Proximus, Telenet et Voo ont porté seuls l'arrivée du haut débit

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Dans le pays, les opérateurs télécoms ont fait cavalier seul dans le haut débit, à la différence de la France, où les aides d’État en la matière auront coûté 215 euros par citoyen en 15 ans. Une donne qui doit changer pour qu’ils puissent surfer, demain, sur la prochaine vague, à savoir celle du très haut débit, qui englobe la fibre optique notamment.

Une fois n’est pas coutume. L’État belge n’aura pas dû sortir le portefeuille pour permettre le déploiement des réseaux haut débit de Proximus, Voo, et Telenet. À la différence de la France, où 13,9 milliards d’euros auront été nécessaires à cet effet entre 2003 et 2018, soit 215 euros par habitant, ressort-il d’une récente étude du Centre on Regulation in Europe (Cerre).

Ce qui explique cette disparité? Deux éléments. D’abord, "la présence d’infrastructures existantes qui ont pu être transformées dans certains pays, comme en Belgique, où beaucoup de foyers ont historiquement un accès à internet et à la télé par le câble, explique Marc Bourreau, directeur académique au Cerre et professeur à Telecom ParisTech. Ce n’est pas le cas en France, où le réseau câblé n’est que peu développé et ne couvre donc pas une grande partie de la population." Ensuite, "en raison de géographies différentes, poursuit notre interlocuteur. En effet, vous avez des pays assez denses en termes de population, encore une fois, comme la Belgique, versus d’autres, comme la France, où la population est très éclatée en dehors des centres urbains, conduisant à de nombreuses zones blanches(zones du territoire non desservies par un réseau donné, NDLR) dans le déploiement des infrastructures de réseau haut débit."

13,9 milliards €
La France a sorti 13,9 milliards d’euros entre 2003 et 2018 pour une connexion plus rapide.


Résultat de ces deux facteurs, il a fallu sortir le chéquier dans certains pays européens comme pour l’Italie, qui a dû débourser quelque 8,6 milliards d’euros pour soutenir les opérateurs locaux dans leur expansion vers des connexions plus rapides, quand d’autres, comme l’Allemagne, ont, eux, dépensé 7,1 milliards.

Pour un pays plus similaire au nôtre, tel que les Pays-Bas, l’addition est, là, moins salée, les aides ayant atteint 25 millions d’euros.

Ambition européenne

Se pose dès lors une question de fond: ces investissements permettront-ils d’atteindre les objectifs européens en matière de haut débit, à savoir de 100% de foyers disposant d’une connexion de 30 Mbps au moins d’ici 2020 et de 100% de 100 Mbps d’ici 2025? Le soutien des États est-il suffisant?

La réponse est double. "Si l’on regarde le haut débit fixe (plus de 30 Mbps, NDLR), l’Europe est, de manière générale, en bonne position. Dans les dix pays leaders de l’OCDE, on retrouve neuf pays européens, la Belgique trustant par exemple la dixième position." Par contre, pour ce qui est des nouvelles technologies comme la fibre optique, soit le très haut débit (plus de 100 Mbps), "les données de l’OCDE donnent un taux de pénétration de plus 75% au Japon et en Corée, là où nous en sommes très loin en Europe. La France est à 12,5%, la Belgique à 0,4% et l’Allemagne à 2,3%". Un constat qui peut aussi être prolongé au niveau du haut débit mobile.

Une réalité qui s’explique par la bonne qualité des infrastructures actuelles, certes, mais qui n’empêche qu’à terme, si l’on en croit une nouvelle fois les données de l’OCDE pour 2024, "les leaders (en matière de connectivité, NDLR) seront alors le Japon, les Etats-Unis, l’Australie, la Corée et les pays du nord de l’Europe. Les pays européens seront, eux, bien en dessous de la moyenne d’application." La conclusion est donc simple: "Si l’on a bien performé par le passé, nous sommes aujourd’hui en retard."

Une donne face à laquelle "le secteur privé seul ne suffira pas", prévient Marc Bourreau. Pour parvenir à prendre le train en marche, les opérateurs devront compter sur un soutien public nettement plus marqué qu’aujourd’hui, estimé à 7 milliards par an en Europe. Car "à ce rythme-là, cela ne suffira pas", ce qui est "un peu contradictoire avec l’importance proclamée par les pouvoirs publics de ces investissements", conclut l’expert.

Évolution

1 humain sur 2 surfe désormais sur le net

C’est une première. Depuis fin d’année, plus de la moitié (51,2%) de la population mondiale, soit près de 4 milliards d’individus, utilise désormais internet, ressort-il du dernier rapport annuel de l’Union internationale des télécommunications (UIT), l’agence de l’ONU qui suit les évolutions d’un secteur dont les recettes (en recul) ont atteint 1.700 milliards de dollars en 2016, soit 2,3% du PIB mondial. Une performance rendue possible par une baisse généralisée des prix, côté mobile et fixe, mais avec son lot d’exceptions toutefois, comme en Afrique, où l’on trouve les prix du large bande fixe les moins abordables au monde en termes de revenu national brut.


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