interview

Cinq offres différentes de Telenet n'ont pas convaincu Nethys

©Jonas Lampens

Le patron de Telenet revient sur sa tentative ratée de racheter VOO. Selon lui, son offre était pourtant au moins aussi bonne que celle de Providence.

John Porter vide son sac. Habituellement discret dans la presse, le patron américain de Telenet était d’humeur bavarde ce vendredi après-midi. Il fallait que cela sorte. Intéressé depuis des mois par un rachat de son concurrent liégeois VOO, le patron a mal digéré la tournure des événements et voit son offre refoulée au profit de celle de Providence, un fonds d’investissement américain, spécialisé dans le rachat (et la vente) d’acteurs du secteur.

Ce qui chipote John Porter, c’est la manière dont cela s’est fait. Aucune véritable chance n’aurait été donnée à Telenet, le tout dans un processus flou. L’argumentaire est préparé et les documents appuient ses propos. Le patron commence son exposé par une ligne du temps et un retour en arrière. La première marque d’intérêt du groupe flamand pour son concurrent du sud date d’avril 2018. À l’époque, la réponse à la première offre de Telenet tient dans un mail de quelques lignes: merci pour la proposition, Mr Porter, mais VOO n’est pas à vendre.

Un an plus tard, l’acteur flamand revient à la charge et il est désormais question d’encadrer un peu plus officiellement la démarche. "Le 10 avril, nous avons envoyé une proposition d’accord de confidentialité (NDA) reprenant notre offre. Les négociations sur ce NDA ont ensuite duré plus de trois semaines." Du jamais vu pour un tel accord, explique-t-on du côté de Telenet. Les deux groupes se mettent finalement d‘accord sur toutes les clauses du NDA à l’exception d’une, la 19, portant sur un point précis. "Ils souhaitaient que nous renoncions à notre droit de recours." Telenet ne cède pas. Nethys non plus. L’accord de confidentialité n’est finalement pas signé. "Le 16 mai, nous avons néanmoins remis notre offre, sans NDA, pour montrer une nouvelle fois notre intérêt." Quatre jours plus tard, Nethys avait signé avec Providence.

Au moins 1 milliard sur la table

Si John Porter est déçu, c’est parce qu’il est convaincu que sa proposition d’achat était en béton. Pour le prouver, il sort les documents détaillant son offre. Pour obtenir VOO, le groupe est prêt à mettre entre 1 et 1,3 milliard d’euros sur la table. Outre le montant, l’opérateur télécom ajoute plusieurs conditions afin de se rendre le plus convaincant possible. "Nous avons proposé un investissement de 300 millions d’euros pour améliorer la vitesse sur le réseau et la rendre comparable à celle de la fibre optique. Nous avons également posé des garanties sur l’emploi et sur notre volonté de laisser le centre de décision à Liège. Une enveloppe de 50 millions était également prévue pour une utilisation ‘à la discrétion de Nethys’", énumère le dirigeant.

"Une enveloppe de 50 millions était également prévue pour une utilisation à la discrétion de Nethys."
John Porter
CEO de Telenet

Réservée à une utilisation confidentielle par le management? John Porter rigole. "Nous n’avons rien promis à Stéphane Moreau. Nous avons émis cinq propositions pour utiliser cet investissement supplémentaire." Soutien aux start-ups, amélioration de la connectivité des PME ou lutte contre les zones blanches sont quelques-unes des idées imaginées par le groupe flamand.

L’offre de Telenet comprenait également plusieurs scénarios de reprise différents. "L’idée était de montrer que nous étions flexibles", glisse-t-on du côté de Telenet. Un rachat complet, une prise d’action majoritaire de 51% mais aussi d’éventuelles coentreprises étaient possibles. De même qu’une location d’infrastructure, après rachat des activités, permettant au réseau de rester liégeois ou l’entrée d’un fonds supplémentaire.

"Nous sommes effectivement un acteur flamand, mais surtout belge avec une vision internationale."
John Porter

Insuffisant visiblement. Le CEO est pourtant certain que son offre était au moins aussi bonne que celle du concurrent choisi et ne comprend pas le manque de considération. L’argument qui suit joue la carte de la proximité et la connaissance du marché face au fonds américain dont le seul objectif est le retour sur investissement. "Nous avons quarante ans d’expérience dans les télécoms. Avec Base (racheté par Telenet il y a quatre ans, NDLR), nous avons déjà une expérience du marché francophone. Nous accroissons notre activité à Bruxelles, nous avons des centaines de travailleurs francophones et une connaissance du marché. Nous sommes effectivement un acteur flamand, mais surtout belge avec une vision internationale."

Le patron va même jusqu’à parler de l’utilité de son offre pour la concurrence sur le marché. "Aujourd’hui, en Wallonie, Proximus a 75% du marché tandis que VOO détient le reste. En Flandre, c’est l’inverse, avec Proximus qui est minoritaire. En reprenant VOO, nous pouvions devenir un vrai concurrent national et challenger de Proximus", lance encore le patron.

Toujours intéressé par Brutélé

"Comme nous attendons encore une réponse, nous n’allons pas dévoiler le contenu ni le montant exact."
John Porter

Il n’en sera donc finalement rien. Du moins pour Nethys. En parallèle, Telenet a toujours une offre pour Brutélé pour laquelle l’opérateur télécom attend encore un retour. Le patron est ici beaucoup plus discret. "Comme nous attendons encore une réponse, nous n’allons pas dévoiler le contenu ni le montant exact. Mais avec ces récentes actualités, on ne s’attend pas à une réponse tout de suite", glisse John Porter. L’offre d’Enodia en mai dernier pour un tel rachat était de 250 millions d’euros, avait appris L’Echo. "Notre offre est au moins à ce niveau", se contente de répondre Telenet.

En attendant une réponse sur ce dossier, le patron semble bien coupé dans son élan. John Porter n’a aujourd’hui plus de contact avec Nethys. "Avant leur décision, nous nous sommes vus plusieurs fois avec M. Moreau dans son bureau à Bruxelles. Il avait à chaque fois une petite demi-heure de retard", sourit John Porter. Pas de frustrations personnelles pour autant. "J’ai appris avec l’expérience à ne pas lier cela à des sentiments. Puis il y aura toujours des possibilités ailleurs."

John Porter ©Jonas Lampens

Le patron ne compte d’ailleurs pas intenter la moindre action. "Je ne crois pas que ce soit notre rôle, mais nous veillerons à ce que les démarches à faire pour obtenir plus de clarté sur cette situation soient effectivement réalisées par les acteurs responsables. Mais nous nous réservons évidemment la possibilité d’entreprendre des démarches si cela s’avère nécessaire."

La porte du rachat semblant bien fermée, que va-t-il faire désormais de ses ambitions de croissance au sud du pays? Se lancer seul, de zéro, n’est pas réaliste. "Nous réfléchissons. Le développement international et au nord (aux Pays-Bas, NDLR) sont des possibilités, mais il est certain qu’on ne peut pas espérer pour la Belgique les mêmes résultats que si nous avions pu reprendre VOO", conclut John Porter.

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