Pan! John-Alexander Bogaerts s'acoquine avec Marcel Sel

©Stefaan Temmerman

Le patron du Cercle B19, John-Alexander Bogaerts, enterre Ubu Pan pour relancer un Pan plus respectable. A la barre: le blogueur Marcel Sel. Qui en dit: "le but n’est pas d’être agressif mais de faire rire dans un esprit mêlant le Gorafi, le Canard Enchaîné et Charlie Hebdo."

C’est un improbable duo qui s’apprête à enfanter d’un nouveau Pan. Car oui, le journal satirique s’apprête à renaître de ses cendres, piloté par John-Alexander Bogaerts, le patron du cercle d’affaires ucclois B19, et le chroniquer Marcel Sel, qui sévit sur les réseaux sociaux et différents médias.

Petit retour en arrière. Pan a été fondé en 1945 par les humoristes Marcel Antoine, Leo Campion et Jean-Léo. Piloté jusque dans les années 80 par le mythique duo Paul Jamain (alias Alidor) au crayon et Henri Vellut à la plume, il a changé plusieurs fois de mains.

John sera l’éditeur responsable et moi l’éditeur irresponsable!
Marcel Sel


En 1988, l’homme d’affaires Stéphan Jourdain l’a racheté au comte du Monceau pour 250.000 euros avant d’associer dans "l’affaire" l’ex-Premier ministre feu Paul Vanden Boeynants. A la suite de la prise de pouvoir de Jourdain, le tandem Alidor-Vellut fit sécession et s’en alla créer, en 1989, un titre concurrent: Père Ubu. Celui-ci fut racheté en 1997 par Rudy Bogaerts, père de John-Alexander, fondateur d’une école privée pour enfants bien nés qui donna au titre un ton racoleur, ce qui lui valut quelques soucis judiciaires.

Mais revenons à Pan: en 2002, le businessman Dominique Janne (Voo…) allongea à son tour 250.000 euros pour s’en emparer avant de le revendre toujours pour le même montant à… John-Alexander Bogaerts. Associé au banquier d’affaires Arnaud van Doosselaere, ce dernier fusionna Pan avec Père Ubu, qu’il avait hérité de son père. Rebaptisé Ubu Pan, le journal continua de dériver vers des zones nauséabondes, avec dans sa ligne de mire le PS et l’islam.

 

• Pan, juste Pan

C’est cet héritage qu’entend gommer aujourd’hui John-Alexander Bogaerts en relançant le titre sous le nom unique de Pan. "Je ne suis jamais parvenu à débarrasser Ubu Pan de cette image d’extrême droite anti-PS et anti-immigrés", indique-t-il. S’il n’avait écouté que sa raison, il aurait sans doute déjà arrêté les frais. "Mais je trouvais dommage qu’un nom comme Pan disparaisse. Malgré les réseaux sociaux, je crois qu’on a encore besoin d’une presse satirique: le Canard Enchaîné en est le meilleur exemple." Ce qui l’a décidé? Un fait récent: "J’aurais pu avoir en primeur l’info sur le prix ridicule des travaux Place Louise, mais mes informateurs préféraient la filer à un vrai journal. Là, je me suis dit qu’il fallait changer".

Encore fallait-il trouver la bonne personne pour piloter le projet. Quelqu’un qui accepte d’assumer cet encombrant héritage et s’investisse pour changer l’image du titre. "Plusieurs personnes m’ont conseillé de contacter Marcel Sel; raconte-t-il. Il avait certes de moi l’image d’un fils à papa zoutois qui fait le malin dans son club d’affaires mais on s’est assez vite entendus. Il a accepté à condition de pouvoir garder ses autres collaborations (Télé Pro, Votez pour moi….) et d’avoir les mains libres."

L’intéressé confirme mais insiste: "On ne relance pas Ubu Pan, on crée un nouveau journal Pan en le débarrassant de l’héritage poujadiste de Père Ubu. Je veux que comme dans les années 60, il soit drôle mais pas amer, qu’il parte du factuel car sans faits, il n’y a pas de cibles à atteindre. Le but n’est pas d’être agressif mais de faire rire dans un esprit mêlant le Gorafi, le Canard Enchaîné et Charlie Hebdo." Qu’il le veuille ou non, Marcel Sel sera un peu le gardien de l’image plus respectable dont Pan veut se doter. "C’est sûr, je vais me mettre en avant, répond-il, ceci dit, certains me prennent pour un communiste, d’autres pour un réactionnaire, alors les étiquettes…" Le rédac-chef ne promet pas un méga scoop par semaine mais annonce une page dédiée aux "faits alternatifs", des cartes blanches et des rubriques dédiées à la culture, au monde judiciaire, comme dans l’ex-Pan. L’idée est aussi de renouer avec les dessins publicitaires.

 

Quand, comment, combien?

Le premier nouveau Pan sortira le 14 avril sur 8 pages au prix de 2 euros. Il sera vendu tous les vendredis au prix de 2 euros. Il aura une version digitale destinée aux Belges de l’étranger: "J’ai détecté une cinquantaine d’expats prêts à activer leur réseau; le rêve serait d’arriver à 500 à 1.000 abonnés par ce biais", déclare John Bogaerts. Au niveau des chiffres, précisément, les ambitions sont grandes: 10.000 ventes (librairies et abonnés), contre environ 3.750 pour Ubu Pan.

"Avec Pan, je vais devoir sortir de ma zone de confort."
john-alexander bogaerts
éditeur de pan

Restent trois inconnues.

Un: dans un paysage médiatique vampirisé par les réseaux sociaux, un journal satirique a-t-il sa place? "La presse ne va déjà pas bien alors, quand tous les potins s’échangent sur Facebook ou Twitter je ne crois plus trop dans la presse satirique", glisse un connaisseur du secteur. Les porteurs du projet ont beau mettre en avant l’exemple du Canard Enchaîné, les deux titres ne jouent pas vraiment dans la même division.

→  Deux: Pan n’évoque sans doute pas grand-chose aux plus jeunes générations qui, en outre, lisent peu la presse.

→  Trois: John-Alexander Bogaerts est un homme d’affaires, un mondain qui possède un gros réseau de relations dans tous les secteurs. Comment gérera-t-il de possibles conflits d’intérêts? "C’est sûr que je vais devoir sortir de ma zone de confort, je sais que si je demande à Marcel de ne pas parler d’untel ou untel, il va démissionner dans les 24 heures et cela va m’emmerder car je vais perdre toute ma crédibilité." "J’aurai carte blanche, conclut Marcel Sel, John sera l’éditeur responsable et moi l’éditeur irresponsable!"

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