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Bienvenue chez la céramiste Delphine Bekaert dans les Pouilles

La maison et le jardin ont été aménagés par Delphine Bekaert et Jan Hoet Jr.. ©Helenio/Barbetta

Le toit s’était effondré, il y avait des gravats partout et seule la façade tenait encore debout. Cela n’a pas empêché la céramiste Delphine Bekaert de tomber amoureuse de cette ferme de la campagne de Serranova, dans les Pouilles. "La beauté réside dans une légère imperfection."

La céramiste Delphine Bekaert. ©Helenio Barbetta

Autrefois, la maison abritait une famille qui élevait des brebis pour faire du pecorino. Cependant, quand Delphine Bekaert a eu le coup de foudre pour cette bâtisse, elle tenait à peine debout. "C’était une ruine. La rénover n’a pas été une mince affaire." Peut-être, mais c’était la maison qu’elle cherchait depuis des mois. "Au départ, je vivais dans une construction neuve, à dix minutes d’ici, mais les jolis détails des vieilles maisons italiennes me manquaient."

Il y a huit ans, elle décide de quitter la Belgique. Avec son partenaire, Jan Hoet Jr., elle a fondé la Hoet Bekaert Gallery à Gand, une scène pour des artistes (alors) émergents tels que Matthieu Ronsse et Hannes Van Severen. "La décision de nous installer dans les Pouilles a été dictée par mon désir de rompre avec le monde trépidant de l’art", justifie la jeune femme.

"Je cherchais une nouvelle voie, qui me laisserait plus de temps pour faire ce que j’aime. Et c’est une réussite car, aujourd’hui, ma vie est totalement différente." Sa fille a aussi eu son mot à dire dans sa décision. "Lucy pouvait alterner l’école maternelle en Belgique et en Italie. Mais, à partir de la première primaire, il a fallu faire un choix." Va pour l’école italienne où Lucy fera sa rentrée en quatrième année.

©Helenio/Barbetta

Exercice complexe

La famille a choisi Serranova, un village perdu dans les oliviers au beau milieu de nulle part. Un lieu propice à la détente. Comme pour leur première maison, c’est Hoet Jr. qui a conçu le projet de transformation de la ferme: "C’était une ruine sans toit. Il a fallu tout refaire, de la charpente à l’intérieur. Jan et moi avons combiné nos idées. Il est vraiment génial, car il parvient toujours à trouver des solutions pour créer un maximum de lumière et d’espace."

©Helenio/Barbetta

Depuis la séparation du couple, mère et fille continuent à vivre dans la maison, qui, entretemps, est devenue un petit coin de paradis. Si certains éléments d’origine, comme les voûtes en berceau et les hauts plafonds, ont été conservés, le reste a été entièrement revu et corrigé. "J’aime les hauts plafonds, qui laissent davantage de place à la créativité!", pointe-t-elle.

"Il était donc important de les conserver. Pour le reste, la maison se compose uniquement des pièces indispensables. Nous autres Belges sommes habitués aux grandes maisons, mais j’en voulais une qui soit parfaitement adaptée l’échelle d’une mère et de sa fille. Et leurs amis!"

La maison se compose d’une grande cuisine avec salon, d’une pièce avec cheminée et télévision pour se détendre ou pour les invités, d’une salle de bain, d’une mezzanine et de deux chambres à coucher. Sans oublier l’impressionnant sous-sol, qui faisait partie de la construction d’origine en pierre.

©Helenio/Barbetta

"Les pièces du sous-sol sont vastes et rudimentaires", précise la Gantoise. "C’était les étables, ce qui explique leurs dimensions: le sous-sol, c’est quatre pièces en plus. La rénovation de ces caves a été un exercice complexe."

Bruxelles, Paris, New York

C’est dans ces caves que Delphine Bekaert a installé ses ateliers de céramique. Une passion qu’elle a d’abord exercée en tant que collectionneuse. "Un bon repas entre amis et en famille, c’est très important pour moi. Manger devant la télévision, je trouve ça horrible! Mieux vaut ne pas manger du tout dans ce cas."

