portrait

L'Elon Musk français

Le serial entrepreneur Xavier Niel lance à Paris le plus grand incubateur de start-ups au monde, la Station F.

Après trois années de travaux, la Station F, l’incubateur aux mille start-ups financé par Xavier Niel, s’apprête à ouvrir ses portes demain à ses premiers occupants. Hier, l’heure était à l’inauguration de cette immense bâtisse, baptisée Station F en référence à la Halle Freyssinet où il se situe en plein cœur du XIIIe arrondissement de Paris. Avec son sourire carnassier et ses cheveux longs, Xavier Niel n’a pas boudé son plaisir hier de recevoir en grande pompe le nouveau président Emmanuel Macron dans son nouvel eldorado dédié à la nouvelle économie, le plus grand incubateur au monde (devançant même la Silicon Valley!).

D’ailleurs, les deux hommes se connaissent bien et s’apprécient. Avant d’être nommé ministre de l’Économie par François Hollande, Emmanuel Macron a envisagé un temps de monter une start-up avec Xavier Niel… C’est dire l’affection qui les lie (même si Niel confie s’être abstenu au second tour de la présidentielle).

Le trublion des télécoms

Le profil
  • Né le 25 août 1967 à Maisons-Alfort (Val-de-Marne).
  • 1991: Il rachète un éditeur de services sur le Minitel rose et le rebaptise Iliad.
  • 1999: Il crée le fournisseur d’accès à internet Free, filiale d’Iliad.
  • 2010: Il rachète le groupe Le Monde avec Pierre Bergé et Matthieu Pigasse. La même année, il tombe amoureux de la fille de Bernard Arnault, Delphine.
  • 2013: Coup d’envoi de l’École 42.

Pour beaucoup, le milliardaire est déjà une icône, un Steve Jobs à la française, celui qui a réussi à dynamiter le modèle économique des grands groupes télécoms (Orange, SFR, Bouygues) en leur imposant ses offres et tarifs low cost. Par sa faute (ou grâce à, c’est selon), les leaders sont devenus suiveurs pour le plus grand plaisir des consommateurs "freenautes" du nom de son opérateur télécoms Free (groupe Iliad). Grâce à lui, les factures téléphoniques et les tarifs internet ont fondu ces dix dernières années. Le forfait mobile à 2 euros a cassé les prix comme jamais dans ce secteur devenu hautement concurrentiel.

Sa réussite, flamboyante, a un côté insolent. À l’image de celle du Président de la République. Si le Président veut gérer la France comme une immense start-up en la réformant de fond en comble, le serial entrepreneur s’attaque à en fournir les outils. En 2011, il s’associe avec Jacques Antoine Granjon (Vente-privée.com) et Marc Simoncini (Fondateur de Meetic et Jaïna Capital) pour créer l’École européenne des métiers de l’internet (EEMI), école privée destinée à former les étudiants aux métiers du net.

Deux ans plus tard, il lance avec trois partenaires l’École 42 destinée à former des jeunes à la programmation et aux métiers techniques du numérique. Cette formation gratuite est financée à 100% sur ses fonds propres (comme la Station F) sur dix ans pour un montant estimé de 70 millions d’euros. Le succès est tel qu’une École 42 ouvre ses portes en 2016 en plein cœur de la Silicon Valley.

La Station F de Xavier Niel ©AFP

Mais Xavier Niel aime surtout s’amuser dans ses investissements et se fier à son flair. Outre ses participations (au fonds d’investissement Kima Ventures, dans la holding Free Minds), il rachète avec d’autres investisseurs les droits des chansons de Claude François. À la manière d’Elon Musk dans les transports (Tesla Motors, SpaceX, Hyperloop), il finance à coups de millions les start-ups internet qui lui semblent prometteuses (Stootie, Kokoroe, WeMoms, Tipeee…).

Résultat: le magazine Challenges lui décerne en 2014 le titre du deuxième entrepreneur incarnant le mieux l’innovation derrière Bill Gates. Mais l’homme d’affaires atypique a aussi un petit quelque chose du PDG d’Amazon, Jeff Bezos, propriétaire du Washington Post. Comme lui, il investit dans le secteur des médias. Depuis 2010, il a pris pied dans une vingtaine de titres, en commençant par le plus prestigieux d’entre eux, le groupe Le Monde (dont Télérama, La Vie, Courrier International), avec deux autres partenaires, puis du Nouvel Obs tout en prêtant main-forte à de nombreux sites en ligne (Bakchich, Mediapart, Atlantico, Causeur…). Lui qui a amorcé sa fortune dans les années 80 grâce au Minitel rose, souhaite désormais faire œuvre de "mécénat" pour soutenir la création d’entreprises et l’emploi.

10è fortune française

Le milliardaire entre pour la première fois dans le classement annuel des plus grandes fortunes françaises réalisé par l’hebdomadaire Challenges. Issu d’une famille modeste de Créteil (Val-de-Marne), Xavier Niel remplace Vincent Bolloré au dixième rang avec une fortune estimée à 9,4 milliards d’euros.

Des mails de sa main

Aussi occupé et pressé soit-il, l’homme d’affaires prend toujours le temps de répondre personnellement aux mails qui lui sont adressés, parfois avec un peu de retard, mais toujours avec courtoisie.

 

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