Christ'l Joris: exploratrice de mondes nouveaux

Christ'l Joris, présidente d'Agoria ©Lieven Van Assche

Le sport, l’industrie, les fédérations, le social, l’humanitaire. En Belgique, au Laos, au Mali. L’anthropologue Christ’l Joris, nouvelle présidente d’Agoria, cultive les expériences.

Coupe à la garçonne et lunettes rectangulaires pour cette quinquagénaire aux yeux de louve. Forme: éblouissante. Christ’l Joris est une sportive. Marathonienne à ses heures. "Jusqu’à présent, j’en ai couru six. J’espère faire mon septième cette année-ci. Je fais partie d’un club et j’essaie de choisir un marathon en automne, pour m’exercer en été. Je choisis de préférence des endroits agréables et des marathons ouverts au grand public. Car je ne suis pas la première… je suis plutôt à l’arrière. Mais quand des gens enthousiastes vous soutiennent, c’est agréable. Mon mari est mon plus fervent supporter: il me suit à côté du parcours, me tend une banane, crie pour que je continue… Quand nous sommes à la mer, il me conduit en France ou à Ostende. La plupart du temps, je cours seule, mais parfois il m’accompagne à vélo et m’attend avec de l’eau aux endroits stratégiques... Je trouve que c’est la responsabilité de chacun que d’entretenir sa condition physique. Je ne dis pas que j’ai toujours vécu de manière très saine, mais j’essaie de me tenir en condition!"

Christ’l Joris nous reçoit dans son appartement à la mer à Oostduinkerke, près de Coxyde. Pleine vue sur les dunes et les vagues. "La mer me relaxe. J’adore l’été, mais je préfère encore l’hiver. La vue de la mer change tout le temps. Je pourrais passer des heures à la regarder. J’aime beaucoup, quand on est à l’intérieur avec la porte entrouverte, entendre le bruit des enfants qui jouent…"

Lohengrin ou la révélation

Christ’l Joris, mère de trois enfants, nourrit une autre passion: l’opéra. "Je n’y connais rien, mais j’adore. Je me laisse prendre par la musique et les grands drames qui se jouent sur scène. J’ai une grande admiration pour ces chanteurs, pour la maîtrise qu’ils ont de leur voix. C’est à chaque fois un grand cadeau pour moi que d’y aller." Le premier opéra qu’elle a vu: : Lohengrin, en trois actes, de Richard Wagner. "Je l’ai vu à Hambourg avec mon mari. C’était un premier janvier, il n’y avait rien à faire. J’étais enceinte de 6 ou 7 mois. Nous avons eu des places très bon marché. L’un de nous était derrière un pilier, il fallait alterner. Tout le monde était habillé de manière très formelle. L’opéra durait cinq heures, mais cela ne nous a pas effrayés. Le deuxième opéra que j’ai vu, c’était à Rome: ‘I Puritani’, de Bellini. Ca m’a plu et à partir de là, on était parti!"

De langue maternelle flamande, Christ’l Joris parle couramment l’italien. Elle l’a appris au cours de son doctorat en anthropologie sociale et culturelle. Elle participait sous la houlette d’un professeur à une recherche visant à l’amélioration de l’intégration des immigrés par une meilleure connaissance des populations, chez elles et en Belgique. La population de Christ’l Joris: "les femmes siciliennes en Belgique et en Sicile".

Outre l’italien, elle parle également le français, l’anglais et… l’afrikaans, autre héritage d’une expérience insolite. Elle a passé un an en Afrique du sud, entre le début et la fin de sa rhéto en Belgique. Elle est partie par l’entremise d’AFS qui lançait ce programme pour la première fois. "L’afrikaans est proche du néerlandais mais avec des sons différents. Ce que j’apprécie maintenant, plus qu’à l’époque, c’est qu’ils cherchent toujours un terme spécifique. C’est une langue qui se modernise très vite. La grammaire est très simple. Ils ont des mots très créatifs et descriptifs… J’étais dans une famille anglophone du village de Empangeni. À l’époque, les Afrikaners étaient vus comme des gens très conservateurs, moins modernes que les anglophones et j’ai " collé " cette image à la langue. Je ne crois pas que le stéréotype pour la langue soit encore valable."

