Sans foot, l'avenir de Canal + est de plus en plus flou

Canal Plus a perdu la possibilité de diffuser les matches de Ligue 1 à partir de 2020. Un coup dur pour la chaîne, déjà en mauvaise passe. ©AFP

En n’obtenant aucun droit de retransmission à partir de 2020, la chaîne perd son produit d’appel. Après avoir déjà perdu son ADN et de nombreux abonnés.

Impossible de trouver hier à Paris un commentateur relativisant le coup dur qu’a subi mardi Canal +. Faute de mise suffisante, la célèbre chaîne qui a fait l’histoire du petit écran en France a perdu la possibilité de diffuser les matchs de football les plus intéressants à partir de 2020 dont ceux de Ligue 1.

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Depuis 2012, le chiffre d’affaires de Canal + a chuté de 20%, pour tomber aujourd’hui à 1,5 milliard d’euros.

Or, avec le cinéma, le ballon rond est l’une des deux jambes de Canal. Comme le relevait un analyste cité par Le Monde, les aficionados du football représenteraient 40% des 4,8 millions d’abonnés. Sur le papier, leur départ équivaudrait à une perte de près de 800 millions d’euros par an.

"Un peu la tempête"

Joint brièvement pour L’Echo, un correspondant de la chaîne déclarait entre deux réunions: "Vous vous doutez bien qu’ici c’est un peu la tempête." Un mot sans équivoque. Tous les lots ont été raflés par Mediapro, beInsport et l’opérateur Free. D’ici à 2020, la chaîne a néanmoins laissé entendre qu’elle avait encore la possibilité de riposter soit en rachetant des droits, soit en tentant de nouer des accords avec le groupe espagnol Mediapro afin de diffuser au moins des matchs de la Ligue 1.

"Un nouveau coup dur dans une dégringolade sans fin", "une escalade à l’envers", voilà ce que l’on pouvait donc glaner comme type de commentaires par des observateurs de longue date de l’ex-chaîne à succès. Le fleuron des années quatre-vingt et nonante a perdu cette vista particulière qui en faisait depuis 1984 un acteur majeur du paysage audiovisuel français.

La chaîne a notamment été un des premiers financiers du cinéma européen et de grands réalisateurs, comme Pedro Almodovar, lui doivent beaucoup. À l’origine l’on pensait que ses programmes intéresseraient surtout des téléspectateurs à haut pouvoir d’achat avant de s’apercevoir qu’ils permettaient à des familles moins aisées de profiter d’une offre généreuse en cinéma et en programmes sportifs.

Où est l’impertinence?

Canal + était apparu en 1984, sous les auspices d’André Rousselet, dans un univers où ni internet, ni le câble, ni la diffusion numérique terrestre ne pouvaient lui faire de l’ombre. De surcroît, ses différents patrons savaient attirer les talents, singulièrement pour sa diffusion en clair. D’une chaîne inspirée quoique pas toujours bien gérée, Canal + est devenue, depuis sa prise de contrôle par l’industriel Vincent Bolloré, un simple produit à rentabiliser, enclenchant sous la houlette du nouveau patron une fuite des animateurs, une baisse d’audience pour les tranches en clair et une attrition sensible des abonnements. Originale, impertinente, la chaîne a perdu beaucoup de sa saveur. Avec le foot, sauf arrangement d’ici 2020, c’est un produit d’appel historique qui va lui faire lourdement défaut.

Quant à la partie cinéma, le danger a pris forme en 1997 à Los Gatos en Californie. Né avec internet, Netflix a engrangé près de 125 millions d’abonnés dont la France où l’entreprise aurait déjà acquis 3,5 millions de clients au rythme de 100.000 nouvelles souscriptions mensuelles. Ses films et ses séries font un tabac auprès des jeunes au point que Canal + a décidé d’adapter à moins de dix euros son offre d’abonnement pour les moins de 26 ans. Si c’est encore possible…

Depuis 2012, le chiffre d’affaires a chuté de 20%, pour tomber à 1,5 milliard d’euros. Cela est essentiellement dû à une baisse de 15% du revenu des abonnements, causée par la fuite d’un demi-million d’abonnés, selon BFM Business.

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