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Bienvenue dans la version flamande d’une maison usonienne “à la Frank Lloyd Wright”

Avec ses briques brutes et ses coins salon surélevés en béton, la maison est typique de son époque. ©Jan Verlinde

Koen Hollanders nous raconte comment il a fait rénover sa maison familiale par Arjaan De Feyter. Le défi était de taille vu le style architectural très particulier du bâtiment inspiré du travail de Frank Lloyd Wright.

La maison de famille, c’est comme la crise de la quarantaine: tôt ou tard, tout le monde y est confronté. Tout à coup, il faut décider qu’en faire le jour où elle est vide: ne pas écouter son cœur et vendre son enfance au plus offrant? Ou racheter la part de ses frères et sœurs et s’y installer? Koen Hollanders et Kathleen Baert, directeurs d’un bureau d’expertise en construction, ont choisi la deuxième option pour leur maison située à ‘s-Gravenwezel, dans la province d’Anvers. C’est alors que le plus grand défi a commencé: comment donner un nouveau visage à la nostalgie? Jusqu’où aller quand on veut apposer son propre sceau sur un passé commun?

Kathleen Baert et Koen Hollanders, tous deux derrière un bureau d’expertise en construction, ont décidé de rénover la maison d’enfance de Koen Hollanders, mais en gardant tous ses éléments caractéristiques. ©Jan Verlinde

La maison ressemble à une version flamande des maisons usoniennes de Frank Lloyd Wright, des bungalows organiques construits en matériaux naturels comme le bois et la pierre, avec une structure de toit particulière. Pourquoi vos parents ont-ils choisi ce type d’architecture?

Koen Hollanders: “Mes parents ont longtemps vécu dans ce qui était alors le Zaïre (aujourd’hui la République démocratique du Congo), où je suis né. Ils sont revenus en Belgique en 1976, lorsque j’avais quatre ans, car leur nouvelle maison à ‘s-Gravenwezel venait d’être terminée. Leur architecte était un ami, le professeur Jef Van den Broeck (1940-2019), qui a principalement fait carrière en tant que professeur et urbaniste. Il a pesé sur la politique d’aménagement du territoire en Flandre pendant des décennies. Et surtout, il a changé à jamais le visage d’Anvers en soutenant des projets de rénovation urbaine tels que l’Eilandje, le Nieuw-Zuid et le réaménagement des quais de l’Escaut. Jef n’a conçu qu’une seule maison, celle de mes parents. L’intérieur était autrefois rempli de souvenirs de leur période africaine. J’ai procédé à un tri, mais j’en garde encore, en mémoire de cette époque.”

©Jan Verlinde

Jusqu’où peut-on aller en matière de rénovation si l’on veut respecter à la fois ses racines et les goûts de ses parents?

“Quand mes parents sont décédés, nous sommes venus vivre ici en famille. Ce n’était pas du tout prévu, car nous habitions dans une très chouette maison. Mais ici, les murs ont 45 ans de souvenirs. La maison ne me lâchait pas, mais elle avait besoin d’une remise à jour. Avec ses briques brutes et ses coins salon surélevés en béton, elle est totalement de son époque. Nous voulions conserver ces éléments caractéristiques, mais aussi en faire une maison adaptée à notre famille. Il ne fallait donc pas qu’elle ait l’air trop désuète.”

C’est la cuisine qui a demandé le plus de rénovations, notamment pour abattre le mur de placards qui l’isolait des pièces à vivre. ©Jan Verlinde

Comment avez-vous abordé ce délicat exercice d’équilibriste?

“Plusieurs architectes sont venus jeter un coup d’œil et donner leur avis. L’un d’eux a suggéré de plâtrer et blanchir tous les murs en briques à l’intérieur: c’était exactement tout le contraire de ce que nous voulions! Nous nous sommes installés dans cette maison précisément pour respecter ses caractéristiques uniques. Nous voulions donc travailler avec quelqu’un ayant une approche beaucoup plus prudente. En fin de compte, grâce à des connaissances communes, nous sommes tombés sur Arjaan De Feyter.”

