Epic Cinema, start-up belge à 1,5 milliard de vues sur YouTube

©Epic

Les aftermovies, ces vidéos résumant l’événement en quelques minutes, sont devenus incontournables pour les festivals. Epic Cinema, une société belge, a fait de la réalisation de ces capsules sa spécialité. Au point de devenir une référence mondiale sur le créneau.

Stijn Verlinde est un excellent exemple de paradoxe. Total inconnu ou presque, il est pourtant un véritable phénomène sur YouTube. Cumulées, l’ensemble de ses vidéos dépassent largement le milliard et demi de vues. Pourtant, ce jeune homme plutôt timide n’est pas une star de musique américaine et encore moins un acteur de renom. Son truc à lui, ce sont les aftermovies, ces fameuses vidéos reprenant les meilleurs moments d’un grand événement. Et dans ce domaine, Stijn est tout simplement la référence mondiale. À 30 ans, il est à la tête d’Epic Cinema, la société de production qu’il a créée il y a une dizaine d’années. L’entreprise en question n’est toutefois pas tout à fait comme on pourrait l’imaginer. "En réalité, Epic Cinema, c’est juste moi et j’ai installé mon bureau à mon domicile. J’adore ce que je fais, je travaille tout le temps. C’était donc plus simple de m’installer à la maison", nous prévient le jeune homme.

Rendez-vous est donc pris à Lichtervelde, bourgade plutôt agréable à quelques kilomètres de Bruges. Le chef d’entreprise nous reçoit directement dans son joli petit appartement. Son bureau est là, directement dans le salon, et se résume à deux grands écrans d’ordinateur et des dizaines de serveurs stockant tous ses précieux rushs. "Vous n’avez rien vu, ça, c’est juste les enregistrements d’une année de tournage", sourit le jeune homme affichant plus un style de skater que de chef d’entreprise. Mais dernière son allure visiblement relax se cache un véritable professionnel. Son tableau de chasse parle pour lui. Spécialisé dans la musique électro, le jeune homme travaille pour les cadors du domaine. Il collabore ainsi pour le festival Ultra, le plus important aux Etats-Unis et a également réalisé des vidéos pour Armin Van Buuren ou Tiësto, respectivement troisième et cinquième du dernier classement des 100 meilleurs DJ au monde.

Armin Van Buuren, Tiësto, Tomorrowland

Actif depuis dix ans dans le métier, Stijn Verlinde n’a pourtant pas de diplôme, mais pour une bonne raison. "J’ai arrêté mes études en Games Design à Courtrai en dernière année. J’étais le quatrième meilleur mais j’avais déjà trop de demandes", sourit le trentenaire qui n’a pas attendu longtemps avant de traîner sa caméra partout où il le pouvait. "J’ai commencé à filmer à 16 ans. Dès que je faisais des activités avec mes amis, j’avais toujours de quoi filmer, notamment à des festivals à Anvers. Mais le déclic eu lieu en 2006. À l’époque, une amie de ma sœur souhaitait réaliser un clip pour son fashionshop. Je l’ai filmée en train de danser avec de la musique électro dans un casque dans des lieux publics. Aujourd’hui, il en existe des milliers de ce genre mais à l’époque c’était inédit", se souvient le jeune homme en lançant la vidéo à la qualité plus que moyenne sur son portable dernier cri.

"Je me demande parfois si je ne devrais pas me mettre plus en avant. Mais après réflexion, ça me plaît très bien comme ça."
Stijn Verlinde
Epic cinema

La création est postée sur le site du magasin et atteint 250.000 vues, un succès incroyable pour l’époque. Elle sera visionnée partout dans le monde. "C’était fou, j’ai reçu des messages d’Argentine et de partout dans le monde", ajoute encore Stijn. Ce premier succès à grande échelle lui amènera directement ses premiers contrats. Depuis, il n’a jamais manqué de travail. Mieux, il n’a jamais dû démarcher de clients, hormis un, un certain Tomorrowland, le festival électro le plus important au monde. "J’y suis allé en 2008, en tant que simple spectateur. J’ai pris ma caméra et fait un film que j’ai ensuite posté sur YouTube", explique le directeur d’Epic Cinema. Sans avoir accès aux scènes et au backstage, la vidéo fait un carton, au point que le festival le rappelle pour couvrir l’événement l’année suivante. Depuis, le jeune homme réalise le fameux aftermovie chaque année. Son plus gros succès? Celui de 2012, qui compte aujourd’hui plus de 152 millions de vues sur YouTube. Depuis, il arpente le monde et réalise en moyenne une soixantaine de vidéos par an pour des festivals. "Je suis environ 90 jours par an à l’étranger. Je termine pour le moment la vidéo du festival Untold qui a eu lieu en Roumanie", précise Stijn Verlinde.

152
millions de vues
L'aftermovie de Tomorrowland réalisé par Epic compte à ce jour plus de 152 millions de vues sur YouTube.

Filmer plutôt que diriger

S’il est officiellement seul dans son entreprise, Stijn Verlinde s’entoure systématiquement d’une équipe. "Pour Tomorrowland, je travaille avec 12 personnes. Selon les événements, ça monte parfois jusqu’à 25 mais je continue à filmer, c’est ce que j’aime le plus. Je travaille d’ailleurs avec le même assistant de production depuis longtemps. Je le laisse gérer, autant que possible, les équipes pour pouvoir aller sur le terrain", sourit le jeune homme qui reprend les rênes de la réalisation une fois les images en boîte.

Stijn Verlinde, à la tête d'Epic Cinema est un total inconnu ou presque, mais ses vidéos cartonnent sur YouTube. ©Smileradio

Un travail qu’il doit parfois réaliser dans l’urgence. "Pour le dernier Tomorrowland, nous devions finir la vidéo le lendemain du festival. On a, en général, 150 heures de rush à analyser. Les équipes font donc déjà un premier scan, mais c’est forcément une semaine assez intense", rigole le réalisateur qui n’aime pas se mettre en avant.

Sa société n’a pas de site internet, son dernier post sur sa page Facebook date de l’année dernière et il faut avoir l’œil avisé pour trouver son nom sur ses multiples créations qui circulent sur le net. Il n’est toutefois plus à présenter dans le milieu. Trois fois lauréat du prix mondial du meilleur aftermovie, attribué par Redbull, l’homme reçoit toutes les semaines des demandes de freelances souhaitant travailler avec lui. "Je me demande parfois si je ne devrais pas me mettre plus en avant. Mais après réflexion, ça me plaît très bien comme ça", sourit encore le réalisateur.

Aujourd’hui, le total de ses réalisations dépasse les 600 vidéos et il ne compte certainement pas s’arrêter là. Si cela vous intéresse, comptez 750 euros la minute. Epic Cinema ne fait toutefois que les plus grands festivals et les artistes de référence. L’agenda est de toute façon complet pour l’année prochaine. Le chef d’entreprise déménagera bientôt aux Pays-Bas, le berceau de la musique électro où il pourrait bien commencer à engager du personnel. "On verra bien sur place", ajoute-t-il en guise de conclusion avant de nous raccompagner à la porte. "J’espère que ça a été, je n’ai pas l’habitude de parler autant", finit par glisser le jeune homme, un peu gêné.

Stijn Verlinde, sans doute la star de Youtube la plus discrète au monde.

 

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