Le rêve indien

Ce voyage a sans doute renforcé la curiosité de Christ’l Joris pour les autres cultures. Mais la révélation a peut-être eu lieu plus tôt encore. Quand elle avait sept ans, son père, fondateur de l’entreprise familiale ETAP, est parti en Inde à la demande de son associé, en vue de créer de l’emploi là-bas. "Il est revenu avec un film. Pour moi c’était incroyable. Les couleurs… la pauvreté aussi, mais surtout les couleurs… et toutes ces différences par rapport à la Belgique. Et quand j’avais dix ans, un jeune ingénieur indien, en stage chez chez ETAP, est venu vivre chez nous pendant quelques temps . C’est à ce moment-là que j’ai décidé d’aller en Inde un jour."

Ce rêve d’enfant, elle le réalise plus tard, à 36 ans, sac au dos, lors d’un voyage d’un mois avec une amie. Entre-temps, sa vocation s’est affirmée: elle fera l’anthropologie, en commençant par une licence en psychologie à la KUL. "L’anthropologie n’existait pas en tant que licence à l’époque. C’était un post-graduat, logé dans la faculté de psychologie. Mais c’était mon but depuis le début. Je voulais étudier tout ce qui pour moi représentait l’inconnu. J’étais surtout attirée par l’aspect social de l’homme."

Cet intérêt pour la découverte est resté son moteur. "Quand je regarde ma carrière, je vois que je suis attirée par la variation dans le travail. Je n’étais pas faite pour une carrière scientifique où il faut sans relâche approfondir le même sujet." Après son doctorat en 1989, elle travaille pour la Fondation Roi Baudouin sur des programmes économiques et environnementaux, avant de rejoindre à temps plein l’entreprise familiale, en 1994. "J’adorais le travail à la Fondation. J’ai appris beaucoup de choses, j’ai découvert un monde et connu des personnes que je n’aurais pas connues à partir de l’usine de Malle. Mais j’ai fait sans regret le pas vers le monde de l’industrie que je trouve fascinant. Car c’est une entreprise socialement très responsable et je retrouve le même plaisir, la même fierté de faire quelque chose d’important."

La fibre sociale

Ainsi, celle qui est aujourd’hui présidente du conseil d’administration d’Etap, mais aussi de Flanders Investment & Trade, d’Agoria et de la Croix-Rouge de Flandre, est également à la tête de la Fondation Gillès, créée par les fondateurs d’ETAP. But de la Fondation: soutenir des projets économiques à petite échelle dans des pays en voie de développement, en collaboration avec des ONG belges, indiennes ou africaines. Parmi ses projets: une pépinière d’œillets au Chili, des projets de micro-crédit au Congo ou au Laos, une filature de coton biologique au Mali…

La fondation est la raison principale des derniers voyages de Christ’l Joris. "Ce qui me plaît, c’est de voyager avec un but. On a bien sûr fait des voyages touristiques avec les enfants, mais j’aime visiter les projets que l’on a sur place, pour mieux comprendre ce qu’ils font." C’est l’occasion d’observer encore… "Le peuple laotien m’a impressionnée par sa douceur et sa gentillesse. Les gens m’ont semblé prêts à oublier un passé de guerre, où ils ont pourtant perdu la moitié de la famille. Au Congo, les gens m’ont impressionnée par leur joie de vivre et leur dynamisme malgré les circonstances terribles. Ils ne m’ont pas semblé fatalistes ou soumis: ils tiennent des discours politiques tout le temps." Le prochain voyage? "J’espère pouvoir aller visiter le projet que nous soutenons au Mali…"

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