Publicité

"Je sais… C'est complètement fou!"

Jeremy Le Van: "Les applications intégrées d’agenda sont une véritable catastrophe. Nous avons estimé qu’il fallait faire quelque chose…" ©Mari Sheibley

Il y a deux ans, le jeune Bruxellois Jeremy Le Van quittait son job à New York pour lancer sa propre app-agenda avec un collègue. La semaine dernière, Microsoft a mis "près de 100 millions de dollars" sur la table pour acquérir Sunrise. La rapidité avec laquelle Sunrise est devenue une cible pour Microsoft est impressionnante...

Les bureaux de Sunrise, sur Broadway à Manhattan, disposent de ce que toute start-up respectable se doit d’avoir: une table de ping-pong, quelques drones-jouets sur les appuis de fenêtres, une machine à café. Et bien entendu, beaucoup de lumière, et de gigantesques terminaux Apple sur la dizaine de bureaux. Il n’a guère fallu plus pour créer l’application, devenue un véritable "hype" dans une niche spécifique: celle des apps-agendas pour smartphones. Et qui a réussi à charmer rien moins que le géant Microsoft.

Jeremy Le Van, cofondateur de Sunrise – qui a quitté Bruxelles pour New York – est déjà au bureau depuis longtemps au moment où nous le rencontrons un mardi matin. Un peu avant qu’il prenne l’avion pour la Belgique. Pour souffler un peu. "C’est une espèce de retour aux sources, dans la famille et chez les amis. Ces derniers temps ont été assez – euh chargés."

La rapidité avec laquelle Sunrise est devenue une cible pour Microsoft est impressionnante. La création de Sunrise date d’à peine deux ans, lorsque Le Van et son partenaire français Pierre Valade décident de faire le pas.

100 millions de dollars
Le prix estimé du rachat de Sunrise, une start-up de 12 personnes ayant créé une app ne générant ni profit ni chiffre d’affaires...

Les chiffres donnent le tournis. Le montant précis de la reprise n’a pas été communiqué publiquement, mais Le Van confirme le communiqué du site spécialisé TechCrunch, qui mentionne une somme tournant "aux alentours de 100 millions de dollars". Et ce, pour une start-up de 12 personnes ayant créé une app (plus la version desktop) ne générant ni profit ni chiffre d’affaires. Mais qui compte déjà 3 millions d’utilisateurs. "Nous avons réalisé cette acquisition parce que nous croyons qu’il est grand temps que la manière dont les gens utilisent les agendas sur leurs appareils mobiles soit réinventée", a fait savoir Microsoft dans un bref message publié sur son blog.

The best calendar app for iPhone

Le Van et Valade travaillaient tous deux à New York en tant que designers pour Foursquare – la célèbre app qui permet de rechercher et de découvrir de nouveaux lieux – lorsqu’ils ont eu l’idée de créer une app-agenda.

"Sur les smartphones, les nouvelles apps prenaient la place des apps standard: Instagram pour les photos, WhatsApp pour les SMS, LinkedIn au lieu du carnet d’adresses, etc. Pour l’agenda, il n’y avait pas encore de remplaçant, alors que l’app intégrée dans l’iPhone et sur les appareils Android est une véritable catastrophe." " Dès le premier jour, nous avons eu un nombre incroyable de téléchargements. Sans faire de relations publiques ou de marketing. Les critiques ont fait leur travail. Nous avons tout de suite compris qu’il y avait là un grand potentiel", explique Le Van.

Sunrise a rapidement vu le jour. Les médias comme The Verge, TechCrunch et tout récemment The New York Times, ont cité l’app comme étant la meilleure de sa catégorie. "Un agenda est peut-être moins sexy qu’un réseau social, comme Snapchat. Malgré tout, nous voulions transformer ce machin gris et utilitaire en un outil sexy, pour les activités professionnelles comme privées." La solide réputation et la croissance vertigineuse du nombre d’utilisateurs de l’app n’ont pas échappé aux investisseurs, qui ont injecté 8,2 millions de dollars au cours de deux levées de capitaux.

Nadella? "Nous l’avons rencontré en personne. Great guy. Très relax."
Jeremy Le van

 

Et c’est là que Microsoft est venu frapper à la porte.
Nous avons reçu des offres de reprise dès le début, mais nous avons estimé que Microsoft était un partenaire logique. Ils nous ont contactés à la fin de l’an dernier. Nous avons beaucoup discuté pour savoir si nos visions concordaient et c’est ce qui est ressorti des discussions. Certains se demandent pourquoi nous n’avons pas signé avec Apple ou Google, mais je pense qu’il est important de prendre en compte le cœur de métier de votre repreneur. Pour Apple, c’est le hardware, pour Google la publicité en ligne. Tandis que Microsoft est une entreprise qui produit depuis des années des logiciels destinés à augmenter la productivité des utilisateurs. Et cela correspond à ce que nous faisons.

