Huawei passée au crible par la Belgique

Visite du Roi Philippe, de Dominique Leroy (Proximus) , de Rudi Vervoort (ministre-président de la Région bruxelloise) et Didier Reynders, BVice premier, dans les quartiers d'Huawei en 2015. L'entreprise chinoise pourrait carrément être bannie de notre pays. ©BELGA

Le fournisseur d’infrastructure de réseau chinois est sur la sellette un peu partout dans le monde. En Belgique, le Centre pour la cybersécurité envisage d’interdire toute activité à ce fournisseur de Proximus et Orange Belgium.

La Belgique se met elle aussi à examiner l'entreprise télécom chinoise Huawei de près. Pourquoi? Les autorités canadiennes ont arrêté le 1er décembre à Vancouver Meng Wanzhou, directrice financière de Huawei, géant chinois des réseaux et de la téléphonie mobile, à la demande des États-Unis, dans la cadre de soupçons de violations des sanctions commerciales à l’encontre de l’Iran. L’information a été diffusée mercredi, tard dans la soirée.

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Il s’agit du point culminant provisoire d’une campagne en cours contre la multinationale créée il y a 31 ans par Ren Zhengfei, ancien officier de l’armée chinoise et père de l’intéressée. De plus en plus de pays se montrent critiques envers les appareils de Huawei. C’est que la 5G, plus encore que les technologies de générations antérieures d’internet ultrarapides, est une infrastructure particulièrement critique, dans la mesure où elle reliera des milliards de terminaux, de machines et de voitures.

Espionnage?

Les Américains ont été les premiers à mettre Huawei à la porte, il y a déjà sept ans sous la présidence de Barack Obama. Les Chinois voulaient alors reprendre 3Leaf Systems, petit producteur américain de logiciel réseau. Par la suite, des opérateurs mobiles comme AT & T, la NASA et le ministère de la Justice et du Commerce ont reçu l’interdiction de s’associer avec les entreprises chinoises.

Dans l’intervalle, l’Australie et la Nouvelle-Zélande ont elles aussi pris leurs distances avec le fournisseur de télécom chinois, arguant que l’État et l’armée de l’Empire du milieu auraient la possibilité de les espionner via leurs réseaux. Ce qui n’a pas encore été prouvé à ce jour.

Dès lors qu’on a le contrôle, on peut tout faire, par exemple détourner des messages ou insérer des logiciels dans les systèmes. Par ailleurs, les entreprises technologiques introduisent continuellement des mises à jour, ce qui fait qu’on peut intégrer une porte dérobée ou une vulnérabilité à tout moment.
Bart Preneel
professeur de cryptographie à la KU Leuven


Les experts ne comprennent pas davantage pourquoi ces pays ne prennent aucun risque, mais ajoutent aussitôt que les Chinois ne sont pas les seuls à pouvoir pratiquer l’espionnage. Les réseaux de télécommunication sont aujourd’hui comparables à des ordinateurs, selon Bart Preneel, professeur de cryptographie (méthode de sécurisation numérique) à la KU Leuven. "Dès lors qu’on a le contrôle, on peut tout faire, par exemple détourner des messages ou insérer des logiciels dans les systèmes. Par ailleurs, les entreprises technologiques introduisent continuellement des mises à jour, ce qui fait qu’on peut intégrer une porte dérobée ou une vulnérabilité à tout moment. Des entreprises américaines se sont déjà laissé prendre à ce jeu-là. Était-ce voulu ou non ? Allez savoir. "

Les Chinois ont leur réputation contre eux, relève Bart Preneel. Un de ses collaborateurs en visite en Chine a tout d’un coup retrouvé le disque dur de son PC à l’envers. " Ils ne s’embarrassent guère de scrupules et n’hésitent pas à s’introduire dans les chambres d’hôtel où à farfouiller dans les disques durs." Curieusement, Huawei a collaboré ces dernières années avec le service de sécurité britannique GCHQ sur la sécurité de ses routeurs. Le même service secret qui a mis sur écoute BICS, filiale de Proximus, jusqu’en 2013.

Huawei rassure

La filiale belge du géant chinois des réseaux et de la téléphonie mobile Huawei accueille avec confiance l'annonce d'une enquête du Centre pour la cybersécurité Belgique (CCB) à son encontre. "Nous n'avons rien à craindre. Nous travaillons parfaitement selon les réglementations, qui sont particulièrement strictes concernant les infrastructures de réseaux", déclare vendredi un porte-parole de l'entreprise. 

