LECTURE: Le kastar des Marolles (BD)

Voilà une bien bonne idée des éditions Dupuis: avoir adapté l’album Le groom vert-de-gris en bruxellois. La bande dessinée y gagne en atmosphère rendue et se veut encore plus savoureuse à lire. Sans réelle difficulté pour les non-Bruxellois. Un must pour cette fin d'année.

(l’écho) – Vous avez aimé Le groom vert-de-gris, ce one shot des aventures de Spirou et Fantasio, œuvre du duo Yann et Schwartz ? Alors, vous adorerez son adaptation en bruxellois, Le kastar des Marolles, publiée également aux éditions Dupuis. Qui d’ailleurs sonne plus juste que l’édition originale. L’action se passant dans le Bruxelles typique. Ne l'oublions pas. Et qui retrouve-t-on derrière cette version en bruxellois ? Georges Lebouc, l’éternel défenseur de la culture bruxelloise. Infatigable. Il vient d’ailleurs de sortir son dernier guide, consacré à ses merveilles de Bruxelles.
Un vrai kastar ce Lebouc. Ah non peut-être ! Comme on dit ici. 
Et que ceux qui ne comprennent pas trop le bruxellois se rassurent. Les dialogues de l’album sont tout à fait compréhensibles. Et les notes de bas de page accompagnées du lexique sont là pour expliquer ce qui peut faire obstacle.


1942. Bruxelles est occupée par les Doches. Pour survivre, le jeune Spirou travaille comme groom au Moustic Hôtel, siège de la Gestapo. Fantasio travaille, lui, comme archiviste au Soir volé. Résistant sous le nom d’écureuil wallon, Spirou espionne le colonel von Knocken qui se fait une joie de mettre au pas les mouvements de résistance belge et de dénicher l’auteur des attaques meurtrières contre ses escadrilles. Voilà pour le début de l'intrigue. Nous n'en dirons pas plus, pour vous laisser le plaisir de la découverte.


Si le ton général de l’album se veut burlesque, avec ces tirades sorties en droite ligne du langage populaire, l’album n’est pas une bande dessinée humoristique pour autant. Le drame n’est jamais loin. Le récit se veut un reflet fidèle de cette époque et aborde par l’image des sujets graves. La collaboration, le marché noir, la déportation. Terriblement dramatique aussi, cette scène de femmes tondues qui résume en une case toute l’horreur de l’épuration. N’oublions pas la question juive, incarnée par la jeune Audrey. Une jeune fille juive qui sauve Spirou avant d’être déportée en Allemagne.
Par ailleurs, on torture, on tue beaucoup. Spirou lui-même n’hésite pas à inventer le hot-doche dans une scène plutôt chaude. Difficile d’oublier cette scène quand vous (re)lirez les albums classiques de Spirou et Fantasio. Et Fantasio ? Parlons-en de ce zazou. S’il ne joue pas à la guerre lui, il entretient par contre sa libido. Avec Ursula, la jolie souris grise de la Gestapo et sans doute avec Glu-Glu, la résistante au charmant minois.
Quant à l’environnement qui entoure cette histoire, il incarne parfaitement la passion de Yann pour la Seconde Guerre mondiale. Tout est vrai. Des affiches aux véhicules. Jusqu’au dernier bouton des uniformes allemands.  Les connaisseurs de l'histoire de cette époque n’auront guère de mal à reconnaître des personnages connus. Comme Jean de Sélys Longchamps, le pilote belge qui a mitraillé le siège de la Gestapo à Bruxelles ou Violette Morris, cette femme pilote mais restée dans l’Histoire sous le surnom de « hyène de la Gestapo ».


Une fois l’album refermé, rien n’est terminé pour autant. N'hésitez pas à reprendre l’album pour une deuxième lecture plus attentive. Pourquoi pas avec les commentaires de Yann présentés en fin d’album en guise de making-off. Vous y  découvrirez des allusions, nombreuses, à des bandes dessinées, à des acteurs de cinéma ou des hommages aux films de guerre (La Traversée de Paris, La grande Vadrouille). Au fil des pages, vous croiserez, en figuration, des héros de papier comme Blake et Mortimer, Jo et Zette, le docteur Müller, Tintin, le jeune Tournesol, Sidonie et Lambique. Hilarante cette statue dédiée à Franquin. Merci pour lui. Il la mérite.  "L’affaire Hergé" est bien entendue abordée. Sa fusée à damiers figure d’ailleurs parmi les armes secrètes nazies.


Pour résumer, voilà une belle réussite éditoriale qui justifie son prix relativement élevé : 29 euros. Mais reconnaissons que les auteurs et l’éditeur n’ont pas lésiné sur la qualité. Une couverture renforcée à dos toilé et de nombreux bonus comme pour un DVD collector. Un lexique, des commentaires de Georges Lebouc et un découpage expliqué par Yann accompagnent le récit. Sans oublier un cahier final avec des crayonnés.
si vous cherchez des idées de cadeaux, ce bel objet trouvera sans peine sa place sous le sapin.

Alleï, voilà bien un album tof in den hof. A lire volle gaz !

Philippe Degouy
philippe.degouy@lecho.be

Le kastar des Marolles. Une avonteur de Spirou et Fantasio. Par Schwartz et Yann. Adaptation en bruxellois par Georges Lebouc. Editions Dupuis. 29 euros.

Photo : Dupuis

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