Cyber-guerre autour de Wikileaks

Visa, Mastercard et PayPal ont bloqué les paiements adressés à Wikileaks. Mais la riposte s'est vite organisée parmi les défenseurs du média spécialisé dans les révélations géostratégiques. Plusieurs sites internet, dont celui de de Mastercard et de PayPal, sont visés par des pirates informatiques. Une société islandaise de services informatiques a choisi la voie légale. Une véritable bataille s'est engagée autour de Wikileaks. Difficile de savoir quels intérêts agitent les deux camps.

Wikileaks a commencé à mettre en ligne, depuis une dizaine de jours, quelque 250.000 câbles diplomatiques américains. Ces informations sont loin de faire l’unanimité. Le site de Wikileaks est lui-même la cible de cyber-attaques depuis qu’il a commencé à publier ces câbles. Mais ce piratage informatique n’est pas la seule arme utilisée pour tenter d’affaiblir Wikileaks.

Mastercard, Visa et PayPal ont ainsi suspendu les virements adressés au site Wikileaks. "Visa Europe a décidé de suspendre l’autorisation de paiements vers le site Wikileaks dans l’attente d’éléments supplémentaires sur la nature de ses activités, et en attendant de savoir s’il contrevient aux règles de fonctionnement de Visa", a indiqué Visa.

Suite à des rumeurs faisant état de pressions américaines sur Paypal, l'administration américaine a précisé qu'elle n'avait jamais adressé directement une lettre à Paypal demandant une quelconque action au sujet de WikiLeaks.

Ces blocages font bien sûr des remous. Une société islandaise de services informatiques permettant à Wikileaks de recevoir des dons, DataCell, a annoncé qu’elle portait plainte contre Visa pour avoir bloqué ses versements au site.

"DataCell, qui facilite les paiements vers Wikileaks, a décidé de prendre des mesures légales immédiates (contre Visa) pour rendre de nouveau possibles les dons", écrit la société basée à Reykjavik dans un communiqué. "Visa porte gravement atteinte à Wikileaks et DataCell", souligne son PDG Andreas Fink, cité dans le communiqué. Le blocage des autorisations de paiement "occasionne clairement de grandes pertes financières pour Wikileaks, ce qui semble être le seul but de la suspension." "Nous ne pouvons pas croire que Wikileaks puisse faire ne serait-ce qu’une égratignure à la marque Visa", estime le patron de DataCell.

Le communiqué de DataCell ne fait pas état d’action visant Mastercard… dont le site était la cible mercredi de cyber-attaques revendiquées par des partisans de Wikileaks.

Le compte d'Assange

Autre site à faire l’objet d’un piratage informatique, celui de Postfinance. Il s’agit d’une filiale de services financiers de la Poste suisse, qui a abrité puis fermé un compte du fondateur de Wikileaks, Julian Assange. Pourquoi avoir fermé ce compte? En raison, selon Postfinance, de "fausses indications sur son lieu de domicile". Cette décision a été prise de façon "autonome et sans pression de qui que ce soit", a souligné le porte-parole.

Mais depuis la fermeture du compte d’Assange, Postfinance est victime de pirates informatiques. Ces pirates, regroupés sous le nom "AnonOps" et qui disent lutter contre la censure et les droits d’auteurs, ont lancé l’opération "Payback" (vengeance), selon leur site internet anonops.net. "La première guerre informatique a maintenant débuté. Le champ de bataille est Wikileaks", ont-ils indiqué.

Et ce n’est pas tout… D’autres sites internet en relation avec Wikileaks ont été attaqués par des pirates non identifiés, notamment le service de paiement PayPal, mais aussi le site et les courriels de l’avocat des deux Suédoises accusant le fondateur de Wikileaks Julian Assange de "viol et agression sexuelle". Le fondateur de Wikileaks Julian Assange a été placé en détention mardi à Londres - non pour divulgation de documents secrets américains, à l’origine d’un séisme diplomatique - mais dans le cadre d’une affaire de viol et violence sexuelle en Suède, pays qui réclame son extradition. Les partisans ont reçu un soutien de poids en la personne de l'avocat Geoffrey Robertson, qui a accepté de représenter le fondateur de Wikileaks. Ce champion de la défense des droits de l'homme a notamment défendu Salman Rushdie, écrivain cible d'une fatwa des autorités religieuses iraniennes.

Les risques pour Wikileaks

Face à cette armada, Wikileaks doit-il crainte pour la poursuite de ses activités? Des experts de l’internet réunis en Colombie ont mis en garde le monde politique contre la tentation d’un "jeu du chat et de la souris" avec Wikileaks, rappelant qu’il est possible de fermer indéfiniment le site mais pas de désactiver totalement son contenu.
Wikileaks a d’ailleurs appelé les internautes à créer des sites internet "miroirs" sur lesquels son contenu serait accessible, en vue de rendre "impossible" sa suppression de le net.

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