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Andy Puddicombe, ex-moine bouddhiste et fondateur de Headspace

La série "Headspace Guide to Meditation" de Netflix est une déclinaison de l’application lancée par l’ex-moine bouddhiste Andy Puddicombe. ©Smallz & Raskind / Getty Images

Netflix a consacré une série à son application de méditation Headspace. Invitation à une rencontre zen avec l'ancien moine bouddhiste Andy Puddicombe.

"Mettez-vous à l’aise. Asseyez-vous ou allongez-vous et maintenez une légère concentration pour voir ce qui vous entoure." La voix apaisante d’Andy Puddicombe (48 ans) résonne dans le haut-parleur de mon laptop. Souriant, le cofondateur de l’application de méditation Headspace regarde la caméra Zoom depuis son studio de travail, dans sa nouvelle maison à Lisbonne. Cette interview ne commence pas par le traditionnel questionnaire: Puddicombe m’impose le silence avec une séance de méditation.

"Quand vous inspirez, sentez vos poumons se remplir d’air. À l’expiration, le corps relâche la tension et vos muscles se détendent." Ce qu’il démontre en expirant: "Pfff..." Le Britannique vêtu d’une chemise noire ouverte sur un T-shirt blanc. À l'arrière-plan, on aperçoit des plantes et un canapé en cuir devant un mur de briques. "Fermez les yeux en expirant et pesez sur l’assise de votre chaise. Profitez du sentiment de ne rien avoir à faire pour le moment."

Les chiffres les plus récents annoncent 65 millions d’utilisateurs de l'application Headspace dans 190 pays.

Cette séance est similaire à ce que les utilisateurs effectuent quotidiennement avec l’app Headspace, qui leur permet de choisir parmi des centaines de leçons de méditation guidées par la voix douce et chaleureuse d'Andy Puddicombe himself.

Ces leçons sont liées à des thèmes tels que l’anxiété, la gestion du stress, la concentration et le deuil. L’application est un succès: les chiffres les plus récents annoncent 65 millions d’utilisateurs dans 190 pays. Un nombre qui devrait augmenter depuis que Netflix a lancé la série "Headspace Guide to Meditation" au début du mois. Et "Headspace Guide to Sleep" suivra.

Headspace

Andy Puddicombe m’invite à me concentrer sur les mouvements de mon abdomen qui se gonfle et se dégonfle au rythme de ma respiration. Je suis distrait? Pas de problème: "N’essayez pas d’arrêter vos pensées, laissez-les aller et venir. Si vous vous éloignez, revenez aux mouvements abdominaux."

Au bout de quelques minutes, il est temps de relâcher la concentration: "Portez de nouveau votre attention sur votre poids sur l’assise de votre chaise ainsi que sur le contact de vos pieds avec le sol. Soyez attentif aux sons autour de vous et ouvrez lentement les yeux." Nous nous regardons: l’interview peut commencer.

Application de méditation

Headspace est principalement connue en tant qu’application de méditation, mais Andy Puddicombe préfère parler de plateforme pour une "vie en pleine conscience". Bill Gates et Gwyneth Paltrow comptent parmi ses fans. D’autres stars hollywoodiennes comme Jared Leto et Ryan Seacrest ont investi, quant à elles, dans Headspace.

"Avant, pour méditer il fallait aller dans un centre de méditation. Méditer via une application est une nouvelle façon de voir les choses."
Andy Puddicombe

L’application permet à ses utilisateurs d’avoir une vie plus consciente et plus détendue. Vous êtes stressé? Headspace vous aide à vous calmer. Vous souffrez d’insomnies? Headspace vous emmène au pays des songes au son de la mer. Vous éprouvez des difficultés à vous concentrer? Headspace vous offre de la musique pour aiguiser votre attention...

Headspace

Il n’y a pas si longtemps, les gens riaient, étaient mal à l’aise ou se moquaient de la méditation. Pourquoi est-elle désormais mieux acceptée?

Andy Puddicombe: Il y a dix ans, il était encore difficile de convaincre les gens de l’importance de la santé mentale. Les choses se sont mises à bouger suite à trois changements, dont l’accessibilité de la méditation.

