Embouteillage en vue sur la bande FM

Pour le NGroup, Nostalgie (actuel leader du marché) et NRJ postulent à nouveau pour un réseau communautaire.

Le CSA a reçu 139 candidatures pour le double plan de fréquences radio. La bataille sera rude: pour le réseau multiville, il y a sept candidats pour deux places. Dont un invité surprise.

Le samedi 16 mars dernier était la date ultime de dépôt au Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) des candidatures pour le double plan de fréquences radio FM et numérique (DAB +). Le régulateur de l’audiovisuel a reçu à ce jour 139 dossiers, mais il ne donne pas la répartition entre radios en réseaux, provinciales et indépendantes, ni entre radios FM et DAB +. Cet exercice sera fait d’ici un mois, après examen de la recevabilité des dossiers. Le CSA aura ensuite trois mois pour attribuer les fréquences, soit d’ici la mi-juillet.

Il y a 92 places disponibles en FM, soit 4 réseaux communautaires couvrant tout le territoire de la Fédération Wallonie-Bruxelles, 2 réseaux multivilles couvrant les principales villes et les grands axes routiers, 4 provinciaux et 82 radios locales. A priori, il y a donc plus de candidats que de places disponibles. Mais dans ces 139 dossiers, certains devraient être candidats uniquement à une fréquence DAB +. Ce dernier permet douze réseaux (dont six pour les détenteurs de réseaux FM) et plus de 200 radios indépendantes.

Les fréquences seront attribuées aux projets qui auront obtenu les meilleures évaluations tout en assurant la diversité de l’offre. Parmi les critères examinés figurent la diversité culturelle, les quotas musicaux, la solidité du plan financier, l’expérience dans le secteur, l’originalité des services proposés, l’emploi, etc. Une chose est sûre: c’est pour l’obtention des réseaux multivilles que la bagarre sera la plus acharnée puisqu’on dénombre pas moins de sept candidats pour deux places.

"Je n’ai jamais vu dans un marché public un soumissionnaire mettre une telle pression sur le pouvoir adjudicateur."
Marc de Haan
Patron de BX1

Le groupe RTL devrait décrocher deux des quatre réseaux communautaires pour Bel RTL et Contact, piliers du paysage radios. RTL revendique aussi un réseau multiville pour Mint qui n’avait pas obtenu de place lors du précédent plan. Pour mettre toutes les chances de son côté, Mint va troquer son format musical pop-rock, pour une radio à vocation à la fois culturelle et tous publics, mettant en avant les artistes de la Communauté française sans être trop "intello". On y parlera donc de jeux vidéo, de BD, de cinéma, de digital, etc.

Pour le NGroup, Nostalgie (actuel leader du marché) et NRJ postulent à nouveau pour un réseau communautaire. Comme prévu, le groupe espère un réseau multiville pour Chérie FM, musicale au profil féminin et diffusée aujourd’hui sur le web, ainsi que – c’est la surprise de cet appel d’offres – pour une quatrième radio sur laquelle le groupe garde le mystère. Il pourrait s’agir d’un format "oldies".

Cousine du groupe RTL, Fun, autre musicale jeunes, devrait revendiquer, elle aussi, un multiville tout comme DH Radio. La radio du groupe IPM, dans laquelle celui-ci a déjà investi 10 millions, met en avant le profil de son audience (la plus féminine du paysage radio selon le CIM) et son format "music & news". "Les jeunes adultes vivent dans un environnement différent des radios d’il y a 20/30 ans, aujourd’hui, c’est la génération internet, les plateformes musicales, les news disponibles 24 sur 24 sur tous les sites web. D’où idée de faire une radio de découverte musicale, avec la play list la plus riche, et une radio d’info complémentaire aux sites d’info", argumente François le Hodey, CEO d’IPM, qui met aussi en avant les synergies avec les rédactions de la DH et de La Libre dont les membres interviennent sur antenne à titre d’experts.

Restent deux candidats inédits. LN24, la future chaîne de télévision d’informations en continu, postule elle aussi pour un multiville. Son argument: une offre 100% infos qui n’existe plus depuis la disparition de BFM il y a plus de dix ans. "En radio, LN24 disposera de sa propre rédaction, mais des synergies seront développées avec la télévision et le web", indique Joan Condijts, cofondateur de LN24.

Et puis, il y a les 12 télés locales qui postulent elles aussi pour un multiville. Nom de code: Nos Radios. Pour ce faire, six d’entre elles ont créé la SCRL Socarep (Société Carolorégienne d’Edition et de Production), les six autres étant amenées à fournir du contenu. Ce contenu sera local et régional. Il sera basé sur l’information, avec 80% de décrochages locaux et 20% de contenu commun, et sur une programmation musicale "qui prendra le contre-pied des autres radios puisque nous diffuserons 90% d’artistes de la Fédération Wallonie- Bruxelles", résume Marc de Haan, patron de BX1, laquelle pilotera le projet sur le plan opérationnel.

Ce projet fait beaucoup parler de lui car les télés locales sont subsidiées par les pouvoirs publics alors que le plan de fréquences s’adresse aux groupes privés. Philippe Delusinne, CEO de RTL, brandit déjà la menace de recours devant le Conseil d’Etat. "Je n’ai jamais vu dans un marché public un soumissionnaire mettre une telle pression sur le pouvoir adjudicateur, réagit Marc de Haan qui se dit serein. Nous sommes une société commerciale dont les actionnaires sont des ASBL qui sont des entités privées; en outre, notre activité ne se limite pas à la télévision, mais aussi à la production et au numérique." Bref, la radio est considérée comme une extension logique de ces activités. Reste à voir ce qu’en pensera le CSA.

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