chronique

Les start-ups belges sont sorties de la puberté

Journaliste

Il est loin le temps où les start-ups belges devaient faire la quête pour trouver des fonds. Elles sont mûres pour passer à l'âge adulte.

"Au-delà de 5 millions, c’est compliqué de trouver du financement en Belgique." Jusqu'il y a peu, on entendait régulièrement cette phrase dans la bouche des start-ups ou scale-ups du royaume en recherche de fonds. Après l'annonce cette semaine par Sortlist et sa plateforme de mise en relation entre entreprises et agences de communication d’une levée de fonds de 11 millions d’euros 100% belges, est-ce que tout aurait changé?

Sortlist est en tout cas un témoin de première main de l’évolution et de la nouvelle maturité de l’écosystème entrepreneurial technologique en Belgique. Et en Belgique francophone plus particulièrement. L’entreprise est née dans le tout premier programme d’accélération de start-ups en Wallonie, on ne parlait pas encore d’incubateur à l’époque. Issu de la deuxième promo de Nest’Up en 2014 (la première avait notamment produit Take Eat Easy), Sortlist a vu le paysage entrepreneurial autour d’elle changer du tout au tout en sept ans. Les premiers incubateurs se sont ouverts, les programmes d’accompagnements publics et privés se sont multipliés. Ensuite, les vannes du financement d’amorçage ont été ouvertes par les autorités, de façon trop importante avec le recul, mais cela eut le mérite de créer un appel d’air et une vague d’entrepreneurs et d’entreprises qui ont formé sans le savoir, pour celles qui ont survécu, le socle d’un écosystème qui sort aujourd’hui de la puberté et tend enfin vers la maturité.

Le retour des fils prodigues

En 2021 en Belgique, l’accès au fonds n’a jamais été aussi aisé pour une jeune entreprise qui a quelques mois d’activité, une bonne idée et un minimum de chiffres et de traction à avancer. Les initiatives d’accompagnement et de financement pullulent dans tous les sens et se battent désormais pour attirer les meilleurs dossiers. On attend encore simplement le retour des fils prodigues pour réinvestir dans l’écosystème. On n’en est pas loin. Pour cela, il manque à notre écosystème que la génération d’entrepreneurs qui a débuté entre 2010 et 2015 réalise de "grosses exit" comme on dit dans le milieu, qu’ils empochent un gros chèque, qu’ils vendent leur bébé.

À ce moment-là, une nouvelle génération d’investisseur va apparaître sur le territoire et donner une nouvelle impulsion. C’est la prochaine grande étape qui une fois enclenchée donnera les armes pour une expansion et une ambition encore plus importante. À noter que dans cette étape, l'argent a autant d'importance que le mentorat de ceux qui ont réussi envers la nouvelle génération.

Tête haute et poches pleines

Même s’il ne faut pas tirer de grandes conclusions d’une seule levée de fonds, celle-ci dit beaucoup de choses sur son environnement. C’est aussi l’occasion de constater que les mentalités ont bien évolué depuis 2014 et rare sont les start-ups qui se limitent désormais au territoire belge ou dont le projet ne voit pas le jour faute de financement. Dans les salons internationaux, les délégations belges ont désormais la tête haute et sont saluées, un signe qui ne trompe pas.

Pour avoir personnellement suivi l’éclosion de ces entreprises, souri à leurs ambitions démesurées pour l’époque et accompagné leurs déboires et succès, observer leur maturité actuelle est un mélange de soulagement et de fierté. Vivement l’âge adulte.

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