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‘McQueen', le documentaire de mode de l'année

©ADeniau

Alexander McQueen a changé la donne de la mode britannique Aujourd’hui, il fait l’objet d’un documentaire. Voici pourquoi.

Génial et controversé, Alexander McQueen a disparu trop tôt. Il se suicide en pleine gloire. De son enfance dans l’est de Londres au Paris des ateliers Givenchy, ce documentaire retrace l’itinéraire d’un talent sans limites qui a créé un style où l’horreur le dispute à la beauté.

Un provocateur hypersensible

Dans la bande-annonce du documentaire, on voit un jeune Alexander Lee McQueen clamer “Tout l’argent était consacré au tissu”. Fils d’un chauffeur de taxi de l’est de Londres, il abandonne l’école secondaire et, sur les conseils de sa mère, va frapper à la porte des ateliers de Savile Row où il apprend le tailoring du plus haut niveau. À vingt ans, il a déjà travaillé dans divers ateliers et intègre le prestigieux Central Saint Martins College of Art and Design de Londres.

Les collections dramatiques du petit gars de l’est de Londres l’ont sacré McQueen, roi de la mode. ©FilmMagic

L’étonnement initial lié à son personnage se transforme en choc lorsqu’on découvre son travail de fin d’études: la collection de McQueen s’appelle ‘Jack The Ripper Stalks His Victims’ (Jack l’Éventreur traque ses victimes) et les vêtements victoriens fourmillent de références au sang et aux barbelés. Dès lors, il ne cessera de choquer: ‘Highland Rape’ (le viol des Highlands), sa collection hiver 1995 présente des modèles en tartan et en brocart lacérés à coup de couteau. Aussi belle que lugubre: ses magnifiques robes de bal rappellent des films d’horreur comme ‘Les oiseaux’ ou ‘Le silence des agneaux’.

Ses pantalons taille basse limite pubis, sont un incontournable de la mode ‘trash’ des années 90, un élément indissociable du Cool Britannia, comme on l’appelle à l’époque. Il est plus performer que créateur: les mannequins défilent avec des loups ou dansent des rituels masqués. Le top Kate Moss devient un hologramme et des robots peignent ses robes sur le catwalk. Et quand un incendie se déclare, les mannequins doivent continuer à défiler.

Plato’s Atlantis

©HO

À 27 ans, le jeune homme est appelé à diriger l’iconique maison Givenchy: il s’installe à Paris en 1996. Il a un talentueux atelier à sa disposition, un salaire astronomique et des fans dont Björk et Lady Gaga. Après son premier défilé parisien, McQueen accueille le public en authentique Eastender, une canette de bière à la main, ce qui n’est pas du goût du Tout-Paris. Il se transforme peu à peu en un créateur bronzé qui, de liposuccions en consommation de drogues, est de plus en plus mince.

"Lee était la mode, il la respirait", déclare sa sœur aînée Janet. "Même au sommet de sa carrière, il est resté un garçon sensible, craignant que les gens ne le ridiculisent." À Paris, le monde est à ses pieds, mais, c’est à Londres qu’il s’effondre: sa meilleure amie, Isabella Blow, rédactrice de mode excentrique au flair infaillible, se suicide en 2007. Rise and fall: McQueen est séropositif, il entend des voix, survit à plusieurs overdoses. De sa collection printemps 2010, le créateur, de plus en plus malheureux, déclarera qu’elle est sa dernière.

Sa mère était l’amour de la vie de McQueen. Quand elle est décédée, il ne lui a pas survécu. ©Dan Chung

Il tiendra parole: quand ‘Plato’s Atlantis’ et ses modèles reptiliens évoluant dans un monde aquatique est en boutique, sa mère décède. C’en est trop: son corps sans vie est retrouvé quelques jours plus tard chez lui.

Créateur de génie

"L’histoire de Lee est tellement plus importante que la mode", déclare le réalisateur Peter Ettedgui. "Il a repoussé les limites de ce que peut être la mode. Toutes les quelques décennies, un designer invente une nouvelle silhouette; Lee en a inventé trois. Un peu comme Mozart a transformé la symphonie ou Picasso a transformé l’art de son temps."

Trailer 'McQueen'

Le documentaire devait donner l’impression que McQueen était encore là pour apporter des nuances. Et si cela avait été le cas, il aurait probablement surtout aimé voir la réaction du public. Il avait déclaré, dans une interview: "Je ne veux pas qu’on ait l’impression d’avoir été à un brunch. Je veux que qu’on soit horrifié ou extatique. Si on ne ressort pas ému, c’est que je n’ai pas bien fait mon travail."

Dans le cadre de l’événement ‘We are fashion’ organisé par la plateforme de mode et de design MAD Brussels, le documentaire ‘McQueen’ sera projeté en avant-première le 28 octobre à Bozar à Bruxelles. www.bozar.be

En salles dès le 7 novembre 2018.

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