Auparavant, quand vous vouliez apprendre à méditer, vous deviez chercher un centre de méditation. Souvent, ces centres s’inscrivaient dans une tradition religieuse ou culturelle, ce qui constituait un obstacle. Méditer via son smartphone est devenu une nouvelle façon de voir les choses. Dans le même temps, la méditation devient partie intégrante des traitements médicaux classiques.

Les personnes qui, dans le passé, étaient gênées de dire qu’elles méditaient déclarent aujourd’hui sans crainte: "Je médite et ça me fait du bien". Et puis il y a les réseaux sociaux. Les jeunes voient des musiciens, des sportifs et des artistes y parler de leurs problèmes de santé mentale et expliquer que la méditation les aide à mener une vie plus heureuse. La nouvelle génération se sent ainsi plus libre de parler de ces choses.

Nous vivons à l’ère des hypes. En est-il de même pour la méditation?

Pour beaucoup, la méditation est quelque chose de nouveau, mais elle ne disparaîtra pas si vite parce qu’il n’y a rien pour la remplacer. Les gens ont besoin de soigner leur esprit, mais il n’y aura jamais suffisamment de médecins et de thérapeutes. Nous devons donc chercher des solutions numériques pour étendre sa pratique.

Certains affirment que l’impact d’applications comme Headspace est surestimé...

Je ne peux rien dire de significatif sur les autres applications, car je ne les connais pas. Mais je voudrais attirer l’attention de ces personnes sur nos recherches. Une équipe de 30 personnes a achevé 26 études cliniques qui ont été évaluées et publiées. Et nous en avons encore 70 en cours, que nous menons en collaboration avec des partenaires universitaires tels que Harvard, Carnegie Mellon et Stanford, ainsi que le National Health Service britannique. J’espère que plus il y aura d’études publiées, plus les gens auront confiance en l’efficacité de la méditation.

Headspace

La pandémie a entraîné des confinements et une incertitude. Profitez-vous de cette situation?

J’ai des sentiments mitigés quant à l’explosion de nos chiffres. Les téléchargements ont doublé et notre branche commerciale (les employeurs peuvent souscrire au programme Headspace for Work pour leurs employés, NDLR) a augmenté de 500%. Pour l’entreprise, c’est formidable, mais il est difficile de s’en réjouir, vu la cause de cette croissance, car 2020 a été une année terrible: des gens ont perdu des êtres chers, ont été contaminés ou ont perdu leur emploi.

"On a besoin de soins pour l’esprit, mais il n’y aura jamais assez de médecins et de thérapeutes: il faut donc trouver des solutions numériques."
Andy Puddicombe
Fondateur Headspace

Qu’est-ce qui a changé pour qu’on éprouve aujourd’hui un tel besoin de méditation?

La méditation existe depuis plus de trois mille ans, et ce, pour de bonnes raisons. Les gens ont toujours été sujets à la dépression, à la colère et à la peur, mais ces émotions sont amplifiées par la quantité et l’intensité du travail, de l’information et de la technologie. Nous avons du mal à supporter tout ce bruit, cela nous encombre.

Le parcours d'Andy Puddicombe

Andy Puddicombe a vécu une succession de moments très difficiles lorsqu'il avait la vingtaine. Le Britannique (il est né à Londres, mais a grandi à Bristol) a perdu plusieurs amis simultanément, fauchés devant un pub par un conducteur ivre.

"J’ai eu de la chance de ne pas être touché, mais deux amis ont perdu la vie et douze personnes se sont retrouvées en soins intensifs", explique-t-il. Trois mois plus tard, il a dû surmonter un autre malheur: sa demi-sœur, qui roulait à vélo, a été fauchée par un homme qui s’était endormi au volant. Ensuite, une amie d’enfance est décédée lors d’une opération. "J’aurais aimé avoir alors la clarté d’esprit de me dire que je devais faire quelque chose de ma vie."

