RTL va redevenir belge

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Quinze ans après avoir abandonné sa double licence au profit de la seule luxembourgeoise, la chaîne privée va dépendre à nouveau de la tutelle de la Fédération Wallonie-Bruxelles qui va lui octroyer une aide d'État. La crise du coronavirus aura précipité les choses.

RTL a décidé revenir dans le giron de la Fédération Wallonie Bruxelles. Et la crise du Covid-19 a précipité ce retour. Depuis son déclenchement, la chaîne privée a en effet perdu plus de 30 millions de recettes publicitaires. Des rumeurs évoquaient un nouveau plan social et une réduction de la voilure côté infos. De quoi laisser un boulevard à la RTBF et porter ainsi atteinte au pluralisme. C’est ce scénario qu’a voulu éviter la Fédération Wallonie Bruxelles (FWB).

30
millions d'euros
Depuis le début de la crise du coronavirus, RTL a perdu plus de 30 millions d'euros de recettes publicitaires.

En échange d’un retour sous son autorité, du maintien de l’emploi, du renforcement du soutien à la culture locale, etc., la Fédération Wallonie-Bruxelles va lui octroyer une aide d'État indépendante du plan d’aide aux médias de près de 5 millions élaboré par le gouvernement il y a deux mois. Au cabinet de la ministre des médias, Bénédicte Linard (Ecolo), on indique qu’elle s’étalera sur 4 ans et se chiffrera à maximum 80% du préjudice financier dû à la crise tandis qu’un monitoring de sa situation financière sera réalisé pour suivre l'évolution de ses recettes publicitaires. De son côté, RTL se contente de saluer ce protocole d'accord.

L’opération doit en effet être encore avalisée par la Commission européenne qui a récemment donné son accord à une opération similaire au Danemark. Son imprimatur est attendu d’ici un mois.

Une saga

Rétroactes. En 2006, RTL Belgium, qui disposait d’une double licence de la Communauté française et du Luxembourg, avait abandonné la première, conformément au droit européen qui imposait de n’avoir qu’une seule licence, comme l’a toujours plaidé sa direction. Mais sa motivation était aussi dictée par une régulation moins contraignante au Luxembourg. En 2009, la Communauté française et du Grand-Duché avaient signé un accord au terme duquel RTL acceptait de se conformer aux règles de la première en matière de publicité, de protection des enfants, etc. Rien n’y fit. Le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA) n’accepta jamais qu’un opérateur étranger contourne ainsi la législation locale alors que l’ensemble de ses activités étaient opérées en Belgique. S’en suivit une longue bataille juridique.

Celle-ci devrait s’éteindre avec le futur nouveau décret Service Médias Audiovisuels. Le gouvernement de la FWB doit en effet examiner jeudi ce texte qui retranscrit notamment la directive éponyme. Or celle-ci précise les critères de rattachement d’un opérateur à un territoire, tel que le lieu où sont prises les décisions éditoriales, où travaille le personnel, etc. Bref, l’étau se resserrait sur RTL qui, par son statut, se voyait en outre privée de différents outils comme l’accès au fonds pour les séries belges financé par la FWB. Peu avant la crise, son CEO, Philippe Delusinne, revendiquait d’ailleurs un accès à ce fonds plaidant que la seule manière d’encore exister dans le marché belge était de produire localement. Ce à quoi la ministre des médias lui répondit qu’en l’état actuel des choses, c'était impossible. Mais tout ça, c’était avant la crise du coronavirus.

Reste qu’en coulisses, certains se posent des questions sur cette opération, notamment sur son timing alors que dans le texte que doit examiner jeudi le gouvernement figure la diminution de la pub à… la RTBF, conformément la déclaration de politique communautaire. En outre, pointe une source, on peut s’étonner de cette manne alors que sa maison mère, RTL Group, affichait 864  millions de bénéfices en 2019. Enfin d’aucuns pointent un précédent qui pourrait amener d’autres opérateurs à vouloir bénéficier de pareille largesse. Encore faut-il qu’ils aient une monnaie d’échange...  

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