"Envoyé Spécial"et "Complément d'enquête" sur la sellette

Elise Lucet a quitté la présentation du JT de France 2 pour prendre les commandes des émissions "Envoyé Spécial" et "Eléments d'enquête" ©BELGAIMAGE

France Télévisions doit trouver 50 millions d'euros d'économies. Les émissions d'informations craignent pour leur intégrité.

En France, enjoindre l'audiovisuel public de se serrer la ceinture revient à irriter un épiderme hautement sensible. Depuis qu'il est question de restrictions budgétaires, le monde de l'audiovisuel public s'agite.

Il a suffi d'agiter des menaces à l'encontre d'émissions d'informations notoires comme "Envoyé Spécial" ou "Eléments d'enquête" pour que le drapeau des libertés de la presse soit -à raison- brandi.

La réaction de l'emblématique animatrice de ces deux émissions, Elise Lucet, ne s'est pas fait attendre. Forte d'un compte Twitter de 125.000 followers, elle a clamé dès lundi que "c’est l’indépendance de l’info qui est en jeu pour des raisons budgétaires", constat des plus simples immédiatement repris par la quasi-totalité des médias sans compter plus de 6.000 retweets. Résultat et mobilisation de la rédaction aidant, ce ne sera plus la fréquence de ces émissions-phares qui sera remise en question mais leur durée ainsi qu'une comptabilité sourcilleuse des effectifs dédiés.

En bloc, l'Etat veut calmer les dépenses de son domaine audiovisuel. Il exige de fait une enveloppe réduite de 80 millions d'euros.
→ L'essentiel viserait France Télévisions avec un objectif tangible de 50 millions d'euros
→ 20 millions sont demandés à Radio France
→ 5 millions devront être trouvés chez Arte la chaîne qui s'apparente le plus, avec France 3, à un service public.

Les discussions et tractations promettent d'être intenses d'ici la fin de l'année. Car elles concernent non seulement les 9.840 salariés (chiffres 2016 équivalents temps plein) mais aussi ceux des sociétés de production extérieures qui profitent assez largement de la manne publique.

Programmes à la poubelle, des salaires en question

Le coup de semonce que subissent les dirigeants de chaîne avant qu'il ne se transpose dans les étages inférieurs, ne sont pas vraiment injustifiées. Ainsi dans un rapport publié en 2016, la Cour des comptes avait établi qu'entre 2009 et 2015 pas moins de 400 programmes avaient été achetés pour finalement être remisés sur des étagères-mouroirs. Soit une note de 76 millions d'euros qui correspond à 4 millions près à l'effort demandé aujourd'hui.

Dans le rapport de la Cour, figuraient également des informations relatives aux meilleurs émoluments d'un groupe en grande partie financé par le téléspectateur. Ainsi, a été pointé récemment le salaire de la présidente Delphine Ernotte: 322.000 euros; un chiffre dont elle s'était maladroitement défendue en avançant que dans sa précédente entreprise (Orange) elle gagnait le double. Ce "sacrifice" avait été pour le moins raillé.

Il apparaissait dans le même ordre que 191 salariés dépendant du groupe percevaient autour de 120.000 euros par an et 547 salariés plus de 96.000 euros. Il serait cependant injuste de prétendre que l'actuelle présidente soit pour quelque chose dans cette inflation héritée des années fastes.

Néanmoins, il ne faut pas sonder longtemps les salariés pour comprendre qu'il subsiste aussi, par voie de conséquence, des placards plus ou moins dorés, situation dont France Télévisions n'a d'ailleurs pas l'exclusivité. Le non-remplacement des départs à la retraite pourrait contribuer à dégonfler une situation qui ne ravit pas incidemment les personnes dépérissant sur un banc de touche.

L'autre option notamment défendue par le sénateur socialiste, David Assouline, dans l'édition du Parisien datée du 15 novembre, consisterait à augmenter la redevance, "l'une des plus faibles d'Europe" selon lui et à l'étendre à ceux qui ne possèdent pas de téléviseur en raison du facteur Internet. Une façon de voir qui est officiellement passée de mode.

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