chronique

Revenir à l'internet d'avant pour les réseaux sociaux

Annoncé cette semaine par le PDG de Twitter, Jack Dorsey, la création d’un nouveau standard pour les réseaux sociaux fait débat. Imposer un nouveau protocole ouvert à tous reviendrait à supprimer les univers fermés actuels des réseaux sociaux.

Les partisans du "C’était mieux avant" ont accueilli un nouvel adepte inattendu cette semaine en la personne de Jack Dorsey, le fondateur et PDG du réseau social Twitter. Il a annoncé que Twitter finançait "une petite équipe indépendante de cinq architectes, ingénieurs et designers pour développer un nouveau standard ouvert et décentralisé pour les médias sociaux". Le projet baptisé Bluesky a pour objectif que son entreprise et potentiellement les autres réseaux sociaux deviennent clients de ce futur standard.

Revenir aux protocoles, c’est revenir à l’internet d’avant, aux fondamentaux du web. À l’époque, chaque fonctionnalité d’internet était reliée à un protocole. Les email utilisaient SMTP, le chat s’effectuait via IRC et ainsi de suite.

Avoir un protocole standard permettrait aux réseaux sociaux de se décharger du rôle embarrassant de modérateurs.

Le but de cette initiative est multiple, mais l’objectif principal est de remplacer les plateformes par un protocole pour les régir. Ce qui se traduit par laisser dicter le fonctionnement des réseaux sociaux par une instance supra-réseaux, un cadre standardisé, qui permettra à n’importe qui d’en modifier le code informatique qui sera accessible à tous. Cette idée, Jack Dorsey ne l’a pas inventé tout seul. Il s’inspire du fondateur du blog Techdirt, Mike Masnick dont l’idée globale est de revenir à "l’internet d’avant, des débuts". Pour l’instant, les réseaux sociaux fonctionnent dans des univers fermés alors que, par exemple, les emails fonctionnent sur un protocole standard qui permet d’échanger entre différentes plateformes (Gmail, Hotmail, etc). Vu le caractère ouvert du potentiel futur protocole, chacun pourrait afficher ce qu’il a envie de voir dans un fil d’actualité centralisé, en théorie en tout cas.

Un encadrement nécessaire?

Mais le véritable objectif est peut-être tout autre. Avoir un protocole standard qui régit le monde des réseaux sociaux permettrait à ses derniers de se décharger du rôle embarrassant de filtre de contenu et de modération. Un rôle qui n’a réussi à aucun d’entre eux et qui leur fait endosser le costume d’adolescents irresponsables à chaque message de haine ou fake news qui passe entre les mailles, peu serrées, de leurs filets. Sous couvert d’un retour en arrière, Jack Dorsey espère peut-être ne plus avoir à décider si tel ou tel contenu a le droit d’être publié par sa plateforme. Il pourrait avoir beaucoup d’alliés, Facebook en tête, sur ce point précis. Et peut-être uniquement sur ce point car Facebook n’aura certainement pas envie d’être intégré dans un protocole global qui lui ferait perdre son environnement fermé et si rentable publicitairement parlant qu’elle a mis tant d’années à construire.

Ce nouveau protocole pour les réseaux sociaux n’est pas prêt de voir le jour, mais rien que le fait que le PDG de l’un d’eux finance son développement en dit long sur la situation critique de ces plateformes. Une refonte de leur encadrement semble inéluctable à mesure que leur pouvoir grandit. L’idée de protocole unique est une piste parmi d’autres qui alimente la réflexion mais qui aura du mal à voir le jour si un consensus de la part des plateformes elles-mêmes n’est pas trouvé. L’idée a au moins le mérite d’ouvrir le débat technologique et philosophique sur l’encadrement de ces plateformes qui font maintenant partie intégrante de notre vie quotidienne.

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