Les géants du web avouent avoir été instrumentalisés

©AFP

L’élection du 8 novembre 2016 continue de faire couler beaucoup d’encre. Cette fois, c’est au tour de Facebook, Twitter et Google de rendre des comptes.

Ces deux derniers jours, les représentants des trois géants de la tech ont été entendus par plusieurs commissions parlementaires, dans le cadre de l’enquête sur l’ingérence russe durant la campagne présidentielle aux Etats-Unis. Ils ont dû répondre à une série de questions, toutes posées pour comprendre l’ampleur des manipulations de l’opinion des électeurs américains sur les réseaux sociaux.

"Pourquoi Facebook a-t-il mis 11 mois à s’expliquer et à nous aider à comprendre l’étendue du problème?"
Chris Coons
Sénateur démocrate

Sénateurs agacés

Les parlementaires n’ont pas mâché leurs mots, comme le sénateur Chris Coons, agacé par l’attitude de ses interlocuteurs lors de la première audition mardi. "Pourquoi Facebook a-t-il mis 11 mois à s’expliquer et à nous aider à comprendre l’étendue du problème?" a demandé le démocrate. Il est vrai que le géant de la Silicon Valley a tout fait, depuis l’élection, pour se tenir éloigné de la polémique. Le patron de Facebook, Mark Zuckerberg, n’avait d’ailleurs pas apprécié les critiques, et avait qualifié de "complètement folle" l’idée que Facebook ait pu influencer les votes. Il est depuis revenu sur cette déclaration, et a reconnu une part de responsabilités.

Mais pour les élus du Congrès, il y a désormais urgence. Ils veulent des assurances avant les législatives de novembre 2018, et la présidentielle de 2020, pour éviter de nouvelles intrusions dans la vie politique américaine. Si certains élus menacent de légiférer pour imposer plus de contrôle sur les publicités à caractère politique, les géants du web résistent et militent pour une autorégulation, promettant plus de transparence.

Preuve de leur bonne volonté: Facebook, Twitter et Google ont accepté de révéler l’étendue du problème. Du côté de Facebook, entre 2015 et 2017, 126 millions de personnes, soit 40% des Américains, ont visionné des contenus financés par l’entité russe "Internet Research Agency" basée à Saint-Pétersbourg, et diffusés via de faux comptes d’utilisateurs. Soit 10 fois plus que les premiers chiffres révélés par le réseau social. De son côté, Twitter affirme que l’agence russe a publié plus de 131.000 messages sur sa plateforme. Quant à Google, "Internet Research Agency" aurait mis en ligne plus de 1.000 vidéos sur YouTube.

Publicité politique et monnaie russe

Des chiffres qui ont fait grincer des dents les sénateurs. "Comment Facebook, qui se vante d’être capable de traiter des milliards de données et de les adapter à ses utilisateurs, n’a pas été capable de voir que les publicités, payées en roubles, venaient de la Russie?" a demandé le sénateur démocrate Al Franken. "Ce sont deux informations: publicités politiques et monnaie russe. Comment n’avez-vous pas pu connecter ces deux points?" a-t-il ajouté, ironique.

Mais les sénateurs ont également pointé du doigt un problème encore plus gênant: les trois entreprises ne sont pas capables aujourd’hui d’identifier avec certitude le véritable acheteur d’une publicité, qui peut se dissimuler derrière une société fictive enregistrée aux Etats-Unis. Or, selon la loi fédérale, il est interdit de financer, depuis l’étranger, des publicités politiques aux Etats-Unis.

Contexte tendu

Ces auditions interviennent dans un contexte particulièrement tendu pour le Président américain. Lundi, le procureur spécial dans l’enquête russe, Robert Mueller, a annoncé l’inculpation de Paul Manafort – l’ancien directeur de campagne de Donald Trump – et de son associé Richard Gates.

Et un autre ex-conseiller de Trump, George Papadopoulos, a reconnu avoir menti au FBI sur ses contacts avec des personnalités liées au Kremlin.

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