventre. On y a cru. Vraiment. À l'aube du triste premier anniversaire, le constat pique un peu les yeux. Oui, les spécialistes de la vidéoconférence ont cartonné. Chapeau à eux, mais le saut en l'air n'est pas indispensable. La technologie existait déjà. Les autres acteurs ayant pris la lumière? Coronalert et tout récemment Doclr, le système censé assurer l'organisation de la vaccination. En arrondissant les coins, disons qu'ils sont respectivement décevant et peu concluant.

Erreur de casting

À regarder ce bilan tristounet, il semble que les espoirs mis dans la technologie étaient probablement un peu trop grands. Arrêtée à ce stade, l'analyse ravirait les technophobes. Désolé pour eux, mais elle serait aussi un peu trop réductrice. L'échec de Doclr s'explique par un tas d'éléments externes. Difficile toutefois de ne pas y voir aussi une erreur de casting. Il est néanmoins certain que faire appel à la technologie pour répondre à un tel défi était la chose à faire. Confier la mission à Tapptic, Odoo, les ingénieurs de l'app de Belfius qui fait référence à l'échelon européen, ou n'importe quel solide acteur de la tech belge aurait probablement amené à un autre résultat.

L'autre déception se nomme Coronalert. Techniquement, sans casser la baraque, la technologie tient la route et aurait pu faire au moins une partie de la différence. Là aussi, le principe même de trouver une solution digitale était indispensable. Là aussi, il y avait sans doute mieux à faire. Mais le désintérêt du grand public et son utilisation plus que partielle sont tout autant à blâmer. Le cas Coronalert rappelle celui de Data Against Corona. Une idée tech brillante, mais qui ne va pas jusqu'au bout.

Oui pour Facebook, non pour l'État

Doclr, Coronalert, Data Against Corona aurait dû aller plus loin, c'est indéniable. Le grand public aussi. La situation a permis de montrer sa réticence devant le digital. Face à ces nouvelles propositions de solution, la méfiance l'a souvent emporté. "Je préfère ne pas les utiliser, car je m'interroge sur ce qu'il adviendra de mes données." La phrase a été trop entendue. Et tant pis si elle renvoie le public face à ses incohérences. Facebook et ses copains oui, mais l'État qui appelle à la solidarité pour combattre une pandémie mondiale, non merci.

C'est certain, la technologie a manqué le coche de marquer des points. Elle a aussi et surtout révélé la manière dont le citoyen l'approche. Beaucoup de méfiance et, au final, un intérêt pour le sujet plutôt relatif. Plus que jamais, la technologie a besoin d'être encadrée d'une meilleure formation et d'une vraie pédagogie. Ça aussi, on le croit. Vraiment.

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