interview

"On n'aurait pas pu lancer notre start-up en Belgique"

Gauthier Van Malderen, fondateur de Perlego, le Spotify des livres académiques. ©Perlego LTD

Gauthier Van Malderen a créé Perlego, le spotify des livres académiques, en 2016 à Londres. Après avoir levé plus de 16 millions d'euros en deux ans et créé une start-up de 40 employés sur le sol anglais, il explique pourquoi il n'aurait pas pu le faire en Belgique.

Accessibilité des financements, ambitions locales, écosystème peu vertueux et des investisseurs qui réclament 50% des start-ups, Gauthier Van Malderen n'est pas tendre avec la Belgique. Il pense tout de même lancer sa prochaine start-up sur le sol belge.

Vous avez créé votre start-up Perlego à Londres avec succès. Aurait-il été impossible de le faire sur le sol belge?

Non, impossible à l'époque en tout cas. J’ai commencé Perlego fin 2016 et on a lancé le produit en janvier 2017. À l’époque, l’un des problèmes que nous avons rencontrés, c’était de réussir à trouver des fonds. C’est l’une des raisons pour lesquelles on s’est lancé ici à Londres. La deuxième, c’est que les principaux éditeurs se trouvent à Londres et ils sont cruciaux pour notre business. Mais l’accessibilité aux financements était vraiment l’élément clé pour nous.

"Avec le Brexit, il sera plus difficile d’attirer des talents européens" (Gauthier Van Malderen)

Avez-vous essayé de chercher des fonds en Belgique?

On a essayé. On a même reçu deux offres d’investisseurs belges assez réputés, mais ils voulaient 50% de la boîte. C’est choquant à quel point les entrepreneurs n’ont rapidement plus le contrôle de leur entreprise en Belgique. Ici, une start-up qui a deux ans, l’entrepreneur se retrouve avec 20% et les investisseurs 80%. C’est un énorme problème selon moi. C'est impossible de motiver l'entrepreneur dans ces conditions.

"On a même reçu deux offres d’investisseurs belges assez réputés, mais ils voulaient 50% de la boîte."
Gauthier Van Malderen
CEO de Perlego

Est-ce une question d’environnement et de contexte?

Effectivement. On a trouvé à Londres un écosystème qui était beaucoup plus dynamique. Si on regarde les investisseurs que nous avons actuellement, on a beaucoup d’entrepreneurs qui ont déjà fait des boîtes. Pour moi, ce qui manquait à l’époque, et ça commence à être le cas en Belgique, c’est un écosystème où les entrepreneurs qui ont réussi réinvestissent dans la jeunesse entrepreneuriale, mais donnent aussi de leur temps pour apprendre à ceux qui débutent. Moi j’apprends énormément parce que j’ai, par exemple, Alex Chesterman, qui a fondé Zoopla et l’a revendu pour 3 milliards en Angleterre, qui me dit de ne pas faire certaines choses pour ne pas commettre les mêmes erreurs que lui. C’est très important de bien s’entourer. Si tu vas chercher de l’argent chez des entrepreneurs aguerris qui ont déjà fondé plusieurs entreprises, ils vont t’apporter beaucoup plus que des fonds d’investissement.

Ce sont des profils que l’on ne retrouve pas en Belgique?

Dans mon cas, je n’avais aucun réseau en 2016 et il est très difficile en Belgique de rentrer dans les cercles restreints où on peut rencontrer ce type de profil. En Angleterre, si tu es jeune, ambitieux et que tu as faim, les portes s’ouvrent plus facilement qu’ici.

Que manque-t-il à la Belgique pour rattraper son retard?

En France, ils ont fait une nouvelle structure qui permet de payer peu d’impôts sur les parts que l’on possède dans une boîte. Ce type d’initiative peut aider à faire grandir rapidement les investissements. En Angleterre, il y a un système similaire qui fait que les employés qui reçoivent des parts de leur entreprise ne doivent payer que 10% d’impôts dessus. En Belgique, on n'est pas assez attractifs pour le moment à ce niveau-là. Mais ce qui nous manque surtout, c’est d’avoir plus de success-stories belges.

"La Belgique est un pays trop petit et ce que je vois souvent ici c’est des entrepreneurs qui ont une ambition locale."
Gauthier Van Malderen
Fondateur de Perlego

Un entrepreneur belge serait condamné à se lancer depuis l’étranger pour réussir internationalement?

Je pense que je vais lancer ma prochaine boite en Belgique. Pour un entrepreneur qui débute, je pense que la clé c’est d’avoir un esprit tourné vers l’international. Malheureusement, la Belgique est un pays trop petit et ce que je vois souvent ici c’est des entrepreneurs qui ont une ambition locale. Quand on voit que la Suède a réussi à créer 14 licornes, 14 entreprises qui valent plus d’un milliard de dollars. Ils ont un état d’esprit différent qui est beaucoup plus orienté vers l’international. Malheureusement, tu as besoin de beaucoup d’argent si tu as pour ambition comme nous de disrupter une grosse industrie. Tu ne peux pas le faire avec 500.000 euros. Il faut des fonds importants pour faire une grande entreprise, il n’y a pas de secret.

Les réussites belges commencent à réinvestir en Belgique, c'est plutôt bon signe non?

Oui, on va clairement vers un mieux. Pour moi, un entrepreneur qui a bien réussi doit recycler sa réussite dans l’écosystème dont il vient. Mais ce qu’il manque en Belgique, ce sont des fonds d’investissements avec une vraie puissance financière. Volta Ventures ou d'autres c'est maximum 30 millions d’euros, c’est impossible de jouer dans la même cour que les Américains ou les Anglais.

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