Les nouveaux aventuriers belges de la Silicon Valley

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Lancer son entreprise à San Francisco, l’aventure en a tenté plus d’un, parmi eux quelques Belges. Fraîchement arrivé ou solidement arrimé à la tête d’une start-up, chacun écrit son histoire au paradis de la Tech.

Habituellement parée d’un brouillard pesant, la baie de San Francisco est inondée par un soleil radieux qui rappelle qu’on est tout de même en Californie. Les rayons du soleil se reflètent dans la Sales Force Tower, véritable phare de la ville côtière, située à deux pas du Financial District de la ville. Depuis le trottoir de son bureau situé au centre-ville, Julien Penders peut observer la Sales Force Tower avec un petit sourire en coin. Et pour cause, le patron iconique de Sales Force, Marc Benioff, a investi à titre personnel dans sa start-up Bloomlife. Un passeport idéal pour se faire un nom en ville.

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Bloomlife, c’est une start-up active dans la santé féminine. Pour l’instant, elle se limite au dernier trimestre d’une grossesse, mais elle a de grosses ambitions: "On veut être actif sur les mille premiers jours de la vie d’un bébé", explique Julien Penders, le CEO. Avec son équipe, ils ont développé une plateforme qui combine objets connectés, big data et conseil médical qui sont délivrés aux parents et plus principalement à la maman pour lui permettre de se prendre en charge mais également au médecin pour qu’il puisse faire de la gestion de risques, de maladie ou de complication de grossesses.

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L’idée de la start-up est née à une époque où le secteur qu’on appelle aujourd’hui la "FemTech" n’existait pas encore. "On est venu ici pour créer Bloomlife. On est actif sur le marché américain depuis deux ans et demi au niveau commercial, mais on a aussi une structure en Belgique. On a voulu combiner le meilleur des deux mondes." Car, paradoxalement, si être à San Francisco, c’est être aux premières loges des innovations technologiques, réussir à attirer les talents qui vont être capables d’exploiter cette technologie relève de l’impossible pour une jeune pousse belge: "C’est l’un des points négatif du lieu. Les grosses entreprises tech attirent tous les talents. Recruter quelqu’un, c’est très compliqué. Les salaires sont hallucinants." Du coup, la partie technologique, ingénierie et clinique de la start-up est faite depuis la Belgique au sein de l’entité belge.

Paradoxal, mais astucieux. Avec son premier produit grand public, un capteur intelligent pour accompagner la grossesse, Bloomlife compte déjà 12.000 clients. Le produit actuellement sur le marché fonctionne sur un modèle d’abonnement hebdomadaire à 20 dollars, commandé par internet. "L’avantage d’être ici, c’est qu’on a accès à un marché unique. Depuis San Francisco, on dessert l’ensemble du territoire américain. On a énormément de clients dans le Midwest par exemple." San Francisco reste la Mecque des entrepreneurs technologiques. Malgré l’explosion du coût de la vie sur place et le déracinement pas toujours évident à gérer, ils sont plusieurs à avoir fait le grand saut.

"Ici, tout va plus vite"

L’un des membres en vue de la cohorte belge, c’est Sébastien de Halleux. On le retrouve dans un lieu branché de San Francisco et créé par un Belge: "Vive la tarte". Entre deux cafés et un morceau de tarte, Sébastien de Halleux nous raconte son parcours. Enfant du digital et roi du flair, il a senti la vague d’engouement pour les jeux sur les téléphones portables avant qu’elle n’arrive. Avec sa start-up londonienne Macrospace, il fusionne en 2006 avec une société américaine pour former Glu Mobile. Un an plus tard, la société lève plus de 90 millions de dollars et entre en bourse. Le même jour, son premier enfant naît, il décide de quitter l’entreprise sur-le-champ. Il passera ensuite par Nokia, alors au firmament de son activité de téléphonie mobile avant de lancer une nouvelle entreprise.