©Jan Verlinde

Architecte d’intérieur très prisé et professeur d’architecture d’intérieur à la faculté des sciences du design d’Anvers, il est l’un des plus grands talents de sa génération. Mais cette mission s’inscrivait-elle dans son œuvre? Pouvait-il imprimer suffisamment son empreinte?

“Arjaan aime les missions difficiles. Pendant 45 minutes, il a parcouru la maison en long et en large, en regardant autour de lui. Puis il a lancé: ‘En fait, cette maison est déjà comme elle doit être. Tout ce que vous ajouterez portera atteinte au projet d’origine.’ Les quelques interventions auxquelles il a procédé sont très subtiles: on les remarque à peine, ce qui est exactement ce que nous voulions. Mais bien sûr, nous, nous voyons la différence.”

Dans la salle à manger, rien n’a changé, pas même la table en bois et les lampes “RAAK” de l’époque des parents de Koen Hollanders. ©Jan Verlinde

Où De Feyter a-t-il réalisé ces “subtiles interventions”?

“Il a fait creuser une pièce à l’avant sur plus d’un mètre de profondeur pour y aménager un bureau avec vue sur le jardin. C’était une intervention majeure, mais à part un escalier en colimaçon supplémentaire, elle n’a pas eu beaucoup d’impact sur l’architecture d’origine. La principale intervention a été réalisée dans la cuisine, qui était séparée de l’espace de vie par un mur de placards. Nous l’avons supprimé et remplacé par un nouvel élément constitué de fines étagères en acier, conçu par Arjaan. Maintenant, grâce à ces étagères, nous avons une connexion entre la cuisine et l’espace de vie. Conséquence: quand nous avons des invités, il est impossible de les garder hors de la cuisine! Nous n’allons presque jamais dans le coin salon de l’entresol, sauf à Noël ou pour les anniversaires.”

La cuisine ouverte est en noyer et acier, deux matériaux qui mettent en valeur les briques et le béton de la structure. ©Jan Verlinde

De nombreux détails sont en noyer, un matériau chaleureux typique de Frank Lloyd Wright...

“La cuisine d’origine, que nous avons partiellement conservée, avait été réalisée en noyer: c’est pour cela que nous avons gardé ce matériau. L’utilisation de pierre naturelle ou de matériaux flashy n’aurait pas fonctionné. Pour la chambre parentale, Arjaan a conçu un nouveau dressing en noyer, qui s’intègre joliment à l’ensemble. Le coin petit déjeuner arrondi en noyer est aussi tout à fait nouveau. C’est là que je m’asseyais autrefois pour faire mes devoirs ou dessiner sur un grand tableau noir. Par contre, la salle à manger est restée telle quelle. La table en bois et les lampes ‘Raak’ datent de l’époque de mes parents. Même le plancher en bois et le chauffage n’ont pas été remplacés, seule la chaudière est neuve. L’isolation de l’intérieur du toit n’était pas envisageable, car visser des plaques de gyproc aurait complètement détruit la structure unique des lattes apparentes. Les coins salon surélevés en béton sont également authentiques, mais nous avons fait garnir les sièges avec un tissu plus frais. Sur les anciennes jardinières en béton, il y maintenant des étagères où nous avons disposé des objets d’art.”

Le coin petit déjeuner avec sa banquette en noyer. ©Jan Verlinde

La seule chose qui ne cadre pas tout à fait avec l’ensemble, c’est un mur de couleur dorée.

“Mon père avait peint ce mur de briques avec une peinture blanche brillante. Ce n’était pas vraiment réussi et, surtout, c’était dommage, car il est impossible de complètement faire disparaître cette couche de peinture, à moins de sabler le mur, ce qui aurait abîmé les briques. Nous l’avons donc peint dans une teinte dorée chaude et lumineuse, afin que le mur se fonde davantage dans l’ensemble de l’architecture.”

La maison de Koen Hollanders date de 1976. Elle ressemble à une version flamande des “Usonian Houses” de Frank Lloyd Wright: des bungalows organiques, construits en matériaux naturels, avec une structure de toit particulière. ©Jan Verlinde

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