Quatre chambres ont été aménagées dans le sous-sol de la maison. ©Helenio Barbetta

Ce style de repas “à l’ancienne” se doit d’avoir une table joliment dressée, sans objets en plastique ni vilaines casseroles. "Depuis mes études, à Bruxelles, je collectionne les assiettes, les services et les cruches ... Alors, un beau jour, il y a deux ans, après avoir acheté un four à céramique et quelques paquets d’argile, je me suis lancée.

Bien entendu, les cent premiers essais ont fini à poubelle. Et puis, peu à peu, j’ai appris à maîtriser la technique." Quand elle montre ce qu’elle fabrique à Pascale Delcor, directrice de la communication de la maison Hermès, alors en visite chez elle, elle est agréablement surprise. "Tu dois sortir de ta grotte, Delphine!" s’exclame-t-elle. Et voilà comment, en 2018, la céramiste présente sa première collection ‘Delfin’, à la Collectible Art Fair à Bruxelles.

Le fait que ses céramiques ne soient pas disponibles en boutique est un choix délibéré: "Je tiens à pouvoir travailler à mon rythme. De plus, en ce qui me concerne, le stock que demande un magasin n’est pas réaliste en termes de production." Elle souhaite d’ailleurs travailler davantage avec des restaurants, comme elle le fait avec Dish, dans le village d’Ostuni tout proche, qui sert déjà quelques-unes de ses préparations dans des assiettes ‘Delfin’.

Dans l’intervalle, les demandes affluent via Instagram. "Je ne peux réaliser qu’une ou deux grosses commandes par mois, mais je reçois quotidiennement des messages sur mon fil Instagram. Les commandes viennent aussi bien de Belgique que de Paris et New York."

L’art et le design sont indissociables chez la céramiste. Dans le placard, quelques céramiques Delfin. Au-dessus, une image de Ed Templeton. La photo de la cafetière est de Kris Martin. L’icône de Santa Lucia-vient d’une brocante d’Ostuni. Le polaroid est de Joris Van de Moortel. ©Helenio/Barbetta

Toutes les pièces qu’elle façonne sont uniques et d’une beauté ensorcelante, sans être jamais parfaites. En effet, la perfection, n’a jamais été l’intention de la céramiste: "Pour moi, a vraie beauté réside dans de légères imperfections."

Deux fours à céramique trônent dans son grand espace de travail, où se trouve tout ce dont elle a besoin pour façonner ces objets uniques et quotidiens, et où trois copines lui donnent un coup de main à l’occasion.

La lampe est signée Muller Van Severen. Le tableau à gauche de la fenêtre est de Graham Hudson et le petit format vient du Mexique. ©Helenio/Barbetta

Quant à son inspiration, elle la puise dans d’autres parties de la ferme. "Il m’arrive d’avoir besoin de plus de temps, d’être seule dans mon atelier pour organiser mes idées et réfléchir à mes créations. Mais, en fait, chaque pièce de ma maison ainsi que les alentours sont des endroits parfaits pour trouver l’inspiration."

Harmonie et sérénité

En plus d’être un atelier, sa maison est un lieu accueillant où tout le monde est le bienvenu. Tant la décoration et l’aménagement intérieur que le superbe jardin sont le fruit de la collaboration de la céramiste et de Hoet Jr., le tout devant former un ensemble cohérent et harmonieux. "Ma maison est toujours ouverte. Mes amis peuvent venir ici à tout moment pour profiter de l’atmosphère détendue et sereine", sourit la jeune femme.

Delphine Bekaert a présenté la collection ‘Delfin’ à la foire de design et d’art Collectible en 2018. ©Helenio/Barbetta

Bien sûr, cette maison porte les traces de son passé dans le monde de l’art. Outre de beaux objets design, il y a des œuvres d’art un peu partout, mélangées à des choses plus quotidiennes. Bref, c’est un intérieur raffiné, tout en restant très personnel et minimaliste. Et harmonieux. Ou, comme elle le dit elle-même: "Quand j’ai aménagé la maison, j’ai suivi mon intuition." Box19

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