Le salaire de Jean-Paul Philippot passé à la loupe du gouvernement de la FWB

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Le patron de la RTBF sera-t-il sacrifié sur l’autel de la gouvernance ou préservé au nom du réalisme? Le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles planche sur la question ce jeudi.

Le gouvernement de la Fédération Wallonie-Bruxelles doit examiner ce jeudi les rapports d’audit relatifs au salaire de l’administrateur général de la RTBF Jean-Paul Philippot commandés par la ministre des Médias, Bénédicte Linard (Ecolo). Pour rappel, ses émoluments (375.000 euros annuels) sont bien supérieurs à ce qui est indiqué dans le rapport annuel de la RTBF (325.000 euros).

C’est une étape importante dans le processus de reconduction de son mandat, le quatrième d’une durée 6 ans. Son travail a d’abord été évalué par quatre experts indépendants. Test qu’il a passé brillamment. Suite à quoi, en décembre dernier, alors que les révélations sur son salaire battaient leur plein, le gouvernement a donné son aval pour la phase suivante de la procédure: son audition par le CSA. Celle-ci a eu lieu la semaine dernière et a porté sur son bilan et sur sa stratégie pour l’avenir.

C’est grave: Jean-Paul Philippot a cosigné le rapport annuel de la RTBF entaché d’erreurs sur son propre salaire.

Suite à cette audition, le régulateur de l’audiovisuel doit remettre au gouvernement son avis ce jeudi, lequel, paraît-il, est lui aussi positif. "Le gouvernement devra prendre le temps d’examiner ce rapport, il ne devrait donc pas y avoir de décision définitive sur la prolongation de son mandat qui vient à échéance mi-février", indique-t-on au cabinet du ministre-président de la Fédération, Pierre-Yves Jeholet (MR).

Trois audits

Reste à voir quel sera l’impact de ces trois audits sur la décision du gouvernement de prolonger ou non Jean-Paul Philippot. Le premier émane des deux commissaires du gouvernement de la RTBF. Dévoilé par Le Soir mercredi, il dénonce un manque de transparence, le non-respect de l’obligation légale de communiquer chaque année au ministre de tutelle la rémunération de l’administrateur général, une confusion dans les calculs, etc. Des trois rapports, c’est celui-là qui est le plus complet, les deux autres (celui du commissaire aux comptes et celui du service d’audit interne de la RTBF) vont grosso modo dans le même sens, nous dit-on.

Le syndrome Nethys

Dans le contexte actuel des affaires en tous genres – Nethys et consorts – la tentation pourrait donc être grande de sacrifier le patron de la RTBF, étiqueté PS, sur l’autel de la bonne gouvernance. On dit, par exemple, les syndicats très remontés contre l’administrateur général. "C’est grave, déplore un proche du dossier. C’est quand même lui qui a cosigné, et à plusieurs reprises, un rapport annuel entaché d’erreurs sur sa propre rémunération." Une "erreur de communication" reconnue depuis publiquement par Jean-Paul Philippot.

"Le rapport des commissaires du gouvernement pointe certes des dysfonctionnements graves mais pas la responsabilité personnelle de Jean-Paul Philippot, nuance une autre source. Il faut sans doute s’attendre à un sérieux rappel à l’ordre, voire un blâme."

Jean-Paul Philippot a déclaré que, n’ayant pas le choix, il se soumettra à la volonté du gouvernement de réduire son salaire de 30% à 245.000 euros.


Un bon bilan à la tête de la RTBF

Un autre interlocuteur bien introduit estime que ce n’est pas un motif suffisant pour ne pas renouveler son mandat: "On n’est quand même pas chez Nethys", dit-il, ajoutant que "le bilan de Philippot parle pour lui". De fait, en trois mandats, Jean-Paul Philippot a redressé l’entreprise audiovisuelle publique dont les comptes s’affichent désormais dans le vert, ses audiences atteignent des records, elle a pris le virage du digital, même si son plan de transformation lancé à la rentrée 2018 suscite de nombreux remous en interne. Et que beaucoup critiquent sa propension à favoriser l’audimat au détriment de ses missions de service public.

Et puis, Jean-Paul Philippot est le seul candidat à sa succession et il a indiqué que, n’ayant pas le choix, il se soumettra à la volonté du gouvernement de réduire son salaire de 30% à 245.000 euros. Sans compter que pareil profil ne court pas les rues. Le gouvernement prendra-t-il le risque d’une vacance de pouvoir alors que le plan de transformation connaît encore des couacs et qu’un nouveau et considérable chantier s’apprête à démarrer, celui du nouveau siège de Reyers?

Un avenir chez France Médias?

Et d’aucuns d’élaborer le scénario suivant. Jean-Paul Philippot se voit confirmé – sévère baisse de salaire et exigences en matière de gouvernance à l’appui – mais tire sa révérence une fois le nouveau bâtiment de la RTBF inauguré, vraisemblablement en 2022, pour relever un ultime défi professionnel. L’homme a très bonne presse à l’étranger où son nom a récemment circulé pour présider France Médias, futur holding qui chapeautera d’ici deux ans l’audiovisuel public français. Ce qu’il a fermement démenti l’automne dernier.

Mais une petite phrase, tenue à L’Echo début janvier, laisse planer un certain doute. Interrogé sur son éventuelle intention de quitter la RTBF il nous répondit ceci: "Je ne vais pas vous dire que ce n’est pas mon intention, mais aujourd’hui je suis focalisé sur la poursuite de mon job ici. Mon travail s’inscrit sur le long terme, j’attends que le gouvernement fixe le cadre et les conditions."



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