Des coûts de grille en hausse pour une rentrée sous tension chez RTL

©PomPom

RTL va lancer 17 à 18 nouveaux programmes durant la saison 2018-2019. La chaîne privée veut réaffirmer ses ambitions et son ancrage belges.

Exit la traditionnelle grand-messe de rentrée chez RTL Belgium. Pour présenter ses nouveaux programmes, la chaîne privée a décidé de passer outre la conférence de presse en présence de téléspectateurs. À la place, une émission d’une heure sera diffusée ce mercredi en prime-time sur RTL-TVI au cours de laquelle le groupe dévoilera ses nouveautés. Seuls les annonceurs ont eu droit mardi à une présentation en bonne et due forme des grilles de rentrée dans les locaux de l’avenue Georgin. C’est que leur soutien est plus primordial que jamais dans cette époque troublée pour les chaînes de télévision traditionnelles, notamment pour RTL qui a connu des derniers mois particulièrement agités.

Le raccourci est vite fait. Le climat incendiaire de ces derniers mois – plan de restructuration #evolve (86 emplois supprimés), recettes pub télé atones, départ du directeur de la télévision Stéphane Rosenblatt dans une ambiance lourde – aurait incité la direction à jouer la carte de la discrétion, histoire aussi d’éviter les questions gênantes. "Pas du tout, assure le directeur de la communication Christopher Barzal. Nous avons envoyé un dossier de presse et avons répondu aux questions des journalistes; nous voulions seulement changer de formule, cela avait d’ailleurs été décidé à l’époque, lorsque Stéphane Rosenblatt était encore présent."

Un départ qui divise

"Nos coûts de grille ont encore augmenté. C’est la preuve que nous investissons dans la pérennité de l’entreprise."
Philippe Delusinne
CEO de RTL Belgium

Reste que les rentrées agitées se succèdent pour RTL. L’an passé, c’est l’arrivée de TF1 sur le marché publicitaire qui avait alimenté les conversations. Cette fois, c’est l’affaire Rosenblatt. Outre le plan #evolve, certains en interne n’ont toujours pas digéré la décision de mettre fin à la collaboration d’une des dernières figures historiques, et très populaire en interne, de la chaîne, sans indemnité ni clause de non-concurrence. "Une décision absurde, susurre une source. Son expérience l’a rendu difficilement remplaçable, surtout dans un marché aussi étroit que le nôtre, sans compter qu’il va pouvoir aller où bon lui semble."

Le CEO Philippe Delusinne s’insurge. "Il devrait être remplacé d’ici l’automne, mais il n’y a pas d’urgence, nous avons finalisé des grilles de rentrée solides sans lui, on peut bien encore fonctionner comme cela quelques semaines." Philippe Delusinne reste muet sur l’identité de son successeur mais relève que "durant ces dernières semaines, certains en interne se sont révélés". Autrement dit, une solution pourrait être trouvée dans la maison. À moins que, vu l’étroitesse du marché belge, RTL n’aille trouver son bonheur à l’étranger, en France, par exemple chez sa cousine M6, ou ailleurs.

En attendant, les nouvelles grilles se veulent volontaristes. "La saison 2017-2018 a été notre meilleure depuis 2006 grâce à une quinzaine de nouveautés. Cette saison, nous voulons faire mieux encore, assure Philippe Delusinne. Nous lançons 17 à 18 nouvelles émissions dont une majorité de productions locales."

17 à 18 nouveautés

Concrètement, la programmation s’annonce moins torride que l’an passé.

→ En tête d’affiche "Hôtel romantique": émission de divertissement au cours duquel des seniors essaient de trouver l’amour. Un format inspiré de l’inusable "L’Amour est dans le pré"
→ La série policière belge "Adèle", coproduite par Be tv, Everlasting et RTL, et diffusée cet été sur la chaîne cryptée. Objectif: contrecarrer la mainmise de la RTBF sur ce créneau
→ Une émission de magie animée par un jeune prodige français de 17 ans
→ Un programme immobilier "La maison de mes rêves"
→ Des émissions événementielles dont le "Marathon des bourgmestres" durant lequel les maïeurs de la Communauté française défileront pendant 48h
→ Le retour des Diables Rouges pour la nouvelle Nation League qui débutera le mois prochain

La majorité de ces programmes sont des adaptations de formats internationaux mais il y a aussi des concepts 100% belges, comme "Au poste", "Pas si bête", etc.

"Nos coûts de grille ont augmenté par rapport à celle de 2017 qui était déjà ambitieuse. C’est bien la preuve que nous investissons dans la pérennité de l’entreprise", conclut Philippe Delusinne, visiblement agacé par des rumeurs récurrentes de vente ou de démantèlement de la chaîne. Au point de l’avoir incité à prendre la plume pour démentir pareils scénarios.

"RTL Belgique n'est pas à vendre"

Bien conscient des remous engendrés par les événements de ces derniers mois, le CEO de RTL Belgium, Philippe Delusinne, a pris sa plus belle plume pour distiller, sous forme de carte blanche, un message de rentrée destiné tant à l'extérieur (politique, marché publicitaire, prestataires...) qu'à ses troupes. "S'il est bon, au début de cette nouvelle saison, de se placer dans une vision future, il n'est toutefois pas inutile de jeter un ultime regard dans le rétroviseur, entame le CEO dans ce document. Les derniers mois que nous venons de vivre n'ont pas été simples pour l'ensemble du personnel. Ils ne le furent pas non plus pour la direction."

"Au cours de l'existence, il arrive que l'on doive se remettre en question et que l'on soit amené à modifier des comportements. Ce qui est vrai pour l'individu l'est aussi pour une entreprise", poursuit-il. Et de rappeler ceci: "Notre maison a dû opérer des réformes, parfois douloureuses mais indispensables. La transformation qu'elle vient de subir lui rendra encore plus de force, plus d'impact et lui assurera ainsi sa pérennité dans le paysage audiovisuel de la Belgique francophone."

Selon lui, les modifications engagées dans les structures et les modes opératoires n'ont pas entamé les principaux atouts. "Savoir allier le divertissement et l'information en une même dynamique, les coordonner dans des objectifs de performance toujours renouvelée, telles sont nos intentions rassemblées dans la dimension de notre personnalité: l'indépendance, notre joyau, garante d'un réel pluralisme dans notre communauté", détaille Philippe Delusinne en insistant, dans la foulée, sur les bons résultats d'audience enregistrés récemment. "Cela nous permet d'augurer des étapes majeures et positives dans les mois à venir. Nos grilles de programmes élaborées avec soin, créativité et passion le confirmeront." Et de délivrer un message mobilisateur: "Quand les résultats démontrent la bonne santé de notre maison, chacune et chacun, à quelque tâche qu'ils soient affectés, peuvent s'enorgueillir et s'approprier une part de la prospérité."

Avant de conclure: "Aucune rumeur ne peut nous dévier de notre route et les esprits chagrins qui en douteraient le vérifieront. Car c'est la réussite des projets qui renforce la vérité d'une situation. Ainsi, pour répondre à certains esprits qui se disent sans doute trop rapidement éclairés, ou qui sont tout simplement mal intentionnés, RTL Belgique n'est pas à vendre."

Voilà qui est dit. C'est ferme mais prudent. Personne n'est cité, ni un concurrent, ni une institution. Ceux qui voulaient marier RTL Belgium à sa cousine française M6, la voir être démantelée ou tomber dans d'autres mains en seront donc pour leurs frais, peut-on décoder des propos du boss de l'avenue Georgin. Reste à voir si sa missive percolera en interne où les plaies de ces derniers mois ne sont pas encore totalement cicatrisées.

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