chronique

Une puce dans le crâne. Signe de la fin de l'espèce humaine?

Journaliste

Elon Musk et sa start-up Neuralink louent les mérites d'un super-cerveau grâce à une puce implantée dans le crâne.

Comme à son habitude, il a surpris tout le monde. Elon Musk a dévoilé cette semaine son nouveau projet futuriste. L’entrepreneur à succès, patron de Tesla et Space X, a débuté sa présentation par un "It’s gonna blow your mind" qu’on traduira par un distingué "cela va vous époustoufler". Le genre de phrase qu’on entend à chaque présentation d’une start-up de la Silicon Valley. Mais pour une fois, l’expression n’a pas été galvaudée. Une puce implantée dans le cerveau pour communiquer avec des machines, sauvegarder ses souvenirs et obtenir un super cerveau pour quelques milliers de dollars. "Sans ça, notre espèce est condamnée." Musk a fait fort, une fois de plus.

Une truie avant l'homme

La pauvre Gertrude, une truie qui n’avait rien demandé à personne, s'est retrouvée dans le rôle du cobaye de service. Une puce implantée dans le crâne, Elon Musk l’envoie en prime time face aux millions de spectateurs. Elle déambule et agite les capteurs sans qu’évidemment la pauvre bête se rende compte de ce qui se passe. Sans le savoir, elle participe peut-être à la planification de la fin de l’espèce humaine comme nous l'avons toujours connue. Elle a beau avoir une puce dans le cerveau, Gertrude reste une truie, un animal des plus intelligents, mais qui a ses limites. Le spectacle est triste, voire comique, selon la sensibilité que l’on a pour la cause animale.

Gertrude, "cobaye" de la puce de Musk.

Lire aussi | La revanche des geeks

2020 était déjà une année qu’on pourrait gentiment qualifier de "crapuleuse", voir Elon Musk s’exciter sur le fait d’implanter une puce dans les cerveaux humains la rend encore plus inquiétante. Car quand Musk a une idée, il va au bout. Qui ne lui a pas ri au nez quand il a dit il y a dix ans qu’il emmènerait des touristes dans l’espace, qu'on roulerait en voiture électrique et que l’homme sur Mars n’était pas une utopie ? Plus personne n’ose rire aujourd’hui et la tendance est plutôt à faire la révérence quand on croise le patron de SpaceX.

Une avancée scientifique?

Il ne faut donc pas prendre à la rigolade la nouvelle lubie d’Elon Musk et sa start-up Neuralink. L’homme sait comment présenter les choses, il a débuté par les bonnes nouvelles. La première mouture de cette puce implantée est capable de transmettre par Bluetooth des informations sur l'activité musculaire de la personne qui la porte. La puce sait repérer l'emplacement des muscles dès qu’ils ont en mouvement. Elon Musk y voit donc une utilité pour les personnes paralysées, qui pourraient retrouver l’usage de la marche.

Qui pour aller à l’encontre d’un tel espoir ? Personne évidemment, surtout si c'est Gertrude qui fait la démonstration. Par contre, quand Elon Musk présente tout sourire sa puce comme le futur du cerveau humain doté d’une intelligence et d’une puissance jamais atteintes, "une avancée extraordinaire pour l’espèce humaine", notre cerveau, aussi banal soit-il, doit s'interroger et s'inquiéter. Soigner une paralysie grâce à des électrodes et des impulsions données par une puce dans le cerveau est une chose, implanter un cerveau virtuel capable de prendre des décisions et de penser à la place d’un humain en est une autre. L'idée de Musk revient à renier l’essence même de l’humain. Pour quelqu’un qui se déclare pro-humaniste, on a du mal à comprendre.

Le rêve d’Elon Musk est pourtant de plus en plus réel au fur et à mesure des avancées en la matière. L’utopie d’un super humain, infaillible, robotisé et contrôlable n'est paraît-il plus si lointaine. Les images de Gertrude avec sa puce implantée dans le cerveau sont peut-être les prémices d'un nouvel humain déshumanisé et contrôlé. Demain nous serons tous Gertrude.

Lire également

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés