A peine lancée, Faky, la plateforme anti-désinformation de la RTBF, est déjà suspendue

Quelques heures après son lancement le site Faky a déjà été suspendu. ©RTBF

Face au tollé suscité par ses premiers résultats, la plateforme digitale Faky, qui vise à lutter contre la désinformation, a été suspendue pour quelques jours. Le temps de soigner ses maux de jeunesse.

C’est ce qu’on appelle un faux départ. Lancée ce jeudi en grande pompe par la RTBF, en présence de la ministre des Médias Bénédicte Linard (Ecolo), la version Bêta de la plateforme digitale Faky, visant à lutter contre la désinformation, a été suspendue quelques heures plus tard, à l’issue d’une réunion de crise du comité exécutif de la RTBF.

"En aucun cas, nous n’avons voulu avoir un rôle de prescripteur sur ce qui est une bonne ou une mauvaise information."
Axelle Pollet
Porte-parole de la RTBF

A peine mise en route, les réseaux sociaux se sont en effet déchaînés, des journalistes de plusieurs rédactions (BX1, Le Soir, L’Avenir, Médor, etc) faisant part de leur scepticisme – pour ne pas dire plus – vis-à-vis de ce nouvel outil anti fake news, s’étonnant de voir leurs articles être jugés peu fiables par la plateforme, alors que dans le même temps, certaines fausses informations n’étaient pas détectées. "En aucun cas, nous n’avons voulu avoir un rôle de prescripteur sur ce qui est une bonne ou une mauvaise information", réagit Axelle Pollet, la porte-parole de de la RTBF. "Faky n’est rien d’autre qu’un outil d’aide pour déceler la désinformation."

Cinq niveaux de fiabilité 

A priori, Faky a de quoi faire œuvre utile. A l’heure où les fake news gangrènent les réseaux sociaux, cet outil de fact checking ambitionne de lutter contre la désinformation. En quelques clics, il vérifie la fiabilité d’un texte, d’une page ou d’une image à copier/coller sur le site.

A priori Faky a de quoi faire œuvre utile. A l’heure où les fake news gangrènent les réseaux sociaux, il ambitionne de vérifier la fiabilité d’un texte, d’une page ou d’une image à copier/coller sur le site. Il attribue une cote de fiabilité sur cinq niveaux — fiable, relativement fiable, neutre, peu fiable, fiable - sur base d’outils d’analyse agrégés, fournis par ses cinq partenaires: le Decodex et Les Décodeurs, deux outils mis en place par Le Monde, le Détecteur de désinformation, un outil qui repose sur l’intelligence artificielle issu d’une collaboration entre la société Sopra Steria et la RTBF, Textgain, une spin-off de l'Université d'Anvers qui évalue le degré de subjectivité d'un texte, et Neutral News, une plateforme lancée par trois étudiants ingénieurs pour déceler les informations manipulées. 

Le projet Faky a été développé au sein de l'accélérateur de projets Engine à Mont-saint-Guibert et concrétisé techniquement par la société Vox Teneo, le tout moyennant un budget de 300.000 euros. 

Un problème de référencement

300.000 euros
de budget
Le lancement de Faky a nécessité un budget de 300.000 euros

Les problèmes rencontrés lors du lancement viennent du référencement des articles. Plusieurs médias belges ne sont pas référencés par ces partenaires du projet. Ce fut le cas de Médor. "A l’époque où on a établi la base de données pour nourrir les algorithmes, le site internet de Médor n’existait pas encore", explique Aurore Peignois, l’une des conceptrices du projet sur le site de la RTBF. "Conséquence: aujourd’hui, Faky ne connaît pas le site et, face à la nouveauté, les algorithmes se méfient".

Seul Textgain l’a détecté, mais comme il n’analyse que le degré de subjectivité, il n'est pas le plus adapté pour évaluer la fiabilité d’un magazine "engagé" comme Médor.

Créer une communauté

Faky a été suspendu quelques jours, le temps de soigner ses maladies de jeunesse. ©faky.be

Face à cette tempête, la RTBF a donc fait amende honorable et suspendu le site pour quelques jours, le temps de corriger les erreurs de tir. "Faky a pour vocation d’être un outil d’aide pour lutter contre la désinformation et encourage l’esprit critique. L’ensemble des questions soulevées par la mise en ligne de la version Bêta de l’outil nous permet déjà de mener des actions pour l’améliorer. Faky revient dans une version améliorée très prochainement", peut-on lire sur le site faky.be. "Nous devons davantage mettre en avant les limites de la plateforme notamment quand un seul outil d’analyse algorithmique intervient", reconnaît Axelle Pollet.

Reste que malgré ces couacs, l'ambition est de convaincre à terme d’autres médias pour enrichir les analyses et de construire une communauté autour de Faky, au-delà de la seule RTBF. Après ce faux départ, le pari n'est sans doute pas prêt d'être gagné. 

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