Les coulisses de la rédaction

©Nicolas Vadot

Une assemblée très "british"/Bal du casse-pieds à la Poste/Le copier-coller à l'honneur/Des réunions tupperware d'un genre nouveau/La pensée unique, pas morte/Toujours d'abord regarder dans son assiette/Échange d'amabilités en Hainaut/

Par la rédaction

Passage de témoin et couronne de lauriers. L’assemblée générale de Bekaert, mercredi, marquait le point d’orgue d’un processus de succession mis sur les rails dès la fin août 2013. Pas de surprise de dernière minute: les actionnaires ont entériné la nomination de Matthew Taylor au conseil d’administration. Voilà donc ce Britannique bon teint administrateur délégué en lieu et place de Bert De Graeve, qui succède à Paul Buysse à la présidence du groupe courtraisien. Bekaert prend ainsi une teinte plus "british". Quoique... Le comte Buysse, désormais président honoraire, n’a jamais fait abstraction de ses années passées de l’autre côté de la Manche, chez Vickers et Rolls-Royce notamment. Il n’a jamais manqué une occasion de pratiquer la langue de Shakespeare. Matthew Taylor lui rendra certainement la pareille. Il parle déjà couramment le français et l’espagnol. Et s’est mis au néerlandais, la langue véhiculaire de ce fleuron de l’industrie flamande florissante. La séance d’hommage à Paul Buysse et Anthony Galsworthy, qui quittent le conseil d’administration pour cause de limite d’âge, aura donné lieu aux remises de cadeaux et aux tressages de lauriers de circonstance. Traits d’humour, éloges appuyés, un chouïa d’émotion. Mais celle-ci ne sera guère passée dans une salle entièrement teintée de noir (du plafond au plancher en passant par les tentures). Pas vraiment de nature à réchauffer l’ambiance…

Durez contre la durée… Martine Durez a eu fort à faire pour sa dernière assemblée générale à bpost. La future ex-présidente du conseil de la société cotée a dû se multiplier pour empêcher Erik Geenen, le minoritaire "activiste", de faire traîner l’AG de mercredi en longueur. Le fait est que l’homme était remonté comme une horloge suisse. Il avait une flopée de questions dans sa besace. Et l’on sait qu’il est capable de transformer une séance d’une heure en une journée marathon… À un moment donné, Martine Durez a avoué à l’assemblée qu’elle surveillait un sablier qui se trouvait quelque part sous son plateau de bureau. Elle a d’abord tenté de limiter le temps de parole de l’importun en proposant de grouper ses questions écrites (et les réponses, bien sûr). Refus catégorique d’Erik Geenen. Elle a ensuite refusé certaines de ses questions car elles n’avaient aucun rapport avec les sujets à l’ordre du jour… ni avec bpost d’ailleurs: certaines visaient le ministre Jean-Pascal Labille et la BNB! Elle a répondu point pour point à ses attaques contre Françoise Masai, la future présidente de bpost. Elle a poliment expliqué à Geenen que s’il n’avait pas reçu d’invitation écrite, par la poste (!), à cette assemblée, c’est parce qu’il n’avait pas d’action nominative et qu’il était donc pour le moins difficile de le "tracer". Elle lui a aussi calmement répondu que si bpost avait payé l’amende fixée par l’Autorité de la concurrence malgré son appel, c’est parce qu’elle n’avait pas eu le choix: "C’est la loi". Rien n’y faisait: le minoritaire continuait de bombarder la présidente et le CEO de questions. Jusqu’à ce que le CEO Koen Van Gerven, précisément, prenne la parole. En réponse à une question, le nouvel homme fort de la poste a rappelé la stratégie de son entreprise. Il a longuement épilogué sur les quatre piliers de la stratégie et les innovations commerciales. Au point de finir par fatiguer l’actionnaire encombrant? C’est ce qu’on a cru en effet. En se disant in petto: "Bien joué…" Deux heures plus tard, retour à la rédaction, on apprenait qu’on avait tout faux! Si Erik Geenen a fini par se soumettre à la règle du sablier, c’est tout simplement parce qu’il devait se rendre dare-dare à une autre assemblée, celle de Dexia! Bpost sauvée par Dexia: tout arrive…

