Le splitboard, la prochaine tendance sur les sommets enneigés

La neige qui crisse, le sentiment de liberté, le sommet de la montagne qui approche lentement: le splitboard est “the next big thing in snowboarding”.

Le splitboard, ça vous dit quelque chose? Non? Cherchez donc “Jeremy Jones” sur YouTube: cet Américain est le fondateur de Jones Snowboards, la référence en matière de splitboard. Vous verrez des documentaires montrant Jones et ses amis dormir sous tente au beau milieu de la neige et escalader des flancs de montagne avec leur snowboard sur le dos. Ils dévalent des pentes si raides que même derrière un écran d’ordinateur, on en a la chair de poule. Ils évoluent dans des paysages d’un blanc immaculé et s’enfoncent dans un monde secret de légendes nordiques et de fées des glaces.

“Les pistes de splitboard, ça n’existe pas”, déclare Anton Claes, du magasin de snowboard West-Site à Gand. “Il est impossible de planifier une randonnée en splitboard, car ce sont la montagne et la neige qui décident de l’itinéraire. Ou le guide, car il n’est pas recommandé de pratiquer le split sans guide: c’est beaucoup trop dangereux. Une connaissance approfondie des montagnes est indispensable, c’est un zero mistake game.”

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Il est essentiel de recourir aux services d’un guide pour pratiquer le splitboard en toute sécurité.
©Andrew Miller

“Regardez, c’est comme ça que ça marche”, explique-t-il en divisant un snowboard en deux d’un claquement de doigts. “Pour en faire des skis, ce qui permet de grimper jusqu’au sommet, un peu comme le ski de fond – bien que glisser soit peut-être un terme plus approprié. On monte pendant des heures dans une nature hors du temps et c’est un sentiment apaisant. Le crissement de la neige, la sensation de liberté, le sommet qui se rapproche lentement... On repousse ses limites physiques en ralentissant son activité mentale, aussi étrange que cela puisse paraître.”

Pour citer Jeremy Jones: “Le split, c’est mon portail vers un autre monde.” Pour comprendre, il suffit de regarder la série HBO “Edge of the Earth”, dans laquelle il part à la conquête d’un sommet en Alaska où l’on n’a jamais fait de snowboard.

Board business booming

Bref, le splitboard est la hype de la saison des sports d’hiver. Ses adeptes snobent les remontées mécaniques pour se lancer dans l’ascension de la montagne à pied. Une fois arrivés au sommet, ils réassemblent leur board et dévalent la pente.

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“Les irréductibles font sonner leur réveil à 1 heure du matin et commencent l’ascension dans le noir, équipés d’une lampe frontale. Ils arrivent au sommet en même temps que le soleil et le regardent se lever sur la crête des montagnes. Ou bien ils grimpent pendant huit heures d’affilée avant de redescendre en huit minutes.” La montée est magique et la descente, la cerise sur le gâteau.

“Les irréductibles commencent l’ascension la nuit, avec une lampe sur la tête. Ils arrivent au sommet en même temps que le soleil et le regardent se lever sur la crête des montagnes. Ils grimpent pendant huit heures avant de profiter d’une descente de huit minutes.”

Le succès du splitboard (que l’on peut également pratiquer sous ses variantes plus simples) a connu un regain d’intérêt pendant la pandémie. Plus les remontées mécaniques fermaient, plus les snowboarders étaient à l’affût d’alternatives pour atteindre les sommets. Lors de la première année de la pandémie, en 2020, les splitboards ont été en rupture de stock au niveau mondial. “Les quelques exemplaires que nous avions en stock sont partis comme des petits pains. Pendant la pandémie, les chiffres sont restés marginaux, car les sports d’hiver n’ont pas échappé au confinement général. Aujourd’hui, ce business prend des couleurs et est en plein boum. Chaque marque compte un splitboard dans sa gamme et je parie que les locations vont augmenter de trente à quarante pour cent cette année.” West-Site est la seule adresse en Belgique où louer des splitboards. “Il y a quelques années, personne n’en avait entendu parler, mais moi, j’ai tout de suite compris que ce serait la prochaine hype.”

Le splitboard peut se diviser en deux parties que l’on recouvre de peaux de phoque pour monter jusqu’au sommet.

Autre atout, l’écologie. Pas besoin de remontées mécaniques ou de canons à neige pour en profiter. “Un splitboard, c’est comme un forfait sans date d’expiration”, écrit Jones sur son site web. “Pour lui, tout a commencé par ‘protect our winters’, une philosophie écowarrior: il s’est lancé dans le split pour réduire son empreinte carbone de snowboarder”, explique Claes. “Les splitboarders se laissent guider par la nature, et non l’inverse.”

Combinaison ultralégère

Nous pénétrons dans l’antre secret d’Anton Claes. C’est en effet l’impression que l’on a quand il ouvre la porte au fond du magasin: l’espace est rempli de snowboards. Il y a également un atelier pour waxer et réparer les planches, un peu comme un atelier de menuiserie.

