Avez-vous vraiment envie d'avoir un cyber-valet?

©Olivier Marty/ Allary Editions

Nicolas Santolaria a confié toutes les corvées quotidiennes à des applications online. Il en est revenu déçu. Les systèmes buggent souvent et la vie de tous les jours perd singulièrement de son charme. Récit.

Sous-traiter sa vie à l’aide d’applications, tel est le pari un peu fou que s’est fixé Nicolas Santolaria (45 ans), journaliste parisien freelance. Pendant un an, il s’est débarrassé d’un maximum de tâches quotidiennes, généralement considérées comme des "corvées" en faisant appel à des services en ligne. Fini de faire la queue au bureau de poste, de devoir ranger et trier ses vêtements, de porter son costume au nettoyage à sec.

"Aujourd’hui, les applications en ligne nous proposent des cyber-valets."

Muni d’une enveloppe de 2.000 euros allouée par le commanditaire de cette petite expérience, Nicolas Santolaria est même parvenu à sous-traiter le choix de ses sorties culturelles, l’entretien de son bac de plantes aromatiques ou encore la rédaction de ses articles de presse. "Au XIXe siècle, certaines personnes aisées engageaient un majordome. Aujourd’hui, ce genre de service s’est démocratisé grâce aux applications en ligne qui nous proposent des cyber-valets." Optimiser le quotidien et cultiver une certaine fainéantise sont devenus les maîtres-mots.

Bilan mitigé

Un an après, quelles leçons tire-t-il de cette expérience? Le bilan est plutôt mitigé. La perspective d’un horizon dégagé des corvées du quotidien a laissé la place à la désillusion, parfois à l’énervement, tant les choses se passent rarement comme annoncé. "Il y a un écart considérable entre ce que vous vendent les services marketing et la réalité sur le terrain, constate Nicolas Santolaria. J’ai passé un temps fou avec les services après-vente pour corriger ce qui n’avait pas été fait correctement." Sans oublier que ces applications nous transforment en datas. "On alimente gratuitement leurs banques de données."

Emplois précaires

"Comment j’ai sous-traité ma vie", Nicolas Santolaria, Allary Editions, 225 pages, 17,90 euros ©doc

Plus fondamentalement, notre journaliste-testeur se demande si tout doit impérativement être rationalisé à ce point. "Ces tâches dites rébarbatives nous offrent l’occasion de réfléchir ou tout simplement de mettre notre cerveau au repos. Les courses au supermarché peuvent être l’occasion d’entretenir des contacts sociaux, chose qui n’est pas possible lorsqu’on se fait livrer à domicile. Lorsque la relation intermédiée devient la norme, on ne se parle plus. Au final, on peut se demander si ces services online répondent à de véritables besoins ou si on est en train de se fabriquer des besoins nouveaux?"

Nicolas Santolaria dresse le parallèle avec la révolution industrielle au XIXe siècle. "À l’époque, la machine avait remplacé l’effort musculaire. Ici, on aboutit à un remplacement de la matière grise, puisque ce sont des logiciels qui choisissent ou décident à notre place, de ce qu’on va manger, du film qu’on ira voir, de la personne que nous pourrions avoir comme amie."

Enfin, il y a le sort pas toujours enviable de ceux qui travaillent dans ces nouveaux services. "Les services à domicile, ce sont le plus souvent des boulots précaires. Et on ne parle même pas du bilan carbone, avec les emballages et les kilomètres parcourus pour être livré chez soi avec, souvent, la possibilité de renvoyer le colis s’il ne convient pas."

Exemples: ce qu'Internet peut faire pour vous

Ranger vos chaussettes. Pour ne plus devoir ranger ses chaussettes, la société BlackSocks, basée à Zurich, vous propose un Sock Sorter (un trieur de chaussettes). Les chaussettes sont munies de la puce RFID, ce qui permet à votre smartphone de communiquer avec les chaussettes connectées et de constituer des paires. Sur le smartphone, vous verrez aussi à combien de lavages vous êtes. Sauf que l’interface est en allemand et que les chaussettes doivent être lavées à la main (pour ne pas abîmer l’électronique embarquée).

Lire une brique en quelques minutes. Au lieu de vous farcir les 976 pages du "Capital au XXIe siècle", le best-seller de Thomas Piketty, l’application Koober propose une synthèse que vous aurez digérée en 23 minutes. Avec ça vous aurez l’air intelligent dans les soirées mondaines, mais vous passerez aussi à côté du style de l’auteur. "Le problème avec Koober, c’est qu’ils pillent le patrimoine, car ils ne versent rien aux éditeurs."

Choisir vos sorties culturelles. Plus besoin de réfléchir pour savoir ce qu’il faut aller voir comme expo, avoir lu comme livre ou avoir entendu comme musique. L’algorithme de Netflix se charge de tout cela pour 7,99 euros par mois. Parfois l’algorithme se perd et fera des suggestions qui n’ont rien à voir avec vos goûts.

La drague par délégation. Tout le monde connaît les sites de rencontres. Avec Net Dating Assistant, on pousse plus loin puisqu’un cyber-Cyrano obtient le rendez-vous pour vous. Moyennant 470 euros, il se charge de tout le volet séduction. "Seul semble ici compter l’hédonisme conclusif."

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