La Wallonie va aider à la création d'un pôle de presse francophone

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Pour préserver la diversité actuelle des titres de la presse, un nouveau pôle devrait être créé autour de "L’Avenir" et de IPM ("La Libre" et "DH"). Des obstacles restent néanmoins à franchir.

L’affaire est délicate, et elle se déroule, de réunion en réunion, dans la plus grande discrétion. Le consultant McKinsey achève, à la demande du ministre wallon de l’Economie, Jean-Claude Marcourt (PS), de dessiner les contours d’un plan d’action à grande échelle pour la presse écrite. L’initiative a été prise dans la foulée de la prise de contrôle du groupe "L’Avenir" par l’intercommunale Tecteo, en septembre dernier, une opération qui a provoqué une onde de choc en Belgique francophone. McKinsey, qui travaille déjà aux côtés de Marcourt pour le pilotage du Plan Marshall, bénéficie de la confiance du ministre. Et même si ce rapport McKinsey, qui doit servir de socle aux décisions futures, n’est pas encore bouclé, les grandes orientations ont été prises et sont désormais connues.

Selon nos informations, le postulat de départ est qu’il faut préserver la diversité actuelle des titres de presse. Pas question pour Marcourt d’être le fossoyeur des journaux. Dans cette optique, un plan en deux phases à court et à long terme devrait être mis en œuvre.

Express

Le consultant McKinsey travaille avec le ministre wallon de l'Economie Jean-Claude Marcourt à objectiver la situation du paysage de la presse écrite francophone. Des pistes vont être proposées, notamment la création d'un pôle média autour des groupes IPM et L'Avenir. Cela réglera entre autres l'épineuse question de l'intercommunale Tecteo qui verrait son capital dilué dans une nouvelle structure. Reste à trouver un troisième partenaire pour procéder à une augmentation de capital…

Concrètement, à court terme, et pour empêcher que la presse écrite francophone ne soit plus constituée que d’un quasi-monopole adossé au groupe Rossel, l’émergence d’un second pôle de presse écrite sera appuyée.

L’un des problèmes à résoudre est celui de Tecteo. L’intercommunale liégeoise a provoqué la surprise, le 6 septembre, en rachetant "L’Avenir" à Corelio pour 26 millions d’euros. Libéraux, cdH et Ecolo ont alors marqué leur opposition au projet — craignant notamment une mainmise du Parti socialiste sur "L’Avenir". Le PS a aujourd’hui bien intégré ces préventions et sait qu’un cavalier seul est difficile dans ce dossier explosif. Pour répondre aux inquiétudes, le rapprochement des titres de "L’Avenir" avec ceux du groupe IPM apparaît donc être la solution "logique".

Les candidats privés ne se bousculent pas au portillon

C’est que la naissance de ce nouveau groupe doit permettre non seulement de sauvegarder les titres du groupe IPM ("La Libre" et la "DH") mais aussi de diluer le capital de Tecteo dans la structure intégrée, puisque le nouveau pôle serait constitué après une augmentation de capital dont le montant reste encore à déterminer.

Voilà pour le cadre général à court terme. De nombreux obstacles restent néanmoins à franchir.

• D’abord, il faut un troisième partenaire solide à côté de Tecteo et de la famille Le Hodey. Et pour l’écrire platement, les candidats privés ne se bousculent pas au portillon pour venir apporter du capital… Si aucun investisseur privé ne frappe à la porte, qui va bien pouvoir mettre la main à la poche? La SRIW, bras financier de la Région wallonne, pourrait être de l’aventure. Mais, car il y a un mais, la SRIW ne fait pas dans l’œuvre de bienfaisance, rappelle-t-on à plusieurs sources. Et les perspectives économiques du secteur sont loin d’être encourageantes.

• Second écueil: l’ancrage wallon critère pour bénéficier d’un coup de pouce de la SRIW du nouveau groupe est, disons, très léger. En dehors de "L’Avenir", basé à Namur, les rédactions de "La Libre" et de la "DH" sont à Bruxelles, de même que leur imprimerie, ce qui rend une injection de capital de la part de la SRIW difficile… "Il y a néanmoins des solutions, on peut être créatif", veut croire un partisan de ce rapprochement.

• Last but not least, les propriétaires d’IPM, la famille Le Hodey, devront accepter de voir leur capital également dilué dans une structure plus importante et donc de laisser les manettes d’un nouveau vaisseau amiral, ce qui, insiste-t-on à plusieurs sources, n’est pas chose "aisée".

Ici encore, rayon IPM, certains points doivent être éclaircis et détermineront le degré d’urgence pour la création du nouveau groupe. Selon certaines sources proches de ce dossier, la "blackbox" du groupe de la rue des Francs reste opaque notamment au niveau des besoins en trésorerie et liquidités à très court terme. C’est pourtant ce besoin de liquidités et de trésorerie a très court terme qui imposera le rythme auquel ce nouveau pôle pourra être constitué.

Eviter une guerre sans merci

Les synergies, entre autres au niveau des imprimeries et du développement numérique, devraient être encouragées au sein du futur pôle. L’une des pistes explorées est de loger les imprimeries dans une unité du groupe qui, ensuite, redistribuera les impressions pour les différents titres du groupe.

Dans un second temps, et pour éviter que le duopole entre Rossel et le nouveau groupe ne se mène une guerre sans merci qui mettrait à mal les efforts entrepris pour maintenir la pérennité des titres francophones, des participations croisées pourraient être envisagées.

Si aucun calendrier précis n’est encore arrêté, il nous revient néanmoins que le tempo de travail est "élevé". Interrogé sur ces développements, le ministre wallon de l’Economie, Jean-Claude Marcourt, l’un des chefs d’orchestre dans ce dossier, se refuse à émettre un commentaire. Tout juste confirme-t-il qu’il suit le dossier de "très près". Du côté du groupe IPM, l’administrateur-délégué, François Le Hodey, souligne que la procédure n’est pas encore finalisée et ne fait donc pas de commentaire.

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