Les "Messe", un des rouages du modèle économique allemand

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Les foires et salons professionnels sont l’occasion, pour l’industrie allemande, de démontrer sa forme étincelante. L’exemple de Hanovre, la plus grande manifestation du genre.

Sur les murs du réfectoire du centre de presse du Parc des Expositions de Hanovre s’alignent les photos de plusieurs chanceliers allemands. On peut notamment voir Helmut Kohl tentant de s’extraire difficilement d’une minuscule voiture restée à jamais, semble-t-il, à l’état de prototype. Ou encore son prédécesseur, Helmut Schmidt, devant un ordinateur datant plus ou moins du néolithique…

"Les deux plus importantes nations industrielles du monde promeuvent le dialogue et la coopération dans l’industrie", a fait valoir sobrement Wen, aux côtés de la chancelière Angela Merkel, lors de la cérémonie d’ouverture. Le thème phare de cette année était la "greentelligence", c’est-à-dire la combinaison intelligente de processus efficaces avec des matériaux innovants et durables. Un terme qui n’a rien d’un slogan. Pour certains, il s’agit ni plus ni moins de la quatrième révolution industrielle de l’histoire, après celles de la machine à vapeur, puis de la production de masse et enfin celle de l’informatique et des télécoms. Inutile de dire que les deux poids lourds de l’industrie manufacturière entendent bien y jouer un rôle majeur…

L'Hannover Messe, le temple du made in Germany

Une seconde nature

A ses débuts, en 1947, la Hannover Messe était un simple salon de la sous-traitance industrielle. En quelques décennies, elle est devenue ni plus ni moins que la plus grande manifestation mondiale dédiée chaque année aux techniques employées dans l’industrie. Un événement gigantesque. Plus de 5.000 exposants originaires de près de 70 pays sont regroupés dans huit à dix salons thématiques (selon les années) consacrés à l’automatisation et la robotique, la sous-traitance industrielle, la logistique, les énergies nouvelles, la recherche ou les grandes technologies environnementales… L’ensemble couvre quelque 230.000 m² de surface, soit deux fois et demi le salon de l’auto de Bruxelles. Le tout disséminé dans une bonne vingtaine de halls de l’immense parc des expositions de Hanovre.

Inutile de préciser que pour visiter ne fût-ce qu’une petite partie de l’événement, il vaut mieux être très sélectif. Ou bien sportif. Pour canaliser le flux de milliers de véhicules qui rallient l’endroit pendant une semaine, la police procède d’ailleurs à la fermeture temporaire de certains tronçons de l’autoroute, pour les mettre dans l’autre sens et doubler de la sorte les voies d’accès.

Un quart environ des gens présents à Hanovre ne sont pas des professionnels.

Brock McKomack

Service de presse de Deutsche Messe

Les foires commerciales et salons professionnels, c’est presque une seconde nature pour les Allemands. Le pays est numéro un mondial dans ce domaine. Pour de nombreux spécialistes, il s’agit d’une des explications de la bonne santé économique du pays, au même titre que le système éprouvé de stages en entreprise (le "praktikum") ou que les réformes du marché du travail menées par l’ancien chancelier Gerhard Schröder. Les nombreuses "Messe" constituent en effet tant une vitrine exceptionnelle pour le "made in Germany" qu’un formidable outil de valorisation des métiers de l’industrie en Allemagne même.

Pour se persuader de ce dernier avantage, il suffit d’observer les longues files de visiteurs, parfois assez jeunes, qui arpentent les innombrables allées de la Foire. "Un quart environ des gens présents à Hanovre ne sont pas des professionnels" précise Brock McKomack, du service de presse de Deutsche Messe.

Bien, sûr, une foire technologique, avec son lot de nouveautés parfois spectaculaires - des robots autonomes aux véhicules électriques, en passant par les innovations en matière de domotique -, attire toujours les curieux. C’est le cas en particulier du tout aussi fameux Cebit, organisé sur le même lieu début mars, qui draine un public plus large et moins professionnel. Mais la présence de "Monsieur tout le monde" à ce genre d’événement est due également à d’autres facteurs. L’Allemagne sait pousser les étudiants vers les carrières techniques et scientifiques, qui sont particulièrement valorisées.