Est-ce que l’offre était de celles qui ne se refusent pas?
Euh, d’une certaine façon, oui (rire). Même si nous n’étions pas obligés de vendre. Je suis content du résultat, mais je suis aussi heureux que ce ne soit pas la fin de Sunrise. Le produit continuera à exister dans sa forme actuelle. Cette garantie était importante pour nous. Et nous avons pensé: let’s do it. Je peux comprendre que certains refusent, malgré les montants extravagants, comme Snapchat qui a rejeté une offre de 3 milliards de dollars de Google. Dans leur cas, le risque de perdre leur indépendance était réel.

"Nous ne nous sommes jamais posé la question de la valeur de Sunrise. Jusqu’à ce que nous recevions l’e-mail de Microsoft…"
Jeremy Le Van
Cofondateur de Sunrise

Saviez-vous que Sunrise valait autant d’argent?
Non, nous ne nous sommes jamais posé la question. Jusqu’à ce que nous recevions l’e-mail de Microsoft (rires). En dehors de l’argent, c’est un sentiment très agréable de voir qu’une société de ce calibre souhaite investir dans quelque chose que vous avez créé. C’est déjà fantastique quand vous parlez avec quelqu’un et qu’il vous dit. "Sunrise a changé ma vie!".

À qui avez-vous demandé conseil?
À nos investisseurs, car ils y ont également beaucoup d’intérêt, bien entendu. Et à quelques amis. Et avec Pierre nous en avons discuté autour de quelques bières. C’est une décision importante, et nous y sommes allés très prudemment. Il faut un certain temps pour digérer une telle offre. Un jour vous pensez qu’il faut dire oui, et le lendemain, qu’il faut refuser. Nous avons eu besoin de plusieurs semaines pour arriver à une position commune.

À 30 ans, vous êtes devenu d’un coup multimillionnaire.
Oui, nous vivons dans un monde un peu fou. Je ne vais pas cacher le fait que je suis très reconnaissant et que je considère que c’est une étape très importante. Mais dans notre secteur, les valorisations sont en effet assez dingues. Pierre et moi n’avons jamais eu les dents longues. Nous n’avons jamais pressé Sunrise jusqu’à la dernière goutte pour gagner plus, et nous n’avons jamais refusé de céder une partie de notre entreprise aux investisseurs. Sinon, vous ne vous occupez plus de votre produit, mais de la valeur que peut prendre votre entreprise. C’est un piège.

Du jour au lendemain, vous voyez le monde d’une manière totalement différente?
Rien n’a changé. J’habite ici avec mon amie, et nous continuerons à vivre ici. Elle essaie de lancer sa propre entreprise de design de mobilier. C’est un bon équilibre. Et rien ne va changer. Ce n’est pas mon style de courir pour m’acheter une Ferrari ou d’aller boire du champagne sur un yacht.

Savez-vous ce que vous allez faire de votre argent?
Je n’ai pas encore de projets concrets. Je vais d’abord laisser décanter les choses. Je suis tout à fait ouvert pour aider d’autres entrepreneurs. C’est le propre de l’industrie tech que les entrepreneurs soient prêts à aider en retour. C’est ainsi que Sunrise est devenue grande. Mais je suis très exigeant.

Il semble que Microsoft ait adopté un nouveau style sous la direction du nouveau CEO Satya Nadella.
Je pense que Microsoft a compris qu’il ne pouvait pas remporter la bataille du hardware mobile avec Windows Phone, mais qu’il pouvait gagner en attirant chez lui les meilleures apps, même si elles sont meilleures que leurs propres produits. Je trouve que c’est très malin, et je suis heureux d’en faire partie. Tout comme Apple et Google, Microsoft veut créer son propre écosystème.

Avez-vous discuté en direct avec Nadella?
Oui, nous l’avons rencontré en personne. Great guy. Très relax.

À quoi ressemble l’avenir de Sunrise?
La smartwatch ouvre de nouvelles opportunités. Mais nous voulons aussi continuer à développer l’app actuelle et sa version desktop. Nous pouvons encore augmenter la productivité, par exemple en supprimant les e-mails et en ajoutant la possibilité d’envoyer des invitations à des rendez-vous directement dans l’app. Les e-mails sont populaires parce qu’ils sont un moyen de communication très simple. Mais nous voyons notre agenda davantage comme "l’inbox" du futur. Selon l’endroit où vous vous trouvez, il est possible d’intégrer par exemple le programme d’un cinéma dans votre agenda, ou les heures d’ouverture du MoMA. Pendant la coupe du monde de football, les utilisateurs ont pu télécharger la grille des matches sur Sunrise, et obtenir les scores en direct. Ça a remporté un succès fou. Nous avons encore de nombreux projets…

Pierre Valade et Jeremy Le Van. ©Mari Sheibley

[Suivez Roel Verrycken sur Twitter en cliquant ici]

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés