chronique

Les business angels restent mobilisés pendant la crise. Profitons-en

Si il est difficile de parler d’opportunité en ce moment, la réaction des business angels à la crise laisse entrevoir une petite éclaircie au milieu d’un ciel encombré de grisaille.

 

Il est connu et reconnu que les investisseurs privés jouent un rôle contre-cyclique dans l’économie. Aujourd’hui, vu le contexte boursier, nous nous attendons à un regain d’enthousiasme pour les activités d’investissement dans le non-côté. Heureusement peut-être, vu l’appel à l’aide lancé par quelques centaines de start-ups du pays cette semaine. Pourquoi est-ce que les business angels restent mobilisés ? Sont-ils les investisseurs avertis mentionnés par le collectif ? Ce qui est important ici, c’est la double motivation des business angels dans le soutien aux start-ups : non seulement investir pour un rendement financier, mais également soutenir l’innovation et les entreprises.

Dans un contexte comme celui que nous connaissons, cette double motivation prend tout son sens, et explique que nombre des membres de notre communauté, que nous avons pu consulter récemment, n’ont pas l’intention de changer leur niveau d’investissement dans les prochains mois. Lors de notre dernier pitch en ligne, près de 100 investisseurs s’étaient connectés. Plusieurs levées de fonds ont été réalisées depuis le début de l’année, d’autres sont en cours et les discussions continuent. A priori donc, pas de ralentissement pour l’instant. C’est une bonne nouvelle, mais restons vigilants.

Mobilisation mondiale – que va faire la Belgique ?

"Il serait souhaitable d’étendre le tax shelter pour start-up."
Claire Munck
CEO de Be Angels

De par le monde, les gouvernements sont mobilisés pour soutenir les entreprises. Le gouvernement américain a passé le " CARES-Act " et les Anglais le Coronavirus Business Interruption Loan Scheme (CBILS), qui prévoient notamment des prêts (parfois annulables – forgivable loans) pour les entreprises avec des pertes ou décalages de revenus importants pour éviter les licenciements. La plupart des mesures s’adresseront particulièrement aux PME, avec déjà des revenus et fonds propres suffisants, pas particulièrement pour les start-ups. La communauté entrepreneuriale en Angleterre demande par exemple, via "Save our start-ups", une solution du gouvernement sous forme d’equity pour leur mettre à leur disposition davantage de capital.

En Belgique aussi, il faut une réponse forte et ferme pour soutenir l’écosystème entrepreneurial avec une "stratégie start-up" qui couvre des aspects demande et offre sur ce marché. Sans quoi les efforts des dernières années liés au soutien de la création de start-up pourraient être mis à mal par quelques mois de crise. Moins de start-up, c’est moins de scale-up, donc moins de croissance et de valeur ajoutée à terme pour le pays. Alors que faire ? Faire vite, sans se précipiter. Il faut réorganiser, restimuler l’offre en capital privé.

Quelles pistes concrètes?

Il serait souhaitable d’étendre le tax shelter pour start-up. Au lieu des 250.000 € maximum éligibles au tax shelter, il faudrait doubler ce montant pour arriver à 500.000 € de capital éligible. Pour mobiliser l’épargne, relevons le plafond de 100.000 € investis par an et par investisseur au titre du tax shelter à 200.000 € par année fiscale et par personne.

"Les entrepreneurs devront surement revoir leur copie pour s’assurer de la réussite de leur levée de fonds dans un marché plus tendu."

Comme dans d’autres pays, permettons que les investisseurs privés puissent déduire en partie les pertes qu’ils ont subies en investissant en capital sur des sociétés éligibles, après prise en compte d’une réduction d’impôt initiale. Créons un outil de co-investissement fédéral dédié aux start-ups, qui mettrait à disposition du financement en capital pour les start-ups, pour ne pas surcharger les bilans, à des conditions éventuellement asymétriques au niveau des conditions de sortie. À voir et discuter, comme dans d’autres pays européens, si cet outil serait réservé pour des sociétés déjà en portefeuille d’investisseurs privés et de fonds ou non.

Impact sur les valorisations attendu

L’une des conséquences positives de la crise, qui pourrait avoir un impact important pour les business angels sur leur motivation à investir, est une correction naturelle et attendue des valorisations. Ces dernières se sont envolées ces dernières années, avec toujours plus de cash disponible et toujours davantage d’acteurs structurés (fonds d’amorçage) pour financer les start-ups.

Les entrepreneurs devront surement revoir leur copie pour s’assurer de la réussite de leur levée de fonds dans un marché plus tendu. Les fonds d’amorçage vont réserver davantage de cash pour les réinvestissements, et cette compétition moindre sera source d’opportunité pour de nouveaux investissements pour les investisseurs privés.

Crise rime avec opportunité

La crise est comme toujours source d’opportunités et d’innovation. De nouveaux entrepreneurs vont se lancer, soit contraints, car ils auront perdu leur emploi, soit par opportunité en ayant identifié des problèmes à résoudre. Les business angels sont déjà à l’oeuvre pour aider les sociétés en portefeuille à faire le dos rond pendant la crise. Ceci dit, il sera peut-être plus important pour les business angels en ce moment de voir des projets qui ont un impact direct sur l’environnement ou la santé, car le COVID-19 nous rappelle qu’il y a des choses dans la vie qui sont des "must-have" et des "nice to have".

 

Par Claire Munck, CEO du réseau d'investisseurs Be Angels.

 

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