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“Les crises précédentes le démontrent: nous n’y sommes jamais préparés”

Peut-on tirer des enseignements de la crise économique actuelle en jetant un œil dans le rétroviseur? Le professeur Bruno Colmant, fort de décennies d'expérience en management, établit des parallèles avec les événements du passé et tourne son regard vers l'avenir.

Depuis plus de 20 ans, Bruno Colmant évolue au sommet du monde des affaires belge. Il a été CEO d'entreprises telles qu’Ageas, Euronext Brussels et ING Group Luxembourg, mais aussi chef de cabinet de Didier Reynders, ministre des Finances.

Bruno Colmant a signé plus de 80 ouvrages sur la finance, la comptabilité et la fiscalité. Bref, il est la personne idéale pour jeter un coup d'œil à ce qui nous attend sur le plan économique au cours de l'année à venir. Une tâche loin d’être simple, si on l’en croit.

“Il est impossible d'évaluer les risques militaires et géopolitiques. Pour ce qui concerne l'économie financière, j’entrevois une croissance quasi nulle, une inflation réduite et des taux d'intérêt qui resteront bas, contrairement à ce que prétendent de nombreux économistes. Le capitalisme est intrinsèquement déflationniste, et la numérisation croissante de l'économie entraîne une baisse structurelle des prix.”

Bien sûr, le fait que la crise énergétique actuelle survienne à un moment où de nombreuses entreprises n'ont pas encore totalement digéré la crise sanitaire n'aide pas. “Ces trois dernières années ont été marquées par un choc terrible qui a coûté des millions de vies”, note Bruno Colmant.

“L'être humain, qui se juge tout-puissant face aux éléments, a été confronté à ses failles. C'est une leçon d'humilité! Dans le même temps, cette période a mis en lumière le génie humain, qui a réussi à développer un vaccin, sauvant ainsi des dizaines voire des centaines de millions de vies. Elle a au passage illustré le rôle fondamental que joue l'État. Car sans son aide, l'économie privée se serait effondrée.”

Le pire est-il derrière nous?

La crise économique que nous traversons est apparue à la vitesse de l'éclair, même si Bruno Colmant pense que nous avons déjà dépassé certains sommets.

“L'inflation sera plus faible l'année prochaine, atteignant entre 5% et 7%. D'autre part, le taux de croissance de l'économie sera très timide. L’année 2023 ne sera pas un grand cru mais elle sera meilleure que 2022. On peut s'attendre à une vague de chômage due à l'indexation des salaires, mais il y a des problèmes plus fondamentaux. Les grandes régions risquent de se désintéresser de l'Europe, qui a une guerre à ses portes et se débat avec des coûts énergétiques excessifs.”

Ainsi, bien que la situation soit en passe de s'améliorer, la crise est loin d'être terminée. Pourtant, elle ne touche pas toutes les entreprises de la même manière, observe Bruno Colmant.

“Les entreprises dont les marges bénéficiaires sont faibles et dont les coûts en matière d’énergie ou de main-d'œuvre sont élevés seront particulièrement en difficulté. De manière générale, tous les coûts augmentent: personnel, énergie, moyens de production et coûts financiers. Une crise inflationniste montre que les entreprises ayant un fort pouvoir de fixation des prix sont les plus résistantes.”

L'avenir n'est pas linéaire

Comme c'est souvent le cas au fil de l’Histoire, il est utile de se tourner vers le passé pour mieux comprendre le présent.

“Je crois que nous pouvons tirer une leçon fondamentale des crises précédentes: nous n’y sommes jamais préparés. Nous commettons tous l'erreur de penser que l'avenir est linéaire, qu'il sera une réplique du passé. Et qu'après une crise, nous reviendrons à la situation d'avant.

Or, rien n'est plus faux. Nous devons constamment repenser l'avenir et proposer des scénarios parfois éloignés de la réalité ou des certitudes. Les chefs d'entreprise doivent se projeter dans les 10 années qui viennent et se demander si leur société survivra dans ces scénarios. Quelles mesures doivent-ils prendre aujourd'hui pour éviter la faillite?”

Depuis que nous avons introduit une économie de marché voici 40 ans, l'économie s’est faite nettement plus volatile, souligne Bruno Colmant, précisant que cela est parfaitement normal.

“L'objectif du marché est de fixer des prix en constante évolution en fonction des courbes de l'offre et de la demande. En outre, l'économie a subi de profonds changements: elle s'est mondialisée et la numérisation a modifié de façon spectaculaire les rapports de force économiques. Il est très difficile de déterminer un cycle économique et la durée d'une crise. Certaines grandes impulsions s’étalent sur un demi-siècle, d'autres cycles plus courts durent huit ans.

Ces dernières années, les crises sont devenues beaucoup plus fréquentes, et elles se succéderont d'autant plus vite que le changement climatique rend l'économie instable.”

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