chronique

Quand la réglementation crée des opportunités

Les USA créent, la Chine copie et l’Europe régule. Nous avons tous entendu cette maxime qui, même si elle est une caricature, n’est pas très éloignée de la réalité.

Au dernier Digital Finance Summit de novembre 2019, notre ministre des Finances Alexander De Croo, soulignait avec un sourire en coin que l’Europe est une force de créativité dans… la règlementation. Entre le mille-feuille régulatoire belge et les contraintes européennes, il est vrai que notre beau continent est un paradis pour les avocats, auditeurs et autres consultants en la matière.

Si cette réglementation est souvent créée pour protéger les clients, utilisateurs ou usagers, elle n’est pas sans incidence sur la vie de toute entreprise. Cela a un double coût : un coût financier que l’utilisateur final finit toujours par payer mais également un coût généré par la diminution de la facilité ou du confort d’utilisation d’un service.

Un exemple très illustratif est l’obligation pour tous les dirigeants d’entreprise d’envoyer à leur banque des formulaires papier pour leur communiquer qui sont les bénéficiaires ultimes de leur entreprise (actionnaires, administrateurs, etc.). Régulièrement, ces documents arrivent vierges par la poste et doivent être renvoyés complétés sous peine de voir lesdits comptes bancaires bloqués. En outre, ces mêmes informations doivent être communiquées séparément et sur des formulaires différents à chaque banque de l’entreprise.  On imagine aisément la charge de travail administrative que cela peut représenter. A cela se rajoute la frustration du client de devoir répéter la même opération plusieurs fois.

Des entreprises belges se sont spécialisées dans la création de solutions pour faciliter le respect de la réglementation dans le secteur financier.

Sur la scène mondiale, l’Europe est reconnue pour son savoir-faire en la matière et est utilisée comme source d’inspiration. La Chief Privacy Officer de Microsoft Julie Brill n’a-t-elle pas souhaité que le Congrès américain mette en place une règlementation similaire à RGDP ?

Fort de cet avantage compétitif, des entreprises belges se sont spécialisées dans la création de solutions pour faciliter le respect de la réglementation dans le secteur financier.  Ces entreprises utilisent la technologie pour diminuer les coûts administratifs et améliorer l’expérience client. Elles sont regroupées sous un vocable commun : les RegTech (Regulation & Technology).

En reprenant mon exemple des bénéficiaires ultimes : prochainement, les dirigeants d’entreprise n’auront plus à compléter les bénéficiaires ultimes de leur entreprise puisque ces données sont aujourd’hui centralisées sur le portail du SPF Finances.  Plus de papier à compléter et à renvoyer par la poste !

Ces RegTech belges sont regroupées depuis quelques semaines en une verticale spécialisée au sein de la fédération Fintech Belgium.  Elle y regroupe plus de 25 entreprises allant d’Itsme à Data.be en passant par des Harmoney, Isabel ou Vadis Technologies. La liste complète serait trop longue pour cette chronique.

Les RegTech sont très friandes des toutes dernières technologies : l’intelligence artificielle, le deep learning, les connexions API, l’analyse sémantique, etc. Elles sont des pionnières dans ces domaines et elles pourraient inspirer d'autres verticales technologiques.

En Europe, nous n’avons peut-être pas de pétrole mais nous avons la réglementation !

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