Andy Puddicombe, qui étudiait les sciences du sport, n’avait plus de but dans la vie, ne tirait plus aucune satisfaction de quoi que ce soit et fuyait ses émotions jusqu’à ce qu’il prenne une décision radicale: étudier la méditation. À 22 ans, il quitte l’université pour devenir moine dans un monastère de l’Himalaya.

Quelles étaient vos émotions dominantes à l’époque?

Je voulais échapper à mes frustrations et à mes angoisses, alors qu’il est naïf de penser qu’on puisse fuir ses pensées et ses sentiments. On veut s’en débarrasser et donc, on cherche un dérivatif. Dans un monastère, il n’y en a pas. Ce fut un choc, mais aussi comme une sorte de lune de miel, car on n’a rien à faire. C’est attrayant pendant deux semaines, mais on se demande ensuite: qu’est-ce que cela signifie?

J’ai passé beaucoup de temps avec moi-même et c’était confrontant, mais, sans le monastère, je n’aurais jamais appris à me connaître. Il est tentant de se laisser emporter et piéger par un événement. Avec le recul, ce fut une période incroyablement utile et enrichissante. Je la considère comme un tournant dans ma vie.

"La plus grande leçon, c’est que ce n’est ni l’endroit où vous êtes ni ce que vous faites qui importe, mais que, à tout moment, vous pouvez appliquer la pleine conscience."
Andy Puddicombe

Des années plus tard, vous avez été ordonné moine bouddhiste, puis vous avez lancé Headspace. Qu’est-ce que cela vous a appris?

La plus grande leçon, c’est que ce n’est ni l’endroit où vous êtes ni ce que vous faites qui importe, mais que, à tout moment, vous pouvez appliquer la pleine conscience (vivre consciemment dans le présent, NDLR). La pleine conscience est ma meilleure amie. Au cours de ces dix dernières années, beaucoup de choses se sont passées.

J’ai rencontré mon épouse avec qui j’ai eu deux fils. Sur le plan pratique, j’ai appris des mots qui n’auraient jamais fait partie de mon vocabulaire, et nous nous sommes installés aux États-Unis. Peu après notre arrivée à Los Angeles, j’ai eu un cancer et je n’avais pas encore d’assurance maladie... Mais je suis reconnaissant de ce qui m’est arrivé.

Comment cela?

Il y a une grande différence entre se trouver dans un monastère et méditer ou être allongé dans un scanner et s’entendre dire: "Ça ne se présente pas bien, on ne sait pas comment cela va se passer". Cela m’a rappelé combien il est important de prendre soin de son corps et de son esprit et de faire ce qui vous maintient en bonne santé.

La méditation pendant la pandémie

Aujourd’hui, Andy Puddicombe préfère passer son temps libre dans la nature. Il aime le surf et le kayak. L’un des effets positifs de la pandémie, c’est qu’il a davantage de temps. "Normalement, mon agenda est rempli de choses que je ne veux pas nécessairement faire: tout ça a disparu." C’est aussi un homme qui aime le changement.

Bien que la pandémie stresse la plupart des gens, Andy Puddicombe, son épouse ont décidé de partir s’installer à l’autre bout du monde avec leurs enfants (six ans et trois ans et demi) à la veille du Nouvel An. Après huit années passées à Los Angeles, ils se sont installés à Lisbonne, alors qu’aucun d’entre eux ne parlait le portugais et où ils ne connaissaient pour ainsi dire personne. "Ce déménagement était une bonne décision; c’est la première fois que je déménage avec toute ma famille, c’est un peu... différent."

Cette différence, il l’aborde comme toujours, en faisant appel à sa formation bouddhiste. "Que ce soit pour une entreprise ou un déménagement familial, ce sont des compétences que j’utilise encore beaucoup."

Sur Zoom, Puddicombe n’a pas l’air stressé. Son crâne rasé est apaisant. À part les plantes et le canapé, rien ne vient troubler la quiétude. Hors champ, il y a peut-être des piles de cartons de déménagement, mais je serais surpris que Puddicombe ait traversé l’Atlantique avec plus qu’un esprit clair et zen.

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