chronique start-ups

Les nuits blanches des entrepreneurs

Lorsqu’on fonde une entreprise, on ne se rend pas toujours compte de la montagne russe émotionnelle que cela constitue. Le matin, un entrepreneur peut célébrer la vente d’un énorme contrat et l’après-midi, perdre le profil clé pour le délivrer. Suffisant pour l'empêcher de dormir.

Pour résister à cette pression, les entrepreneurs développent une vraie carapace, et surtout une capacité à rebondir et trouver des solutions. Il ne s’agit pas uniquement de lancer son entreprise, mais bien de se relever après chaque échec.

Malgré cette résilience et cette nature à être fort, il arrive à tout entrepreneur de tomber sur des problèmes qui l’empêchent de dormir. Et lorsque cette dynamique de perte de sommeil perdure, le fondateur s’expose – comme tout le monde – à des risques de burn-out et d’effondrement.

"Lorsque les échéances de fin de mois se rapprochent, il est très difficile de garder son sang-froid."
Sébastien Deletaille
CEO de Medispring

L’objectif de cette chronique est triple : casser le mythe de l’entrepreneur qui réussit sans jamais avoir de nuits d’angoisse, rassurer mes confrères jeunes entrepreneurs que c’est une réalité de l’entrepreneuriat et enfin, qu’il y a des solutions, parfois préventives, à mettre en place pour revenir à la normale.

Quelles exemples puis-je partager de nuits blanches ? Quelles solutions aurais-je préféré mettre en place avec le recul ?

Les raisons du sommeil perturbé des entrepreneurs 

Dans un premier temps, la pression est à son paroxysme lorsqu’on "brûle" beaucoup d’argent. Paradoxalement, mon premier contrat d’un million d’euros a été payé avec 3 mois de retards… Lorsque les échéances de fin de mois se rapprochent, il est très difficile de garder son sang-froid. A postériori, j’aurais échangé une croissance très rapide et non-récurrente, pour une croissance modérée et récurrente. Tant qu’on n’a pas atteint son "product-market fit", l’objectif numéro un est vraiment de limiter le "cash-burn".

Deuxièmement, les conflits de gouvernance peuvent aussi générer des insomnies. Que ce soit des conflits au sein d’une équipe de fondateurs, des divergences avec ses administrateurs ou des portions d’actionnaires, lorsque ces défis brisent la confiance entre les partenaires, il m’est arrivé de me remettre en question pendant de longues heures en regardant mon plafond. Qu’ai-je appris de ces épisodes ? Qu’il est essentiel de prévoir des changements de gouvernance : des rotations d’investisseurs, d’administrateurs, de directeurs et aussi de soi-même. Plutôt que de voir ce scénario comme un tabou, j’ai trouvé du mérite à en parler anticipativement. Dans toutes mes équipes de direction, je précise qu’on est au service de l’intérêt long terme de l’entreprise et qu’on passera le flambeau dès qu’un successeur est plus apte au rôle. Il faut éviter les pièges d’égo.

Un dernier registre à nuits blanches ? Le panier " des premières fois " : le premier licenciement, le premier départ d’un employé clé, le premier départ d’un co-fondateur,… et la liste est longue. Malheureusement, je n’ai pas trouvé de remèdes pour ces cas-ci. Dans mon cas, j’ai simplement grandi avec ces expériences.

Avec le temps, j’ai su améliorer ma capacité à dormir et donc, à recharger mon énergie pour me consacrer entièrement à mon projet, mon équipe et ma famille. Si vous passez à travers un mauvais cycle, le meilleur remède est d’en parler autour de vous et de chercher des conseils auprès d’autres entrepreneurs. On se rend très vite compte que notre situation est loin d’être unique et qu’on peut s’entraider pour mieux se relever.

Bonne nuit!

Lire également

Echo Connect

Messages sponsorisés

n