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Inspiré par le lancement de l’iPhone, il fonde avec ses anciens compères Playfish, une start-up de développement de jeux vidéo pour smartphone. 24 mois et 300 millions d’utilisateurs plus tard, le pari est gagnant, le géant américain du jeu vidéo Electronic Arts est charmé et rachète Playfish pour 400 millions de dollars.

L’avantage d’être ici, c’est qu’on a accès à un marché unique. On dessert l’ensemble du territoire américain.
Julien Penders
Bloomlife

Après avoir investi dans différentes start-ups et s’être installé définitivement à San Francisco, il s’est aujourd’hui lancé dans un projet fou: cartographier et étudier les océans à l’aide de drones-bateaux autonomes. Le projet a été financé en partie sur fonds propres et avec l’aide d’investisseurs dont le fondateur d’eBay pour un montant de 100 millions de dollars. "La plupart des questions liées aux océans trouvent leur réponse dans les données, selon Sébastien de Halleux. Ces robots ont pour but d’être des plateformes de récolte de données dans les océans pour répondre à énormément de problématiques du style: où va le dioxyde de carbone? combien de poissons y a-t-il à tel endroit? quels sont les niveaux de pollution?, etc."

L’idée de Saildrone, basée de l’autre côté de la baie de San Francisco, c’est de réussir à obtenir des données issues des océans et de leurs profondeurs "qui représentent 70% de la surface de la terre". On ne parle pas ici de quelques robots mais d’une infrastructure planétaire de capteurs répartis sur 360 millions de km² d’eau. "Pour couvrir cette surface, il faut 1.000 robots. On a donc levé des fonds pour construire une usine pour les produire." Saildrone en a déjà produit et déployé 100 depuis son lancement.

Pour s’assurer de la qualité des données récoltées, la start-up a dû faire des années de validation, notamment avec la NASA, pour acter la valeur des données récoltées. Les petits bateaux mesurent tout de même 7 mètres de long et demandent une maintenance, mais Sébastien de Halleux l’assure: "Leur empreinte carbone est neutre."

Ces robots vont aussi permettre de calculer et vérifier l’application des quotas de pêche. "On ne peut pas résoudre ce qu’on ne comprend pas, il faut des données pour trouver des réponses, notamment pour le climat."

Sébastien de Halleux en est convaincu: "Cela va complètement révolutionner ne fût-ce que la capacité qu’on a à prédire la météo de tous les jours." L’entreprise est gigantesque, avec un impact planétaire, mais à la hauteur des ambitions du serial-entrepreneur.

San Francisco, mon amour

Attablé dans un coworking du centre de la ville, on retourve Jeremy Corman. Visage bien connu du secteur des start-ups en Belgique, il a atterri tout récemment dans la région… par amour. "Mon épouse a la chance de faire un PHD à l’université de Berkeley où l’on habite maintenant." L’occasion fait le larron, il a donc pris son ordinateur pour traverser l'océan et gère maintenant son business belge depuis San Francisco. Sa start-up s’appelle Gatekeepr et fournit des analyses poussées aux marques pour améliorer leurs performances sur les réseaux sociaux. Il a développé un outil qui parcourt l’ensemble de l’activité et des réactions liées à une entreprise et produit ensuite des rapports et des recommandations.

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À peine arrivé depuis deux mois à San Francisco, il découvre les lieux. "L’environnement est incroyable, même si c’est compliqué financièrement." Il ne regrette pour autant pas un seul instant: "La connaissance et le savoir-faire tech sont tellement élevés ici. On profite d’un environnement pour pousser son projet beaucoup plus loin. Tout va plus vite."

A son arrivée il a repris son projet à zéro et redémarré d’une page blanche en repensant son produit. Pari gagnant pour lui aussi qui vient de signer plusieurs clients de renom, dont Proximus. La baie de San Francisco semble rester un vecteur d’inspiration et d’innovation comme peu d’endroits au monde peuvent l’être.

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