 "En soi, nous ne pouvons rien avoir contre une telle enquête," estime le porte-parole d'Huawei Belgique. "Il n'y a pas encore la moindre preuve que nous ayons fait quelque faute que ce soit. Nous sommes actifs dans plus de 140 pays et nous nous soumettons aux réglementations locales."

L'entreprise dénonce surtout un jeu politique. 

Les Britanniques, pas vraiment des enfants de chœur, sont donc parfaitement au courant de ce que Huawei prépare au niveau technologique. Le chef de l’agence de renseignement MI6, Alex Younger, a déclaré en début de semaine que le Royaume-Uni devait prendre une décision quant à suivre l’exemple américain ou australien. Et d’ajouter que la 5G permettait de suivre plus facilement la technologie de Huawei. Avertissement auquel les services secrets canadiens ont aussitôt fait écho. 

BT, ancien opérateur de télécommunication britannique, a décidé de supprimer Huawei du cœur de ses réseaux 3G et 4G dans les deux ans, ceci afin d’exclure grosso modo la technologie chinoise du cœur de son infrastructure. Selon le Financial Times, BT a également exclu les Chinois de ses appels d’offres destinés à fournir la technologie de son réseau 5G. Ce que Huawei dément cependant, elle qui a déjà déployé un réseau 5G pour BT à Londres. " Cet accord reste intact " selon Huawei.

Aux Pays-Bas, le gouvernement Rutte veille à ce que les Chinois ne retirent pas trop de pouvoir de l’installation d’un réseau 5G. Concernant le réseau 4G, Huawei est le fournisseur de KPN, leader du marché batave. Le gouvernement néerlandais travaille par ailleurs pour l’année prochaine à une stratégie en vue de se positionner envers les entreprises d’état chinoises intéressées par les start-ups technologiques des Pays-Bas.

En Belgique...

Nous avons récemment demandé, via des canaux nationaux et internationaux, des études objectives qui démontrent que l’utilisation de la technologie de Huawei comporte des risques.
Miguel De Bruycker
patron du CCB

En Belgique, Huawei fournit depuis dix ans déjà les stations de base des réseaux de Proximus et Orange Belgium. Telenet se procure ses appareils de réseau chez ZTE. La venue de 5G entraîne-t-elle un regard plus critique envers les acteurs chinois ? Non, selon les opérateurs. " Les exigences de sécurité sont de toute façon très strictes au moment de choisir un fournisseur. Par ailleurs, il n’existe aucune directive au niveau belge ou européen ou même de la sécurité de l’état quant à la provenance du fournisseur ", dit-on chez Orange Belgium.

Cette directive est cependant en bonne voie, apprend-on on au Centre pour la Cybersécurité Belgique (CCB). "Nous avons récemment demandé, via des canaux nationaux et internationaux, des études objectives qui démontrent que l’utilisation de la technologie de Huawei comporte des risques", explique Miguel De Bruycker, patron du CCB. "Nous avons pris des contacts au niveau académique, civil et officiel". le but est de mener une analyse propre et objective des risques. " Afin de d’émettre pour notre pays un avis étayé à propos de Huawei ", conclut Miguel De Bruycker. 

Telenet a déclaré mercredi, au cours de sa journée des investisseurs, qu’elle disposait d’un plan B dans l’éventualité où elle devrait se détourner de son fournisseur ZTE. Ce qui serait une bonne nouvelle pour les Finlandais de Nokia ou les Suédois d’Ericsson, principaux concurrents de ZTE et Huawei. Les deux acteurs nordiques dominaient encore le marché des réseaux il y a une dizaine d’années. La situation a changé lorsqu’en 2005 Huawei s’est associée à BT pour ensuite conquérir l’Europe depuis le Royaume-Uni, avec des produits meilleur marché. Ce qui explique pourquoi Nokia et Ericsson enregistrent actuellement des marges supérieures aux USA, marché dont les Chinois sont exclus.

Interrogé, le cabinet du ministre des Télécommunications Alexander De Croo (Open VLD) répond que nous ne devons pas seulement être vigilants envers les Chinois. " Il y a encore d’autres pays qui fournissent des technologies qui facilitent l’espionnage. À ce jour, il n’y a eu qu’un seul dossier d’espionnage clair. Il ne concernant pas des Chinois, mais des Britanniques " C’est du hacking qui a frappé Proximus qu’il est question. Alexander De Croo ajoute encore que Huawei n’est pas fournisseur de l’état. En 2016 et 2017, les service publics fédéraux de la Justice et de la Sécurité sociale ont cependant acheté 580 smartphones à l’entreprise.


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