Le chef, c’est celui qui a le plus grand… jet. Sur le marché des télécoms belges, la guerre dure depuis des mois. C’est à qui offrira le premier la 4G à Outsiplou ou à Bruxelles et surtout le communiquera en primeur. Cette course à l’internet mobile ultra-rapide a déjà mené à bien des scènes cocasses. Les oreilles d’Évelyne Huytebroeck sifflent encore de tous les commentaires cyniques ayant accompagné son inauguration du réseau Proximus début février à l’Atomium. Elle, la ministre qui avait tant bloqué les ondes, "comment pouvait-elle se pavaner et soutenir un concurrent?", avaient réagi violemment Base et Mobistar, dépassés sur la ligne d’arrivée de la 4G par Belgacom.

Cette semaine, rebelote. Alors que les mêmes Base et Mobistar se chamaillaient à coup de communiqués de presse pour savoir quel serait le deuxième opérateur à se lancer à Bruxelles, c’est une publicité de Base qui a particulièrement attiré les regards. Dans leur grande originalité, les cerveaux du marketing de Base ont ainsi choisi l’image d’un Manneken Pis accompagné du commentaire "start now in Bruxelles" — pour symboliser l’arrivée de ses services… haut débit dans la Région. Sauf que ce même Manneken Pis avec son grand jet, Proximus l’avait déjà utilisé en février pour sa campagne de lancement. Le "copiage" a donné lieu à un échange amicalement musclé sur Twitter. De Belgacom en reprenant les deux annonces côte à côte: "Copier-coller #beloriginal". Réponse de Base: "Sorry guys @proximus we pissed you off.. Hope you can 4G-ive us.. ? ". Sur le plan de l’humour, en tout cas, il n’y a pas photo.

Gueux s’abstenir. Réunions tupperware d’un genre nouveau au cdH. Le parti centriste n’est probablement pas le seul à pratiquer ce genre de réunion privée à domicile, mais les cocktails et autres réceptions se succèdent en cette fin de campagne chez les partisans orange. Il y a une semaine, c’est le sénateur sortant André du Bus qui annonçait sur Facebook qu’il tiendrait salon pour recevoir chez lui des électeurs potentiels et des candidats élus: la ministre fédérale Joëlle Milquet et tête de liste cdH à la Région bruxelloise, Francis Delpérée, sénateur sortant ou encore Julie de Groote, députée bruxelloise. Tous ses amis Facebook étaient bien entendu invités à ces réunions informelles et thématiques.

Mardi dernier, c’est Anne Delvaux qui se fendait d’un mail "aux amis de ses enfants Timothée, David et Martin". "Pour partager vos rêves et vos questions sur Bruxelles ainsi que sur l’enseignement, je vous invite, avec vos amis, à nous retrouver à la maison", au cours "d’une soirée sans chichis" où les participants pouvaient rencontrer Julie de Groote, décidément très sollicitée.

Plus ciblée encore, une invitation très protocolaire, adressée nominativement à un fichier visiblement sélectionné. Le vicomte et la vicomtesse van Zeeland, prient le destinataire "d’assister à la réception qu’ils donneront chez eux à l’occasion des élections pour leur fille Catherine." On jurerait une invitation à une soirée d’un rallye mondain. Seront présents, précise le bristol crème, quelques ministres et édiles communaux, mais aussi quelques candidats ayant la particule comme dénominateur commun: Julie de Groote (encore!?), André du Bus de Warnaffe (cf. supra), Geneviève Oldenhove de Guertechain, Hadrien de Kerkhove et Dorothée Cardon de Lichtbuer. Tout ce beau monde était reçu dans un hôtel de maître cossu du quartier du Cinquantenaire. Ne pas confondre réunion tupperware et réunion "de" tupperware…

