L'iPhone, la poule aux œufs d'or devenue un poids pour Apple

©REUTERS

Les nuages s’amoncellent au-dessus du groupe de Tim Cook. Pour la première fois depuis 2002, il a lancé un avertissement sur résultats. Ce qui a accentué la chute de l’action en Bourse.

Apple, un géant aux pieds d’argile? Il est loin le temps où la marque à la pomme dominait le monde avec une capitalisation boursière dépassant 1.100 milliards de dollars. Après avoir perdu son titre de numéro un au profit de Microsoft il y a plus d’un mois, elle est désormais éjectée du podium par Alphabet, la maison mère de Google. Les fondations sur lesquelles repose l’empire Apple se fissurent. Pour la première fois en 16 ans, le groupe a lancé un avertissement sur résultats mercredi soir. Il table à présent sur un chiffre d’affaires d’environ 84 milliards de dollars pour la période octobre-décembre contre une fourchette de 89 à 93 milliards annoncée en novembre dernier. Le consensus des analystes est de 91,5 milliards de dollars, selon des données Ibes de Refinitiv.

"Nous n’avons pas mesuré l’ampleur de la décélérationéconomique, surtout en Chine."
Tim Cook
CEO d’Apple

L’annonce a fait grand bruit dans les milieux high-tech et les salles de marché. Plusieurs analystes ont réduit leur objectif de cours et deux brokers ont même abaissé leur recommandation à "neutre". "Apple n’a pas raté une seule fois ses objectifs depuis des années, l’ampleur de cet avertissement suggère qu’il évolue en territoire inconnu", a souligné Jefferies. L’entreprise opère actuellement un changement de stratégie pour se défaire de sa (trop) grande dépendance à l’iPhone, qui représente près des deux tiers de son chiffre d’affaires. Car sa poule aux œufs d’or montre des signes de faiblesse. "Les ventes d’iPhone inférieures aux prévisions, principalement en Chine, expliquent l’ensemble de nos pertes de revenus, et bien plus que la baisse de nos recettes d’une année sur l’autre", a indiqué son CEO Tim Cook dans une lettre adressée à ses actionnaires. Les craintes qui ont provoqué la chute de l’action Apple ces derniers mois sont devenues réalité.

La Chine, épicentre du séisme

Pour expliquer les difficultés rencontrées par le géant de la Silicon Valley, ses fans et de nombreux observateurs ont évoqué plusieurs causes comme le prix jugé très élevé des derniers iPhone, le peu de nouveautés qu’ils offrent par rapport aux éditions précédentes, la date du lancement des ventes qui aurait provoqué des hésitations chez certains acheteurs, le remplacement de la batterie d’anciens iPhone qui aurait limité le renouvellement, etc. Nous pointerons un autre facteur important, à savoir les ventes sur les marchés émergents. La Chine et l’Inde se sont révélées moins rémunératrices que prévu. "Même si nous anticipions des difficultés dans des marchés émergents importants, nous n’avons pas mesuré l’ampleur de la décélération économique, surtout en Chine", a reconnu Tim Cook dans sa lettre.

En ces temps difficiles, les consommateurs chinois se détournent des iPhone dont le prix est parfois trois fois plus élevé que celui de produits concurrents. Le Wall Street Journal, qui se base sur les données du cabinet IDC, signale par ailleurs que le marché local est saturé. Les livraisons de smartphones en Chine reculeraient depuis six trimestres consécutifs. Ajoutez à cela la guerre commerciale avec les États-Unis et vous avez le cocktail parfait pour peser sur les ventes du géant américain.

Déjà prudents depuis les semaines, les analystes ont de nouveau réduit leurs prévisions ce jeudi. Jefferies estime à 185 millions le nombre d’iPhone qui seraient vendus en 2019. Soit une baisse de 10% par rapport à sa précédente estimation, qui avait déjà été abaissée en cours d’année. "Si nous avons vu juste, cela marquerait la première fois depuis 2015 qu’Apple vend moins de 200 millions d’iPhone." De leur côté, les analystes d’UBS restent tout de même confiants. "Apple pourrait obtenir un multiple plus élevé une fois que les investisseurs commenceront à regarder au-delà de la faiblesse de l’iPhone et que la publication de la marge dans les services mettra en lumière la récurrence des bénéfices."

Vers une société de services

Serait-ce là la nouvelle source de revenus pour le groupe? Tim Cook semble décidé à transformer sa société basée sur la vente de produits, vers une société de services (App Store, Apple TV, Apple Music, etc.) Il vise des revenus annuels d’environ 50 milliards de dollars d’ici 2020. Ce qui représenterait alors 20% de son chiffre d’affaires global et potentiellement une bouée de sauvetage.

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