Le remboursement des applis médicales se fait attendre

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Le remboursement des applications médicales ne fait toujours pas l’objet d’un calendrier concret.

Chaque année, 45.000 Belges se font poser une prothèse du genou ou de la hanche. La start-up gantoise MoveUP a conçu pour eux une application numérique qui leur indique des exercices de revalidation personnalisés après l’intervention chirurgicale. Le médecin peut les suivre par voie électronique, ce qui réduit le temps passé à l’hôpital. Un millier de patients ont déjà utilisé l’appli. Elle est susceptible, à terme, de générer pour la Sécurité sociale quelque 27 millions d’euros d’économies en soins de santé, affirme MoveUP. Mais l’entreprise gantoise se heurte à présent à ses propres limites. Dans notre pays, les applis médicales restent intégralement à la charge du patient, malgré des promesses répétées de remboursement par l’Inami. "Les chirurgiens pourraient prescrire l’application après l’opération", souligne le CEO, Ward Servaes. "Mais ils rechignent à le faire parce que son prix serait supporté entièrement par le patient".

Les chirurgiens pourraient prescrire l’application après l’opération, mais ils rechignent à le faire parce que son prix serait supporté entièrement par le patient.
Ward Servaes
CEO de MoveUP


C’est une épine dans le pied de la ministre de la Santé publique, Maggie De Block (Open Vld). Elle avait fait en effet du lancement des applis médicales dans les soins de santé un de ses chevaux de bataille. À son initiative, un cadre légal a cependant déjà été créé pour l’utilisation des applis médicales: elles doivent passer trois niveaux de contrôle pour obtenir leur agrément et leur remboursement.

La première étape consiste à évaluer la pertinence médicale de l’appli. Ensuite, les autorités examinent si les données sont enregistrées en toute sécurité, dans le respect des règles en matière de protection de la vie privée. Pour ces deux premiers niveaux, le travail est plus ou moins réalisé, indiquent les différentes parties concernées. Ainsi, huit applis médicales ont déjà été agréées. Mais les entreprises du secteur se plaignent de la lenteur extrême de la dernière étape: le remboursement. "Si le vent souffle dans la bonne direction, cela n’avance pas vite pour autant", confirme Lars Grieten, le fondateur de Fibricheck, une appli qui détecte les troubles du rythme cardiaque.

Si le vent souffle dans la bonne direction, cela n’avance pas vite pour autant.
Lars Grieten
fondateur de Fibricheck

L’Inami s’emploie actuellement à élaborer une procédure de remboursement des applis médicales. Mais ne peut avancer le moindre calendrier à cet égard. Au grand dam de Maggie De Block, qui était persuadée que ce remboursement entrerait en vigueur avant la fin de la législature précédente. Des problèmes organisationnels au sein de l’Inami expliqueraient en partie l’enlisement de ce dossier.

Cap vers l’étranger

L’absence de remboursement génère de graves difficultés pour les entreprises qui développent ces applis. En mars, MoveUP a dû réduire la voilure (et ses effectifs) pour se concentrer davantage sur le marché étranger. Faute de perspective concrète, le financement de l’entreprise en pâtit également, souligne Ward Servaes. Ainsi, une levée de fonds prévue a été mise en suspens.

Même son de cloche du côté de la firme limbourgeoise Fibricheck. L’an dernier, l’entreprise a obtenu le feu vert pour son appli, notamment aux États-Unis et en Italie. "Dans nos plans élaborés il y a deux ans environ, nous avions concentré tous nos efforts sur la Belgique", fait remarquer Lars Grieten. "Mais l’absence de remboursement nous a obligés à ajuster nos activités et à nous réorienter vers l’étranger."

L’Inami ne souhaite pas expliquer précisément pourquoi le remboursement se fait attendre. Selon Lars Grieten, la grande variété des applis médicales est l’une des raisons du retard. "Pour une appli qui détecte les arythmies cardiaques, la logique du remboursement est très différente de celle d’une appli qui prescrit des exercices de revalidation."

La problématique du remboursement ne se limite pas au secteur des applis médicales. Pour l’instant, la téléconsultation, c’est-à-dire un contact à distance entre le patient et le médecin, n’entre pas non plus en ligne pour un remboursement. Ici, ce dernier ne vise pas la technologie mais les honoraires du médecin ou du spécialiste.

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