In cauda venenum. En Belgique, on a tendance à l’oublier, la campagne électorale se joue aussi au niveau européen. Cette semaine, le député européen Ecolo Philippe Lamberts nous a envoyé la vidéo de campagne "Europe" de son parti. Intitulé "Comment vaincre la pensée unique?", ce petit clip met en scène le "Docteur Jean Peuplu", dont la voix est empruntée à Frédéric Jannin, qui s’inquiète de la propagation du virus de la pensée unique "qui a déjà contaminé une large partie de la classe dirigeante européenne", dixit Lamberts. La pensée unique en question est la nécessité d’une cure d’austérité des finances publiques pour retrouver un équilibre budgétaire. Et le Dr Jean Peuplu de proposer des alternatives. Pour illustrer le virus de la pensée unique, la vidéo passe quelques brefs extraits d’allocutions de dirigeants européens. À la fin de la séquence, un panneau qui s’affiche brièvement, environ 5 secondes, cite les intervenants sélectionnés: "Pour les socialistes, Jeroen Dijsselbloem, président de l’Eurogroupe; pour les conservateurs, José Manuel Barroso, président de la Commission européenne; pour les libéraux, Olli Rehn, commissaire aux Affaires économiques et monétaires…" Et si on n’y prend pas garde, on loupe le meilleur de ce tableau: "Pour Goldman Sachs, Mario Draghi, président de la Banque centrale européenne". Ce petit rappel du passage du patron de la BCE par la banque d’affaires fera sourire ou rire jaune, selon qu’il sera vu à Bruxelles ou à Francfort…

Il y a pairs et paires. Petit moment de gêne, mercredi soir à la remise des prix de journalisme par la banque Belfius (qui a notamment couronné notre excellent confrère Nicolas Keszei). Matthieu Lietaer, lauréat du prix de la presse TV pour un reportage sur les lobbies à Bruxelles, a annoncé sur scène qu’il reverserait le montant de son prix à l’ONG Finance Watch, car il reprochait en substance à Belfius d’être active dans un fonds pratiquant la spéculation alimentaire. Jusque-là, on peut penser que le geste n’est pas super-élégant vis-à-vis d’une institution qui a maintenu ses prix de journalisme contre vents et marées, mais soit. Où l’affaire se corse, c’est que Belfius s’est retiré de ce fonds en décembre 2013, comme l’a répondu en direct Moniek Delvou, la porte-parole du groupe. Et la cerise sur le gâteau, on vous l’a gardée pour la fin. Apparemment agacé d’avoir passé sa soirée à expliquer sa décision et à s’entendre reprocher d’avoir gâché l’ambiance, notre confrère s’est fendu vendredi d’un communiqué où il revient sur l’incident et évoque le sujet de son enquête, "primée cette année par nos paires" (sic). Parfois, il vaut mieux tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de cracher dans la soupe.

La guerre des gauches, version seneffoise. "Idiote", "vermine"… la campagne vole particulièrement haut dans la verte et chimique commune de Seneffe, si chère à Philippe Busquin! La dénommée Ida Storelli, conseillère communale socialiste et ex-échevine de cette entité, s’en donne à cœur joie sur les réseaux sociaux pour vilipender une certaine Maryse Tombeur, kinésithérapeute de son état mais aussi et peut-être surtout 9e candidate effective sur la liste PTB-GO à la Chambre pour le Hainaut. N’ayant pas peur de donner dans la délation pure et dure, Ida Storelli dénonce, toujours sur les réseaux sociaux, une "certaine Maryse qui est copin copine avec un escroc qui profite du chômage en étant domicilié ailleurs de Seneffe et habite en face de chez elle…" (resic dans le texte!). C’est peu dire que la camarade Storelli n’a pas hésité à sortir le tout gros calibre pour exploser Maryse Tombeur. Celle-ci affirme ne pas pouvoir tolérer une telle attaque et exige dès lors des excuses publiques. Sans doute très gênées par l’ampleur qu’était en train de prendre ce crêpage de chignons, les instances officielles du PS de Seneffe ont jugé opportun, dans les heures qui ont suivi la publication de ces propos peu amènes sur les réseaux, de retirer les commentaires pour le moins inappropriés d’Ida Storelli. Aux dernières nouvelles, le calme semble revenu aux abords du château de Seneffe.

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