chronique

Tax shelter: regardons les deux côtés de la médaille

Claire Munck, CEO du réseau d'investisseurs Be Angels réagit à la chronique de Maxime Samain sur le tax shelter.

La chronique de Maxime Samain dans l'Echo du 12 octobre dernier sur le tax shelter nous alerte à juste titre, comme cela avait été le cas en France avec la loi TEPA il y a plusieurs années, sur la vigilance accrue dont on doit faire preuve en tant qu’investisseur privé lorsque des incitants fiscaux sont mis en place pour faciliter l’investissement dans les start-up.

Les entrepreneurs doivent aussi dans la mesure du possible, surtout dans les phases de démarrage, chercher plus que du financement, une forme d'accompagnement. Mais si revers il y a, retournons la médaille un instant. Les personnes qui ont mis en place ce mécanisme en Belgique ne l'ont pas fait à la légère. Ils se sont inspirés de ce que le Royaume Uni a mis en place depuis déjà près de 30 ans (Enterprise Investment Scheme) en regardant l’impact économique à long terme. Les différentes études à ce sujet ont montré que plus de 50% des investisseurs concernés n’auraient pas investi sans incitant, et que l’impact en termes de création d’emploi ou de paiement de taxes en tout genre pour l’état compensait largement l’investissement pour ce dernier.

Alors d’un point de vue entrepreneurial est-ce intéressant? Oui, car cela permet de lancer beaucoup plus d’entreprises, dont davantage seront des créateurs de valeur dans le futur pour nos économies. Très peu de sociétés ont vocation à ouvrir leur capital, mais ce sont bien ces dernières qui dans 5 à 10 ans seront les moteurs de nos économies. On augmente donc la taille de l’entonnoir, ce qui est l'objectif de la mesure tax shelter. Compenser une partie du risque ce n’est pas l’éliminer totalement.

"Nous devons tous travailler de concert pour rendre l’outil du tax shelter aussi efficace que possible."
Claire Munck
CEO de Be Angels

Est-ce que le darwinisme économique nous pousserait à laisser faire pour s’assurer que seuls quelques-uns aient la possibilité de trouver du financement privé? Est ce que quand on a un bon projet on trouve inévitablement du financement? Est-ce que cela ne permettrait pas de favoriser les entrepreneurs qui ont un bon réseau et de défavoriser d'autres? De nombreux pays ont mis en place des tax shelter, beaucoup plus généreux par ailleurs, de part le monde, pour encourager des privés à diversifier une partie de leur épargne en soutenant les entreprises dans une phase de risque qui ne leur donne pas à accès à d'autres sources de financement.

La question n’est peut être pas de savoir si les 39 millions n’auraient pas du être investis dans des start-up qui ne mériteraient pas de voir le jour, mais plutôt comment, sachant que cet outil fiscal est depuis longtemps jugé comme le plus efficace pour soutenir davantage de création d’entreprise (car celles qui bénéficient du tax shelter n'ont généralement pas de capacité de remboursement et donc pas d'alternative bancaire, et sont trop jeunes pour intéresser les fonds institutionnels plus structurés et professionnels), on peut accompagner les investisseurs à se professionnaliser.

C'est le rôle des acteurs de l’écosystème, comme Be Angels, de sensibiliser les entrepreneurs et les investisseurs à la problématique de la valorisation, du refinancement, et de la liquidité. Car une valorisation excessive ne sert effectivement aucune des deux parties. Nous devons tous travailler de concert pour rendre l’outil du tax shelter aussi efficace que possible pour les entreprises de nôtre écosystème.

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