Google et Apple inquiétés pour "cartel à l'embauche"

Lunch en terrasse chez Google, à Mountain View. ©BLOOMBERG NEWS

Une juge californienne vient de rejeter l’arrangement conclu entre des milliers d’anciens membres du personnel et plusieurs sociétés technologiques, dont Google et Apple. Les géants de la Silicon Valley auraient formé un "cartel de l’embauche" pendant des années.

Pour Lucy Koh — juge à San Jose dans l’État de Californie — la somme de 324,5 millions de dollars proposée par Google, Apple et les autres sociétés technologiques impliquées pour éviter de se retrouver devant le tribunal, est insuffisante. Ces entreprises doivent répondre d’accusations de cartel en matière de rémunération et de recrutement.

 

 

Koh a rejeté la proposition d’arrangement conclue entre les géants technologiques et un groupe d’employés lésés. Si les entreprises n’augmentent pas sensiblement le montant, elles devront faire face à un procès qui ne manquera pas de révéler de manière peu flatteuse la cuisine interne des entreprises technologiques les plus en vue.

L’affaire porte sur une suspicion d’accord sur les salaires que les plus grandes entreprises de la Silicon Valley auraient respecté pendant ces dix dernières années. Apple (qui était encore dirigé à l’époque par son fondateur Steve Jobs — décédé en 2011), Google, Adobe et Intel auraient, pendant des années, fonctionné dans le cadre d’une entente où elles s’engageaient à ne pas débaucher des ingénieurs chez les autres, évitant ainsi de se faire concurrence en matière de salaires.

Les 64.000 anciens employés lésés qui se sont regroupés au sein d’une "class action" (recours collectif) s’estiment collectivement lésés à hauteur de 9 milliards de dollars. En mai dernier, l’accord amiable avait failli capoter, mais les parties étaient arrivées de justesse à un accord.

"La cour estime que le montant proposé après trois ans se situe sous la limite du raisonnable", a expliqué Koh dans sa motivation. Le montant devrait approcher les 4.000 dollars par employé faisant partie du recours collectif. "Il existe suffisamment de preuves quant à l’existence d’une entente entre les entreprises citées." Koh laisse également entendre que les entreprises visées risquaient gros en termes de réputation et étaient en train d’évaluer le paiement d’un éventuel dédommagement de 9 milliards de dollars.

E-mails compromettants

Lucy Koh (45 ans) a été nommée par le président Barack Obama et bénéficie d’un statut particulier dans la Silicon Valley en raison de sa grande influence sur les entreprises de technologie les plus puissantes de notre temps.

C’est aussi elle qui a dû départager Apple et Samsung lors de leur affrontement juridique historique en matière de licences pour smartphones. Elle a tranché en faveur de la société coréenne, accusée par Apple d’avoir copié la technologie de l’iPhone.

• Preuve du cartel. Parmi les preuves de l’existence du "cartel de l’embauche", on trouve un échange d’e-mails entre Steve Jobs et l’ancien CEO (et actuel président) de Google — Eric Schmidt — où ce dernier promet de licencier immédiatement un de ses employés parce qu’il a essayé de débaucher un collaborateur d’Apple. Jobs a répondu à ce mail par un "smiley". Au cours de cette période — soit entre 2006 et 2009 — Schmidt était par ailleurs membre du conseil d’administration d’Apple.

Après que Steve Jobs s'était plaint — plus ou moins à la même époque — auprès de Sergey Brin, le co-fondateur de Google, que sa société était en train de recruter chez Apple, le mémo suivant a circulé au sein du service du personnel de Apple:  

• "Vous êtes prié d’ajouter Google à notre liste d’entreprises auprès desquelles nous ne débauchons pas. Nous venons de conclure un accord par lequel nous nous engageons à ne pas recruter les uns chez les autres. En conséquence, si vous entendez que quelqu’un essaie de débaucher notre personnel, signalez-le. Faites aussi en sorte de garantir la réciprocité."

Lorsque, en 2005, Google est à nouveau allé chasser quelques ingénieurs sur les terres d’Apple, Jobs a répliqué: "Si vous nous piquez encore une seule personne, ce sera la guerre."

Dans son jugement, Koh pointe Steve Jobs — le fondateur emblématique d’Apple — comme personne clé de l’entente. Les e-mails que la justice a pu rassembler montrent clairement que les autres entreprises rechignaient à marcher sur les pieds de Jobs. L’influence potentiellement négative d’un procès sur l’image de l’entrepreneur vénéré, suscite de vives passions. Ainsi, les entreprises concernées auraient demandé d’éviter autant que possible de fournir des preuves, afin de conserver intacte la réputation de Jobs et "lui éviter un outrage".

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