portrait

Yves Guillemot, prêt à en découdre avec Bolloré

Le PDG d’Ubisoft résiste au géant des médias Vivendi et entend rester indépendant.

Gamer contre raider. Le combat s’annonce épique entre Yves Guillemot, le PDG et fondateur d’Ubisoft , le troisième éditeur mondial indépendant de jeux vidéo et le vorace homme d’affaires Vincent Bolloré , qui lorgne depuis plusieurs mois sa proie. Digne de leur blockbuster "Assassin’s Creed"? Entre la famille Guillemot, issue de Carentoir, dans le Morbihan, et le médiatique Bolloré, né à Paris mais qui met sans arrêt en avant son fief finistérien d’Ergué-Gabéric, la guerre que se mènent les deux Bretons fait plutôt penser – l’humour en moins – à un épisode d’Astérix. Avec Yves Guillemot dans le rôle du chef du village gaulois assiégé par un Jules César – alias Vincent Bolloré – particulièrement fourbe.

  • 21 juillet 1960 Naissance à Carentoir, en Bretagne.
  • 1986 Il crée Ubisoft Entertainment SA, nom choisi en référence au concept d’ubiquité, pour traduire la volonté d’être partout dans le monde.
  • 1999 Création de Gameloft, spécialisé dans les jeux vidéo pour mobiles.
  • Octobre 2015 Début d’un raid boursier de Vivendi contre l’éditeur Ubisoft.

C’est en effet par surprise que le président de Vivendi a pris la famille Guillemot de court en lançant ces derniers jours une offre de rachat de 512 millions d’euros sur Gameloft (qui évolue dans la galaxie Ubisoft). Depuis l’automne, Vincent Bolloré s’est progressivement offert 30% de son capital (soit 26,72% des droits de vote). Consciente pourtant de cette montée en puissance, la famille Guillemot, à la tête de 20,47% des parts (soit 28,57% des droits de vote) de l’éditeur français de jeux vidéo, n’a pas vu venir l’attaque.

L’offre de Vivendi propose 6 euros l’action (contre 6,93 euros à la clôture de la Bourse hier) pour rafler l’entièreté du capital de l’éditeur. Mais Yves Guillemot n’entend pas se laisser faire. Il a bien compris le stratagème de Vincent Bolloré, qui vise Ubisoft, l’autre société de jeux vidéo pour consoles développée par le groupe familial. Le président de Vivendi détient aujourd’hui 14,9% du capital de la pépite (contre 9,38% à la famille), valorisée en Bourse 2,9 milliards d’euros. "Si Vincent Bolloré veut acheter Ubisoft, qu’il fasse une offre", lui a-t-il lancé en guise de défi. "Mais nous n’accepterons pas une prise de contrôle rampante". Yves Guillemot, 56 ans, sait de quoi il parle. Il y a dix ans, l’américain Electronic Arts avait tenté de mettre la main sur Ubisoft. Une bataille de cinq ans que le Français a fini par gagner.

©REUTERS

 

Un Breton discret

A l’opposé de Bolloré, Yves Guillemot n’est pas un flambeur, il roule en monospace et est connu pour partir en vacances à… la Baule. Discret, il est fier de son origine bretonne, et la Bretagne le lui rend bien. Sa famille est très appréciée sur place. Au point de voir d’un mauvais œil l’attaque du "frère" breton Bolloré.

Son rêve

L’éditeur de jeux vidéo voit grand. "Quand j’étais jeune, mon rêve était de faire un parc d’attractions. Je ne sais pas si un jour je le ferai en virtuel ou si un jour il sera fait en réel, mais c’est quelque chose qui serait effectivement formidable", remarque-t-il en 2013. Son rêve d’un parc d’attractions peuplé de licences Ubisoft devrait se concrétiser dès 2020 en… Malaisie!

Un humour grinçant

Yves Guillemot n’a pas sa langue dans sa poche et, en bon Breton, dit franchement ce qu’il pense. "Vincent Bolloré aime réaliser des plus-values, qu’il sorte d’Ubisoft et il en fera une bonne avec notre plan stratégique", a lancé récemment le PDG d’Ubisoft en référence au nouveau plan de développement du groupe.

The Division

"Tom Clancy’s The Division" (sortie prévue le 8 mars) est le prochain jeu vidéo en ligne à monde ouvert édité par Ubisoft. Il est réalisé par le studio suédois Massive Entertainment, qu’Ubisoft avait racheté à Vivendi en 2007.

 

Tout débute en 1986. A l’époque, Yves reprend l’entreprise de commerce d’engrais de ses parents après un cursus dans une grande école de commerce et un Bac scientifique (comme ses quatre frères et à la demande expresse de leur mère Yvette). Passionné par les jeux vidéo qu’il découvre lors de l’un de ses voyages, il pressent, avec ses frères, que le créneau est porteur. Toujours de Bretagne, il importe d’abord de premiers jeux pour Amstrad et Atari avant d’en développer lui-même. Ubisoft est créé, le succès quasi immédiat.

Dédiée aux jeux sur mobiles, Gameloft voit le jour plus tard, en 1999, sous l’impulsion de son frère Michel. Loin du château loué en Bretagne pour abriter les premiers développeurs du groupe, Ubisoft emploie aujourd’hui plus de 7.000 collaborateurs dans le monde pour un chiffre d’affaires de 1,36 milliard en 2015.

Aujourd’hui, Yves Guillemot organise la riposte. Il tente de convaincre les actionnaires – Allianz , Amber Capital, Fidelity – de le soutenir en misant sur le triplement de ses marges d’ici à trois ans. Pour contrer Vivendi, il envisage de s’allier avec le Crédit Mutuel Arkea, le rival breton du Crédit Mutuel, la banque historique de… Vincent Bolloré.

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