La BBC se cherche un avenir

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Le départ du directeur général Tony Hall annonce un virage délicat pour le groupe audiovisuel britannique, qui doit faire face à deux nouvelles puissances: Netflix et Boris Johnson.

D’une crise à l’autre… En 2013, Tony Hall avait été nommé grand patron du plus grand groupe audiovisuel au monde dans la foulée des révélations sur Jimmy Savile, présentateur mythique de la chaîne accusé après sa mort de centaines d’agressions sexuelles.

Sept ans plus tard, Tony Hall laisse la BBC dans un état préoccupant. Désigné peu après l’arrivée de Netflix au Royaume-Uni – son premier pays d’implantation en Europe –, Tony Hall n’a pas su trouver la parade pour adapter le groupe audiovisuel aux nouvelles habitudes de consommation.

49%
Seuls 49% des Britanniques de 16-24 ans ont regardé une chaîne de la BBC dans une semaine typique de 2019.

Le dernier rapport de l’Ofcom, le régulateur britannique de l’audiovisuel, en octobre dernier, était accablant: il indiquait que le modèle de la BBC risquait de ne plus être "soutenable sous la forme actuelle", et que moins de la moitié des 16-24 ans avaient regardé au moins une fois l’une des quatre chaînes de la BBC dans une semaine typique de l’année écoulée. 65% avaient regardé Netflix (et 48% YouTube). Qualitativement comme quantitativement, les choix offerts par la BBC restent exceptionnels, mais la consommation de contenus se fait de plus en plus sur smartphones, de façon toujours fragmentée.

La BBC s’est associée avec ITV et d’autres chaînes pour lancer un service similaire à Netflix, nommé Britbox, mais le catalogue reste limité au regard de la force de frappe et la créativité de Netflix, qui bouscule à la fois les modèles de la TV et du cinéma.

Vers la fin de la redevance?

La BBC pouvait-elle faire mieux ces dernières années, et pourra-t-elle se réinventer avec le successeur de Tony Hall? Tim Davie, directeur général de BBC Studios, et Charlotte Moore, qui a lancé le service de VOD de la BBC, iPlayer, sont les plus cités.

Faire progresser la BBC qualitativement sera complexe. Au-delà de l’érosion de l’audience, le modèle économique est en question. Le paiement de la redevance (145 livres par an, soit environ 170 euros) n’a jamais été autant remis en question. Ce financement est garanti jusqu’en 2027, mais il est clairement menacé par la volonté de Boris Johnson de décriminaliser le défaut de paiement et par les réflexions poussées sur la définition d’un nouveau modèle, qui serait en partie basé sur un abonnement. Tony Hall a d’ailleurs indiqué que ces éléments avaient motivé sa décision de démissionner deux ans avant la date prévue.

Il y a quelques semaines, trois jours après le triomphe de Johnson à l’élection générale, il avait également publié un communiqué pour défendre la politique éditoriale du groupe, accusée par les Tories d’être biaisée et orientée contre Johnson.

L’indépendance de la BBC sera le principal enjeu des prochaines discussions sur son modèle de financement. La question définira sa raison d’être dans un contexte global où l’information de qualité est menacée par le spectre de la post-vérité sur les réseaux.

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