chronique start-ups

Mathieu Michel n'est pas le seul fautif

Journaliste

Nos entreprises innovantes doivent apprendre à se faire connaître et à bomber le torse.

"Les autres noms ne me reviennent pas. Vous me prenez à froid." Cette réponse de Mathieu Michel, secrétaire d’État à la digitalisation, lorsque nous lui avons demandé lors d’une interview de nous citer les entreprises technologiques belges à suivre en exemple a fait l’effet d’une bombe. L’interview et les captures d’écrans de la réponse pour le moins embarrassante ont été partagées et repartagées des centaines de fois sur les réseaux sociaux, échangées entre certains membres du gouvernement avec des smileys interrogateurs et reprises par ses détracteurs qui attendaient une nouvelle occasion de lui tomber dessus.

Tout le monde y a été de son commentaire amusé ou attristé. Tout le monde, c’est aller un peu vite en besogne. On a très peu vu ou entendu les entrepreneurs à la tête des entreprises technologiques que Mathieu Michel est incapable de citer. Eux aussi ont été pris à froid. Et leur non-réaction, à de rares exceptions près, explique en partie - mais n’excuse pas - la raison de la méconnaissance du nouveau secrétaire d’État. A la tête de ces entreprises ce ne sont pas des grandes gueules ou des maîtres de la communication, ce sont des bosseurs qu'on ne connaît pas ou très peu.

Qui peut citer les deux licornes belges?

Il est intéressant de se demander pourquoi une personnalité politique libérale qui a dirigé la province du Brabant Wallon, l’un des plus importants viviers de start-ups en Wallonie, qui a un attrait pour les questions numérique (si, je vous jure) ne peut pas de tête citer des noms d’entreprises technologiques belges. La réponse est simple : peu de gens le peuvent. Hormis pour les personnes issues du secteur ou gravitant autour, nos entrepreneurs Tech et leurs entreprises ne sont pas des stars ou des leaders d’opinion comme dans d’autres pays.

Pour faire de nos start-ups des hits internationaux, être connues de tous et du secrétaire d'État, il faudra combattre notre culture entrepreneuriale modeste.

Prenons un exemple: la Belgique possède deux licornes, ces entreprises Tech valorisées à plus d’un milliard de dollars. La première est régulièrement citée, c’est Collibra. Et la deuxième ? Vous l’avez ? Probablement pas et personne ne peut vous le reprocher. Il s’agit de Team.Blue, issue de la fusion de Combell (hébergeur de site web) et TransIP. On ne la connaît pas pour une mauvaise raison: son business est tout sauf sexy, l’arrière-cour des internet et les serveurs n’ont jamais excité les foules.

Nos start-ups à vocation internationale sont majoritairement B2B, dédiées aux entreprises. Ce ne sont pas des blockbusters dont le logo s’affiche 400 fois par jour devant vous. Ces entreprises sont dirigées par des geeks pour qui l’image arrive en dernier lieu dans la liste des priorités.

Vendre du rêve

Il y a tout de même des exceptions, prenez Cowboy par exemple. La start-up bruxelloise est très "connue" car elle s’adresse directement au consommateur, parce qu'elle est dans un segment en vogue (la mobilité urbaine) et surtout parce que ses dirigeants savent communiquer et se vendre chez nous comme à l’étranger. Autre exemple: combien d’entrepreneurs belges ont eu droit à un article dans le célèbre Forbes Magazine? Emna Everard, la jeune fondatrice de la start-up Kazidomi, vient d'y figurer. Elle attire les médias car son business décolle, mais aussi car elle raconte quasi quotidiennement son histoire d’entrepreneuse sur les réseaux sociaux. Elle s'expose avec un storytelling très américain et efficace qui fait mouche.

Pour faire de nos start-ups des hits internationaux, être connues de tous - et du secrétaire d'État - il faudra combattre notre culture entrepreneuriale modeste. L’entrepreneur belge ne va jamais faire de vague, même s’il est en train de révolutionner un secteur sclérosé. Et pourtant, du talent et des entreprises qui vendent du rêve, nous en avons. Il suffit de se balader dans les couloirs de BeCentral, d’aller à un apéro du wagon, de passer à Mont-Saint-Guibert, de découvrir les geeks de Flagey chez eFounders, de visiter le chantier de Noshaq à Liège, de faire un détour par A6KE6K à Charleroi, de visiter la Niche à Namur et ça ce n’est que le sud du pays.

Nous possédons des entreprises technologiques de pointe dans tous les domaines, il faut simplement leur apprendre à bomber le torse pour que plus personne ne soit jamais pris à froid quand on lui demande qui sont les champions technologiques en Belgique.

Lire également

Messages sponsorisés