analyse

Robot recherche emploi humain à la City

©RV DOC

Les services financiers font face à une automatisation potentiellement intégrale, à terme, de leurs activités. La vague peut-elle devenir un tsunami?

Dans la City, l'atmosphère n'est plus tout à fait la même depuis la fin des années 2000. La crise financière a été un choc sans précédent, et a amené des dizaines de milliers de banquiers à changer d'employeur, voire de vocation, du jour au lendemain. Une autre évolution, plus insidieuse, a lentement miné la confiance des professionnels de la finance: celle d'une automatisation croissante de leurs activités.

A l'heure des plans de licenciements massifs dans des grandes banques comme HSBC ou Barclays, jamais l'explication véritable n'a été donnée. Elle n'a été suggérée que par certains médias ou observateurs pas tout à fait convaincus par la formule consacrée: "cost cuts" ("réductions de coûts").

Ce voile de pudeur a été levé avec un peu de retard par le PDG de Deutsche Bank, le Britannique John Cryan, à la fin de l'été. "Dans notre banque, nous avons des gens qui travaillent comme des robots. Demain, nous aurons des robots qui se comporteront comme des humains. Peu importe si, en tant que banque, nous participons à ces changements ou pas, puisque de toute façon ils vont se produire", a-t-il asséné dans une conférence à Francfort.

Alors que la banque allemande procède actuellement à la suppression de 9000 postes, soit 9% de ses effectifs, le PDG a confirmé l'évidence: "La triste vérité pour l'industrie bancaire est que nous n'aurons plus besoin d'autant de personnes qu'aujourd'hui". Il n'a pas oublié de glisser un mot sur ces salariés compétents il y a peu, aujourd'hui inutiles, à savoir ces comptables "qui passent beaucoup de temps à, basiquement, remplir les fonction d'un abaque".

Jamais le patron d'une banque n'avait publiquement évoqué en des termes aussi crus, ou simplement honnêtes, la réalité actuelle et à venir du monde de la finance. Ces propos rappellent ceux de l'ancien patron d'Uber, Travis Kalanick qui prévenait dès 2015 que les chauffeurs humains de son entreprise seraient rapidement remplacés par des véhicules autonomes, du fait que les tarifs seront moins chers que lorsque "vous payez pour l'autre gars dans la voiture", selon l'expression employée, qui avait été son premier faux pas médiatique.

Les banques ont supprimé un quart de leurs effectifs en dix ans

L'aveu du PDG de Deutsche Bank marque un tournant dans la finance. Uber a ouvert la voix, il est désormais possible de décrire la réalité présente ou à venir sans prendre de gants...

♦ Une étude de Yougov auprès de 1111 chef d'entreprises, réalisée à la mi-septembre, indique qu'ils s'attendent à une baisse de 15% de leurs effectifs d'ici dix ans. C'est dans le secteur de la finance que l'hypothèse d'une automatisation massive est la plus répandue: 25% des interrogés prévoient une profonde mutation technologique, devant les patrons du secteur du transport et de la distribution (21%) et de la fabrication (20%).

Dans tous les métiers du secteur financier, un robot - au sens d'intelligence artificielle de plus en plus calquée sur l'humain -, est en attente. Il a déjà pris une certaine avance dans le trading algorithmique: plus des trois quarts du volume mondial en à peine quinze ans.

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Les nouvelles banques en ligne proposent des logiciels de plus en plus malins et personnalisés, adaptés au smartphone, qui court-circuitent les grandes banques traditionnelles. Lesquelles ferment des antennes par milliers - et licencient ou requalifient les personnels humains, trop humains. Depuis 2015, les huit plus grandes banques britanniques ont fermé plus de mille agences.

Les banques du Big Four (Barclays, HSBC, Lloyds et RBS) ont à elles seules supprimé près de 200 000 postes dans le monde depuis dix ans. Soit un quart de leurs effectifs.

A l'échelon du dessus, celui des investisseurs, les robo-advisers révolutionnent eux aussi l'industrie. Des sociétés comme Betterment ou Nutmeg ont bâti une infrastructure robuste permettant de lier le site web avec la plateforme de trading et celle de gestion des actifs. A chaque consultation, recherche, réflexion, le client se voit proposer des opportunités adaptées à son profil, aux marchés et aux réglementations fiscales.

"Nous sommes souvent décrits comme un robot-conseiller, mais il est important de se rappeler que le 'robot' n'est rien sans le 'conseiller' derrière lui. Nous avons des experts de l'industrie qui nous guident dans tout ce que nous faisons, des outils fiscaux aux fonds de nos portefeuilles. Il ne s'agit pas des 'robots contre les humains', où l'un gagnera et l'autre perdra. Il s'agit de le façon dont les humains emploient la technologie pour mieux vivre, plus facilement et plus efficacement." (Joe Ziemer, de Betterment)

L'ultime révolution arrive: la reconnaissance vocale

Mais les robots progresent beaucoup plus rapidement que leur modèle bêta humain. Le développement du machine learning permet au robot-conseiller d'apprendre par lui-même de ses erreurs, de progresser, de s'affiner. Les robots commencent également à s'inviter aux réunions des conseils d'administration. Le programme VITAL, "nommé" par la firme Deep Knowledge Ventures, à Hong Kong, a été un pionnier.

"Ce sera une grande disruption, voire un tsunami, il y aura des perdants et des gagnants et on ne sait pas encore ce qui sera renversée et ce qui restera debout" (Ron Meyer, Directeur du Center for Strategy & Leadership à la Tias School for Business and Society d'Amsterdam)

Le développement très rapide, ces trois ou quatre dernières années, de la reconnaissance vocale ouvre en effet des perspectives potentiellement illimitées, la voix ayant précédé l'écriture dans le développement de la communication entre humains.

Une intelligence artificielle qui comprend la voix humaine, et peut lui parler en retour, a virtuellement accès à une infinité de données permettant d'intégrer la composante émotionnelle, intuitive, de l'humain, tout en récoltant toujours plus de données. L'intelligence artificielle était jusqu'à présent enfermé dans un monde de textes et de chiffres. Elle continuera de traduire la voix en texte et en chiffres, mais elle sera en prise directe avec cette voix, et avec celui ou celle qui la produit. Elle sera particulièrement utile dans les échanges avec les clients, investisseurs, actionnaires ou membre d'un conseil d'administration.

Selon Andy Peart, directeur marketing d'Artificial Solutions, qui fournit des solutions de reconnaissance vocale aux entreprises, "avec la donnée conversationnelle, il est possible de vraiment comprendre ce que les consommateurs pensent, ce qu'ils aiment ou n'aiment pas, ce qu'ils ressentent, ce qu'ils recherchent. Elle peut permettre d'adapter les réponses en fonction des données ajoutées dans le système, qui apprend au fur et à mesure et renvoie un feedback."

Le mouvement de mutation vers l'intelligence artificielle est selon lui inéluctable. "Maintenant, vous gérez votre compte bancaire sur votre mobile ou bien en ligne. Si vous pensez à la dernière fois que vous êtes allés dans une banque parler de vive voix avec un conseiller, c'est tellement loin que vous ne vous en souvenez probablement pas".

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