Le salon "TectoYou", qui se tient au sein de la Foire de Hanovre, permet de communiquer aux jeunes la passion de la technique, et les incite à étudier ou à exercer un métier dans ce domaine. Autre élément d’attraction de la Messe, un salon "Job & Career Market", qui offre directement des perspectives d’emploi au personnel qualifié.

A SAVOIR

Un pays de salons

 

L’Allemagne accueille entre 140 et 160 foires-expositions d’envergure internationale par an, qui drainent entre 9 et 10millions de visiteurs. Parmi eux, environ 2,5 millions viennent de l’étranger. La République fédérale abrite à elle seule deux tiers de la centaine de foires commerciales de plus de 50.000 m² qui sont organisées chaque année en Europe. La totalité des 9 salons de plus de 150.000 m² se déroulent pour leur part outre-Rhin.

Le secteur des foires emploie environ 230.000 personnes dans le pays, directement chez les sociétés qui les organisent, ou (surtout) au sein des entreprises exposantes pour qui la présence sur les salons de la planète est un élément essentiel de leur politique marketing.

Deutsche Messe AG, qui organise la foire de Hanovre et le Cebit, est devenue l’un des plus importants organisateurs de foires et salons à l’échelle mondiale. Elle réalise un chiffre d’affaires de près de 250 millions d’euros avec plus de 700 employés. Avec ses filiales et représentations présentes dans plus de 60 pays, elle organise chaque année

 

Une foire de PME

En France, le Président de la République inaugure le salon de l’agriculture

Toutefois, pour la plupart des 200.000 visiteurs et exposants, "la Foire de Hanovre reste avant tout l’occasion de faire du business, grâce à la découverte de nouvelles technologies ou de nouveaux partenaires" souligne un exposant français, qui regrette la faible présence d’entreprises provenant de l’Hexagone, alors que les deux pays sont les plus importants partenaires commerciaux l’un pour l’autre. "Chez nous, le Président de la République inaugure le salon de l’agriculture", ironise ce patron de PME. La question de la langue est loin d’être la seule explication, d’autant qu’elle se pose également pour les Chinois ou les Coréens. "Le problème de la France, c’est qu’elle a certes quelques très beaux fleurons dans l’industrie et la high tech, mais pas ce tissu de PME, qui est la force de l’Allemagne. Celles-ci ne sentent pas sur leur cou le souffle des actionnaires et peuvent réfléchir à long terme. Leurs dirigeants peuvent penser à leur descendance et non pas à leur cours de Bourse. Mais elles sont dans le même temps plus rapides et flexibles et peuvent prendre la balle au bond très vite. D’où leur présence massive ici", fait-il valoir.

Ce qui est en effet étonnant dans les foires allemandes, c’est que l’on peut y déambuler plusieurs heures sans y croiser le moindre grand nom de l’industrie, même si ceux-ci sont évidemment présents en force. La plupart des exposants sont des PME totalement inconnues hors des frontières allemandes. Pour celles-ci, la participation aux foires est un must. "Si vous n’y êtes pas, vous êtes morts. Vous pouvez en rater une, mais pas deux", explique, très carré, un chef d’entreprise de Basse-Saxe. Ce qui explique qu’une bonne partie du budget marketing des entreprises - jusqu’à 40% - passe dans les foires et salons.

Rouage important du modèle exportateur allemand, le concept des foires-expositions se vend lui-même très bien à étranger. Environ 270 événements professionnels de ce type sont ainsi orchestrés par des Allemands chaque année hors des frontières de RFA. C’est dix fois plus que les Italiens, qui ont une économie qui repose aussi fortement sur les PME. Détail qui n’étonnera personne, la Chine devient de plus en plus friande de ce type de salons, avec pas moins de 80 foires organisées annuellement dans le pays par les seuls Allemands.

 

 

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