La montée est magique et la descente, la cerise sur le gâteau.

Claes est un nom légendaire dans le monde du snowboard belge: c’est un passionné de super matos (chaque planche qu’il vend a été testée par ses soins) doublé d’une encyclopédie vivante. L’homme a la réputation de connaître ses catalogues par cœur et il raconte des anecdotes avec une passion telle que les clients s’attardent au comptoir. “La comparaison avec un atelier de menuiserie n’est pas si exagérée”, sourit-il. “En effet, la qualité de l’équipement est extrêmement importante dans notre sport, et encore plus pour le split. Un bon splitboard doit pouvoir ‘flotter’ sans s’enfoncer sur la poudreuse. C’est pourquoi Jeremy Jones collabore avec des surfeurs comme Chris Christenson, car la flottabilité n’a aucun secret pour eux. Après tout, la neige, c’est de l’eau!”

Après avoir loué son équipement chez West-Site, on peut passer à l’étape suivante et l’acheter en déduisant les frais de location. Un service pratique, car un set complet de splitboard coûte facilement plus de 1.500 euros. “De nombreux éléments sont nécessaires: planches, fixations, chaussures et bâtons, mais aussi peaux de phoque à placer sur la semelle des lattes pour mieux adhérer à la neige, ce qui est indispensable pour gravir les pentes: dans notre jargon, nous les appelons des ‘skins’. Et aussi un sac à dos spécial, car il faut parfois gravir les derniers mètres en portant son splitboard sur le dos, comme un alpiniste.”

©Andrew Miller

Il sort une combinaison du rayon. “Ce sport en est encore à ses balbutiements et les innovations se suivent à un bon rythme, comme des sous-vêtements thermiques ultralégers. Les splitboarders portent aussi une combinaison hydrofuge spéciale, pour se protéger en cas de chute dans la neige.”

Vue sur mer

Les randonnées en splitboard parlent à l’imagination et les documentaires à son sujet font rêver. Sur des sites, par exemple wepowder.com, on voit des splitboarders rechercher la neige fraîche ou participer à des ateliers pour parfaire leurs connaissances sur les risques d’avalanche et les pièges du hors-piste. Jeremy Jones a même créé un “splitboarding hub” avec des masterclasses en ligne.

Ce sport a pris un coup de fouet pendant la pandémie, suite à la fermeture des remontées mécaniques: les snowboarders ont alors dû chercher des alternatives pour atteindre les sommets. Il est aussi plus écologique, car il fait l’impasse sur les remontées mécaniques et autres canons à neige.
©Scott Serfas

Pour ceux qui n’ont pas le temps d’organiser leur expédition, il existe des petites agences qui proposent des forfaits, dont Mountain Travel. La société belge The Wildlinger vend également des voyages hors-pistes et des “splitboard camps” pour débutants et avancés, notamment en Autriche, au Japon, en Norvège ou dans Macédoine du Nord. Au choix: rejoindre un groupe ou réserver en privé avec des amis.

“L’intérêt pour cette expérience a explosé”, assure Jens Wielandt de The Wildlinger depuis un campement de yourtes au Kirghizstan, où il est en train de préparer un nouveau voyage. “Ici, de toute façon, il n’y a pratiquement pas de stations de sports d’hiver et encore moins de remontées mécaniques. Par contre, il y a beaucoup de neige!”, s’exclame-t-il en riant. “La pandémie a été un facteur de succès bien sûr, mais l’air du temps joue aussi dans la popularité de cette version ‘escalade’ du snowboard. Aujourd’hui, on valorise le goût de l’aventure et l’envie de rester à l’écart du tourisme de masse qui est responsable du massacre des montagnes. Si vous allez dans les Alpes françaises tous les hivers pendant dix ans, vous finirez par en avoir soupé et vous ne serez pas le seul: faire la file aux remontées mécaniques n’est pas très emballant.”

Le sens de l’aventure et l’envie d’être à l’écart de la masse sont les atouts du Kirghizstan, où des montagnes culminent à sept mille mètres.
©Jo Haegeman

Les voyages de The Wildlinger transforment le rêve en réalité. “Au Kirghizstan, il y a des montagnes très élevées, de deux mille à sept mille mètres d’altitude, et la variété des sensations – allant des descentes douces aux pics alpins pointus –, offre une expérience sans précédent.”

À partir de 2024, il proposera également des nuitées sous tente dans Macédoine du Nord. Autre voyage de rêve, le “Sea to Summit” en Scandinavie. Un groupe de splitboarders part du niveau de la mer, grimpe jusqu’au sommet avant de descendre en profitant de la vue sur les fiords norvégiens. Une impression que rien ne vient gâcher.

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| À partir de 1.500 euros l’équipement
| west-site.com
| mountaintravel.ch
| thewildlinger.com